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Forteresses daces des monts d’Orastie

Brève description

Les forteresses daces des monts d'Orastie, construites aux premiers siècles av. et apr. J.-C. sous la domination dace, représentaient une association originale des techniques et concepts de l'architecture militaire et religieuse entre le monde classique et l'âge du fer tardif en Europe. Les six ouvrages défensifs, éléments essentiels du royaume dace, ont été conquis par les Romains au début du IIe siècle ; leurs vestiges imposants et bien préservés se situent sur un site naturel spectaculaire et présentent une image remarquable d'une civilisation vigoureuse et innovante.

Forteresses daces des monts d’Orastie

Justification d'inscription

Critère ii Les forteresses daces représentent la fusion des techniques et des concepts d’architecture militaire issus du monde classique et d’ailleurs, fusion qui donna naissance à un style unique. Critère iii Les royaumes géto-daces de la fin du Ier millénaire avant J.-C. ont atteint un niveau culturel et socio-économique extrêmement élevé, que symbolise ce groupe de forteresses. Critère iv Le fort de colline et son successeur évolué, l’oppidum, étaient caractéristiques de la fin de l’âge du Fer en Europe, et les forteresses daces sont de remarquables exemples de ce type de site fortifié.

Description longue

[Uniquement en anglais]

The Geto-Dacian kingdoms of the late 1st millennium BC attained an exceptionally high cultural and socio-economic level, and this is symbolized by this group of fortresses, which represent the fusion of techniques and concepts of military architecture from inside and outside the classical world to create a unique style.

The civilization of the Getes and Dacians can be distinguished in the Thracian world long before Herodotus first referred to them in the 7th century BC. The Getes inhabited the Danube plain and the Dacians the central and western part of the region between the Carpathians and the Danube. It was a typical Iron Age culture, practising agriculture, stock-raising, fishing and metal-working, as well as trade with the Graeco-Roman world. When Greek colonies were established along the northern shores of the Black Sea, the Geto-Dacian rulers established close links with them and extended their protection.

The system developed by the Dacians to defend their capital, Sarmizegetusa Regia, was composed of three distinct fortified elements: the oldest is represented by fortified sites on dominant physical features, which consisted of palisaded banks and ditches. The second group is that of fortresses. The final category is that of linear defences, which blocked access from certain routes and linked two or more fortresses.

There are three components of Sarmizegetusa, the capital of Dacia: the fortress, the sacred area, and the civilian quarter. The Grădiştea plateau is dominated by the fortress, which was the centre of secular and spiritual government. The sacred area is situated to the east of the fortress. Access is by means of a paved path on the west and a monumental stone stairway on the east.

Costeşti-Cetăţuie, a small plateau on a hill overlooking the left bank of the river Apa Oraşului, was terraced to form a strong fortress. Its fortifications were laid out in three concentric bands, erected in successive stages of the fortress's life. The ramparts are constructed from stone, wood and rammed earth, a different technique being used for each enceinte. A number of towers survive.

Costeşti-Blidaru is the strongest and most spectacular of the fortresses erected to defend Sarmizegetusa. It is rectilinear in plan and is located on the levelled summit of a small hill. There are two enclosures. The walls have corner bastions, through one of which access is gained to the interior, where there are the remains of a square building that would have housed the garrison. A second enclosure, also rectangular in plan, was added later, extending the fortress to the entire summit of the hill.

The Luncani Piatra Roşie fortress consists of two fortified enclosures on the eastern slope of a rocky massif. The earlier and smaller of the two has corner bastions. In the interior there is an apsidal timber-framed barrack block with two rooms. To the north and outside the defences there were two buildings on the site of an earlier sanctuary. The second enceinte dates from the late 1st century AD.

The Băniţa fortress was constructed on a steep conical hill in the Jiu valley. The only side on which the summit was accessible was on the north, and this was defended by a strong stone wall in murus dacicus style. The fortress itself was entered through a gate leading to a monumental limestone stairway with andesite balustrades. The plateau above has three terraces at different levels.

The Căpâlna fortress was constructed at the summit of a steep hill which was terraced and surrounded by ramparts following the natural contours. There is an imposing square structure built using the murus dacicus technique. The enceinte was entered by a fortified gateway on the south-east, close to the military building. There was originally another entrance in the north-east, but this was blocked between the construction of the fortress and the Roman conquest in AD 106.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

La civilisation des Gètes (Getae) et des Daces apparaît dans le monde thrace bien avant qu'Hérodote ne les mentionne pour la première fois, au VIIe siècle avant J.- C. Les Gètes habitaient la plaine du Danube, et les Daces la partie centrale et occidentale de la région s'étendant entre les Carpates et le Danube. Plusieurs auteurs anciens soulignent leurs étroites relations culturelles et linguistiques.

Leur culture était typique de l'âge du Fer : ils pratiquaient l'agriculture, l'élevage, la pêche et le travail du métal, ainsi que le commerce avec le monde grécoromain, comme en attestent les produits de luxe et les monnaies retrouvés. Lorsque des colonies grecques comme Istros, Tomis, Odessos, etc. s'établirent le long des côtes septentrionales de la mer Noire au VIIe siècle avant J.-C., les dirigeants géto-daces instaurèrent avec elles des liens étroits, et leur offrirent leur protection. Cet échange culturel eut un profond impact sur les sociétés de la région. Quant aux autres influences culturelles majeures, adoptées par l'aristocratie guerrière, elles venaient des Scythes, qui habitaient les régions situées au nord et à l'est.

Pendant leur expansion, qui commença au IVe siècle, les peuples celtes s'établirent dans ce qui est aujourd'hui la Transylvanie, et établirent une hégémonie sur la région, grâce à la supériorité de leurs armes. Cependant, à partir du milieu du IIIe siècle avant J.-C., leur influence commença à s'étioler. Une nouvelle forme géto-dace d'organisation territoriale fit son apparition au début du IIe siècle avant J.-C., parallèlement à d'importantes avancées technologiques (poterie au tour, socs de fer, construction en pierre). Celle-ci s'organisait autour de la dava, centre d'un territoire tribal, qui accueillait de nombreux sites sacrés (temenoi) et autres lieux de culte.

On ignore par quel processus la structure tribale et fragmentée antérieure devint une structure centralisée, mais il existe de nombreuses preuves attestant que la civilisation géto-dace s'épanouit à partir du Ier siècle avant J.-C., grâce à l'intelligence et au pragmatisme de ses souverains et de ses prêtres. Burebista (82-44 avant J.-C.) instaura un royaume de type hellénique, soutenu par une aristocratie guerrière, dont le cœur se trouvait dans les monts d'Orastie, autour de la montagne sacrée Kogaionon, où fut construite la cité sacrée, Sarmizegetusa Regia. Ce royaume devint le maître de toute la côte de la mer Noire, absorbant les colonies grecques.

Après la mort de Burebista, son royaume fut morcelé en territoires plus petits, mais Sarmizegetusa conserva sa place prépondérante ; elle devint de fait la première (et la seule) véritable ville de Dacie. Les souverains daces s'impliquèrent de plus en plus dans la politique interne de l'empire romain, et subirent en conséquence des expéditions punitives. La frontière inférieure du Danube (limes) était le théâtre constant d'incursions transfrontalières et de campagnes mineures. Une nouvelle phase commença en 86 après J.C., avec le début d'une série de guerres entre Romains et Daces.

Au printemps de l'an 101, l'empereur romain Trajan, ayant sécurisé la frontière du Rhin, entama une offensive contre les Daces. C'est alors que Décébale unifia les royaumes daces et concentra ses forces dans les monts d'Orastie, où il finit par se rendre à Trajan. S'ensuivit une division houleuse du territoire, à laquelle Décébale mit un terme en 105 en capturant le gouverneur romain Longinus. Cette fois cependant, il ne put maintenir l'union des Daces contre la puissante armée romaine. Son trésor et ses forteresses furent conquis, et Décébale se suicida pour ne pas être fait prisonnier. Cette campagne est illustrée par les reliefs ornant la colonne Trajane à Rome.

La Dacie devint une province impériale romaine, et ses forteresses furent délaissées. De nouvelles cités romaines furent créées, mais aucune ne le fut sur les sites daces, à l'exception de Sarmizegetusa, qui reçut le nom ronflant de Colonia Ulpia Traiana Augusta Dacica Sarmizegetusa. La Dacie devait rester partie intégrante de l'empire romain jusqu'en 274, époque à laquelle l'empereur Aurélien l'abandonna sous l'irrésistible pression des Goths.

Source : évaluation des Organisations consultatives