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La Wartburg

Brève description

La forteresse de Wartburg, superbement intégrée dans un paysage de forêt, est en quelque sorte le « château idéal ». Tout en comportant des parties d'origine, datant de la période féodale, sa silhouette établie lors des reconstitutions du XIXe siècle est une très bonne évocation de ce que pouvait être cette forteresse à l'époque de sa puissance militaire et seigneuriale. C'est pendant son séjour clandestin à la Wartburg que Martin Luther traduisit en allemand le Nouveau Testament.

© OUR PLACE The World Heritage Collection

Justification d'inscription

Critère iii La Wartburg est un exceptionnel exemple de monument de la période féodale en Europe centrale. Critère vi La Wartburg est riche en associations culturelles, notamment de par son rôle en tant que retraite de Martin Luther en exil, qui y composa sa traduction allemande du Nouveau Testament. C’est en outre un puissant symbole de l’intégration et de l’unité allemande.

Description longue

Le château de la Wartburg est un monument de la période féodale exceptionnel pour le centre de l'Europe. Il présente un intérêt culturel important, notamment parce qu'il fut le lieu d'exil de Martin Luther, qui y composa sa traduction allemande du Nouveau Testament. Il représente aussi un puissant symbole de l'intégration et de l'unité allemandes.

Selon la légende, le château aurait été construit par le comte Ludwig der Springer, à partir de 1067. Il devint ensuite essentiel dans le dispositif stratégique des premières années du règne des Ludovinges, et son importance s'accrut encore dans le courant de la première moitié du XIIe  siècle. Élevés à la dignité de landgraves, les Ludovinges appuyèrent la politique des empereurs Stauffen. La construction du palais dans la seconde moitié du XIIe  siècle témoigne de leur statut de princes de l'Empire. En 1227, Heinrich Raspe IV, le frère de Ludwig IV, lui succéda ; épousant la cause du pape, il fut nommé roi de Germanie à l'initiative d'Innocent IV. Sa mort, en 1247, marqua la fin de la dynastie des Ludovinges.

Le margrave de Wettin, Heinrich von Meissen, s'empara alors de la Wartburg. Le transfert du siège du pouvoir à Gotha, puis à Weimar, au commencement du XVe  siècle, marqua le début du déclin du château. À partir du XVIe  siècle, il demeura plus ou moins entretenu, bien qu'il eût été abandonné comme siège du pouvoir ; mais l'importance stratégique qu'il avait conservée fut démontrée à différentes reprises. Après les guerres napoléoniennes, la conscience croissante d'une identité nationale le consacra comme l'une des plus hautes expressions de l'ancienne Allemagne.

Au cours de la première moitié du XIXe  siècle, tout le site fut entièrement rénové à l'initiative du grand-duc de Saxe : les ruines du palais furent relevées, le mur d'enceinte restauré et le reste des édifices reconstruit sous la direction de l'architecte Hugo von Ritgen. L'esprit de toute cette reconstruction est dominé davantage par l'imagination romantique que par un réel souci de fidélité historique. En 1945, le bombardement d'Eisenach épargna la Wartburg, mais le château fut pillé un peu plus tard par les troupes soviétiques. La République démocratique d'Allemagne classa la Wartburg monument historique ; depuis la réunification de l'Allemagne, les travaux de restauration se sont concentrés surtout sur l'intérieur, et sur le problème de conservation de la façade en pierre du palais.

Le château occupe un éperon rocheux orienté nord/sud, au milieu d'une forêt qui domine la ville d'Eisenach. Son aspect correspond pour l'essentiel à celui de la forteresse primitive, avec notamment le palais, les remparts, la tour sud et les dépendances extérieures, qui sont aujourd'hui partiellement enfouies ou en ruine. On atteint l'éperon rocheux depuis le nord, où s'élève une tour dotée d'un pont-levis, derrière laquelle se trouvent différents bâtiments externes groupés autour d'une cour. On trouve ensuite la cour inférieure, le donjon et le palais, avec le bain des chevaliers. La tour sud marque le côté opposé de l'éperon rocheux. Le centre de la cour basse est occupé par une citerne. La forteresse comporte différentes constructions :

  • Les dépendances . N'en sont conservés que des vestiges archéologiques, les restes des fondations et le fossé de la Fischerturm, la rampe d'accès escarpée et la route, creusée dans la roche, menant à la forteresse, ainsi qu'une source d'eau pure.
  • Les fortifications externes. Elles comportent la poterne et le pont-levis; le logement des chevaliers et les édifices de l'intendance; les chemins de guet de Marguerite et de Sainte-Élisabeth; la partie supérieure du puits du château; des balustrades en pierre sculptée; des escaliers, également en pierre enduite; des sols pavés; enfin, les niveau de circulation des cours des édifices externes.
  • Le château comporte les monuments suivants: beffroi; nouveaux appartements avec cheminée; nouvel escalier monumental; palais; bain des chevaliers; tour sud, muraille ouest et sud; citerne; cour du château inférieure; jardin du commandant.
Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

La création légendaire de la Wartburg est attribuée au comte Ludwig der Springer. Le début de sa construction en 1067 est consécutif aux troubles générés par la "querelle des investitures." Ces troubles ont facilité la naissance de la féodalité. Ce château est cité pour la première fois en 1080 en tant que base stratégique, l'un des points importants des débuts de la souveraineté des Ludovinges. Cette souveraineté s'affirme dans le courant de la première moitié du XIIe siècle. Elevés au titre de Landgraves, les Ludovinges suivent la politique des empereurs Stauffen. La construction du palais dans la seconde moitié du XIIe siècle illustre leur condition de princes d'Empire.

Vers la fin du XIIe siècle, se développe à la Wartburg une cour de lettrés, attirés par le landgrave Hermann Ier qui s'entoure de poètes et de musiciens, les vers de Walther von der Vogelweide décrivent cette brillante vie de société dans laquelle se développa l'épisode de la joute des chanteurs de la Wartburg dont le récit romancé devait inspirer l'opéra de Richard Wagner Tannhäuser.

En 1221 le landgrave Louis IV, fils de Hermann épouse Elisabeth de Hongrie. Devenue veuve en 1227 Elisabeth développe une oeuvre de charité dont la famille du landgrave prit ombrage. Contrainte de quitter la Wartburg avec ses trois enfants, elle fonde à Marburg un hôpital et vécut selon l'idéal franciscain. Elle est canonisée en 1235 quatre années après sa mort.

Henri Raspe IV, frère de Louis IV lui succéda, prenant le parti du pape, il fut élu roi d'Allemagne sur l'initiative d'Innocent IV. Sa mort en 1247 mit fin à la dynastie des Ludovinges.

Le Margrave de Wettin Henri de Meissen prend possession de la Wartburg. Pendant un siècle le site s'enrichira de nouvelles constructions. Le transfert au début du XVe siècle du siège du pouvoir à Gotha puis à Weimar marque le déclin de la forteresse.

Protégé par le prince électeur de Saxe, Martin Luther séjournera clandestinement à la Wartburg. Il s'y consacra à une oeuvre littéraire considérable cette activité est attestée par une correspondance dont de nombreuses lettres sont conservées. C'est à la Wartburg qu'il traduisit en allemand le Nouveau Testament. Son exil s'acheva en mars 1522. Dès la fin du XVIe siècle, le souvenir de Luther attira de nombreux pèlerins.

A partir du XVIe siècle, la forteresse fut plus ou moins maintenue en état, abandonnée comme lieu de pouvoir, son importance stratégique est cependant plusieurs fois soulignée. Les événements qui s'y sont produits en particulier le souvenir de sainte Elisabeth et de Luther incitent également à sa conservation, mais progressivement l'abandon entraîne la ruine inéluctable qui est presque complète à la fin du XVIIIe siècle.

Goethe visite l'endroit en 1777 et réalise un dessin qui montre la ruine de l'ensemble où seul subsiste partiellement le palais, le poète propose la création d'un musée que justifie le nombre de pèlerins sans cesse croissant. Après les guerres de libération contre Napoléon, se développe un sentiment national qui s'exalte dans l'image de l'ancienne Allemagne que symbolise la Wartburg.

En 1817, les associations d'étudiants organisent une manifestation qui concrétise cette tendance, confirmée par la révolution de mars 1848. La Wartburg restera le siège des associations d'étudiants de toute l'Allemagne.

Dans la première moitié du XIXe siècle, sur l'initiative du Grand duc de Saxe, l'ensemble fait l'objet d'une restauration complète, ce qui subsistait du palais est relevé de ses ruines, l'enceinte est restaurée, le reste des bâtiments est reconstruit sous la direction de l'architecte Hugo von Ritgen. La large part d'hypothèse dans cette reconstruction rattache plus son aspect à l'imaginaire romantique qu'à la réalité historique. La participation d'artistes de renom tel Moritz von Shwind illustrant notamment la vie de sainte Elisabeth souligne le caractère symbolique du lieu.

Ce monument allégorique fut temporairement l'objet de l'attention du régime national socialiste mais aucune manifestation d'importance ne s'y déroula durant cette période à l'exception toutefois du rattachement des associations d'étudiants aux principes du régime.

En 1945, les bombardements qui affectèrent la ville d'Eisenach épargnèrent la Wartburg. Le château eut cependant à souffrir du pillage soviétique.

La République Démocratique Allemande fit de la Wartburg un monument national, d'importants travaux de restauration y furent réalisés et de nombreuses manifestations commémoratives s'y déroulèrent en rapport avec la religion et la valeur symbolique du monument.

Depuis la réunification de l'Allemagne, l'effort porte principalement sur les restaurations intérieures et sur les problèmes que pose la conservation de la pierre des façades du palais.

Source : évaluation des Organisations consultatives