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Su Nuraxi de Barumini

Brève description

Au cours du IIe millénaire av. J.-C., à l'âge du bronze, un type de construction défensive connue sous le nom de nuraghi , unique en son genre, se développe en Sardaigne. L'ensemble consiste en tours défensives circulaires en forme de cônes tronqués construites en pierres de taille et dotées de salles intérieures voûtées en encorbellement. L'ensemble de Barumini, qui a été étendu et renforcé au cours de la première moitié du Ie r millénaire sous la pression des Carthaginois, est l'exemple le plus beau et le plus complet de cette remarquable forme d'architecture préhistorique.

Su Nuraxi de Barumini © Nomination File

Justification d'inscription

Le Comité a décidé d'inscrire ce bien sur la base des critères (i), (iii) et (iv). Les nuraghe de Sardaigne, dont Su Nuraxi est l'exemple le plus important, constituent une réponse exceptionnelle à des conditions politiques et sociales, par l'utilisation imaginative et novatrice des matériaux et techniques à la disposition d'une communauté insulaire préhistorique.

Description longue

Les nuraghi de Sardaigne, dont Su Nuraxi offre le plus bel exemple, illustrent une réponse particulièrement bien adaptée à un ensemble de conditions politique et sociales, à partir d'un recours inventif et innovant aux matériaux et aux techniques dont pouvait disposer une communauté préhistorique insulaire.

Au cours de l'âge du bronze moyen et récent (vers 1500-800 av. J.-C.), la Sardaigne vit le développement d'une forme d'architecture unique : des tours défensives circulaires en forme de troncs de cône construits en pierre taillée, avec des salles internes voûtées en encorbellement. Certaines (comme à Barumini) étaient entourées par un enclos quadrilobé formé de tours reliées par de puissants murs. Des villages formés de petites maisons de plan circulaire se développèrent autour de ces places fortes.

La date précise de la construction des nuraghi de Sardaigne est encore débattue aujourd'hui par les chercheurs, en raison des incohérences qui subsistent entre les datations obtenues par radiocarbone et celles de la stratigraphie archéologique traditionnelle. L'influence des tombes à tholos mycéniennes, que reflètent les toits à encorbellement, va dans le sens d'une date plutôt ancienne : on s'accorde généralement à dater la tour centrale de Barumini de la fin du IIe  millénaire av. J.-C.

On pense que les structures défensives centrales ont été construites par des familles ou par des clans. Au fur et à mesure de l'évolution de la société sarde vers plus de complexité et de hiérarchie, on voit les tours isolées attirer peu à peu à elles différentes structures additionnelles, pour des raisons sociales ou défensives. Le plus gros effort d'extension et d'élaboration des fortifications de Barumini date du début de l'âge du fer (Xe -VIIIe  siècle av. J.-C.), époque où la Sardaigne était exposée à des incursions carthaginoises. Il est révélateur que les plus grands sites nuragiques de ce type se trouvent sur la côte, ou dans la vaste plaine côtière de la moitié orientale de l'île (comme c'est le cas pour Su Nuraxi), qui étaient les plus vulnérables à des attaques venues de la mer. C'est au cours de cette période que les défenses de Barumini et d'ailleurs ont été renforcées, et les villages regroupés autour des places fortes centrales pour assurer leur protection. Ils devinrent ainsi de petits sites urbains abritant des communautés autosuffisantes, comportant leur propre population d'artisans.

À une époque indéterminée du VIIe  siècle, Su Nuraxi fut pillé par les Carthaginois et son dispositif défensif partiellement démantelé. La vie du site continua cependant, les maisons étant reconstruites dans un style différent. Avec la conquête romaine de l'île au IIe  siècle av. J.-C., la plupart des nuraghi furent abandonnés. Toutefois, les fouilles archéologiques ont montré que Su Nuraxi demeura habité jusqu'au IIIe  siècle apr. J.-C.

Le principal et le plus ancien des différents éléments qui composent Su Nuraxi est sa tour centrale massive, ou bastion, construite en larges pierres taillées appareillées sans mortier (technique de la pierre sèche), dont la hauteur d'origine devait être d'au moins 18,50 m. Elle est formée de trois salles superposées, reliées entre elles par un escalier en spirale (la troisième n'est que partiellement conservée). Les plafonds des salles sont construits en encorbellement. Les quatre tours annexes ajoutées par la suite sont reliées entre elles par un mur d'enceinte en pierre massif. On accède à la cour ainsi formée par une porte étroite qui s'ouvre au niveau du sol, au sud-est, et qui fut murée par la suite ; l'accès à la citadelle devait se faire, dès lors, par une échelle ou par un dispositif contrôlé de l'intérieur.

Ces murs furent à leur tour agrandis et renforcés ; simultanément, on construisit une seconde enceinte qui renfermait les maisons construites entre-temps tout autour de la tour. Il s'agit pour la plupart de petits édifices en pierre circulaires formés d'une simple salle, mais l'une d'entre elles est beaucoup plus grande, avec ses 7 m de diamètre, et présente des banquettes le long de ses parois. On pense qu'il s'agissait d'une salle du conseil, en liaison avec une forme d'administration urbaine. De nouvelles maisons furent reconstruites après le sac de la forteresse et le démantèlement de ses défenses par les Carthaginois. Elles diffèrent des précédentes par leur technique de construction, en petites pierres, et par leur plan formé de plusieurs salles exiguës. Elles jouxtent ou empiètent souvent sur le système défensif antérieur.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Durant l'Age du bronze intermédiaire et tardif (environ de 1500 à 800 av. J.-C.), un type d'architecture unique se développe en Sardaigne: des tours défensives circulaires en forme de cônes tronqués, construites en pierre de taille et dotées de salles intérieures voûtées en encorbellement. Certaines. comme à Barumini, se trouvent à 1' intérieur d'enceintes composées de tours reliées par des murs massifs. Des villages aux petites maisons circulaires s'établissent alors autour de ces entités majeures.

La datation précise de la période de construction des nuraghes en Sardaigne fait toujours l'objet d'un débat entre spécialistes ; en effet, les dates obtenues par le carbone 14 et par la stratigraphie archéologique conventionnelle ne correspondent pas. L'influence des tombes mycéniennes ou tholos, visible dans la couverture en encorbellement, semble conforter la date la plus récente. Pour la tour centrale de Barumini, la fin du 2ème millénaire avant J.-C. est la date généralement retenue.

Les structures défensives centrales semblent avoir été construites par des familles ou des clans isolés. Au fur et à mesure de l'évolution plus complexe et plus hiérarchisée de la société sarde, les tours isolées se voient ajouter des structures complémentaires, pour des raisons tant sociales que défensives.

Les plus importants travaux d'extension et de développement des dispositifs de défense à Barumini remontent au début de l'Age du fer (10ème au Sème siècle avant J.-C.), époque des invasions carthaginoises en Sardaigne. L'emplacement des grands établissements nuragiques de ce type est significatif: en effet, cette partie de la côte, ainsi que la vaste plaine côtière de la partie est de l'île (où se situe Su Nuraxi) étaient particulièrement exposées aux attaques venant de la mer. A cette époque, les défenses de Barumini et d'autres sites sont renforcées et les villages sont regroupés autour des défenses centrales par mesure de protection. Ces derniers deviennent en réalité de petits établissements urbains dotés de leurs propres artisans.

Au cours du 7ème siècle avant J.-C., Su Nuraxi est dévasté par les Carthaginois et son système de défense s'en trouve affaibli. Cependant. l'établissement survit et les habitations sont reconstruites dans un style différent. Au 2ème siècle avant J.-C., après la conquête de l'île par les Romains. la plupart des nuraghes sont délaissés. Des fouilles ont néanmoins démontré que Su Nuraxi avait été habité jusqu'au 3ème siècle après J.-C.

Source : évaluation des Organisations consultatives