jump to the content

Sanctuaire shinto d'Itsukushima

Brève description

Lieu saint du shintoïsme depuis les temps les plus reculés, l'île d'Itsukushima, dans la mer intérieure de Seto, aurait accueilli ses premiers sanctuaires au VIe siècle. Le sanctuaire actuel date du XIIe siècle et ses bâtiments harmonieusement disposés témoignent d'une grande qualité artistique et technique. Composition jouant, entre mer et montagne, sur les contrastes de couleurs et de masses, le sanctuaire d'Itsukushima illustre parfaitement le concept japonais de la beauté d'un panorama unissant paysage naturel et création humaine.

© UNESCO

Justification d'inscription

Le Comité a décidé d'inscrire le bien proposé sur la base des critères culturels (i), (ii), (iv) et (vi) en tant qu'exemple suprême de cette forme de centre religieux qui rassemble une architecture traditionnelle de grand mérite artistique et technique et un site naturel extraordinaire, créant ainsi une oeuvre d'art d'une incomparable beauté.

Description longue

Les édifices du sanctuaire d'Itsukushima-jinja s'inscrivent dans la tradition des sanctuaires shinto du Japon, généralement construits au pied d'une montagne. Ils ont conservé les styles prédominants au cours de l'époque comprise entre la fin du XIIe et le début du siècle suivant, et sont d'importants exemples d'un type d'architecture sacrée ancienne intégrée au paysage environnant, qui manifeste concrètement le culte de la nature par l'homme.

Les constructions consistent en trois principaux sanctuaires (Honsha) édifiés et composés pour atteindre l'harmonie à partir d'un concept unitaire, et en plusieurs autres bâtiments qui leur ont été ajoutés au cours d'une longue période. Chaque édifice présente une grande valeur architecturale.

Le style des édifices du Honsha, orientés vers le nord, et celui des édifices du Sessha Marodo-jinja, orientés vers l'ouest, reliés les uns aux autres par le Kairo (galerie couverte), a été influencé par l'architecture des maisons aristocratiques de la période Heian. L'accent est placé sur la vue frontale des édifices, avec la montagne pour toile de fond ; toute la zone, depuis l'Ôtorii à l'arrière-plan de la montagne, ressemble à une succession d'écrans. Les formes délicates des édifices peints en rouge, qui se détachent sur le vert sombre de la montagne, créent une composition saisissante, offrant des contrastes marqués de masses et de couleurs.

Comme beaucoup d'autres sanctuaires shinto dans lesquels se trouvaient des édifices bouddhiques, Itsukushima-jinja a perdu beaucoup d'entre eux après le rejet du bouddhisme lors de la restauration Meiji de 1868. Les rares à avoir survécu dans les collines environnantes sont indispensables pour retracer l'histoire des monuments shinto d'ltsukushima-jinja.

Honsha  : les différents édifices, Haraiden, Haiden (salle de culte), Heiden (salle Hei ), et Honden (salle principale) se trouvent sur l'axe de l'Ôtorii. Le Haraiden se projette vers la mer, tandis que les Haiden et Honden, reliés l'un à l'autre par le Heiden et couverts par un seul toit, se groupent derrière lui, parallèles au rivage. Ils inspirent une impression de calme et d'élégance grâce aux lignes délicates de leurs amples avant-toits, aux surfaces souples des toitures et aux lignes horizontales des planchers (nageshi) et des poutres (kahiranuki). Ils reposent sur des charpentes formées de massives colonnes et d'entretoises (kumimono) en bois.

Face au Haraiden se trouve le Hirabutai (plate-forme cérémonielle), qui est relié par un plancher au Higashi-kairo (galerie orientale) et au Nishi-kairo (galerie occidentale) qui lui donnent accès depuis d'autres parties du complexe. Le Hirabutai, qui se projette vers l'avant, abrite le takabutai (scène), qui présente des balustrades laquées en vermillon sur ses quatre côtés. Les danses de Cour données sur cette scène ont été introduites de la capitale à l'époque Heian (794-1184), et leur tradition a été maintenue par les prêtres d'ltsukushima pendant plus de huit siècles.

Le complexe sacré du Sessha Marodo-jinja , situé au nord-est du groupe du Honsha, est orienté vers l'ouest. Ses différentes parties (Haraiden, Haiden, Heiden et Honden) se disposent comme celles du Honsha, dans un style très voisin.

La zone renferme des constructions annexes associées au shintoïsme et au bouddhisme, qui sont venues se grouper au cours des siècles autour du célèbre sanctuaire shinto. Ce sont notamment le Gojunoto (pagode à cinq étages), le Tahoto (pagode à deux étages), le Sessha Tenjin-sha Honden et le Massha Hokoku-jinja Honden (Senjokaku).

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

L'île d'Itsukushima est une des nombreuses îles de la partie occidentale de la mer intérieur de Seto (Seto Naikai), entre les iles de Honshû et de Shikoku. Elle possède le point culminant de la région, le mont Misen (530m) et elle est l'objet d'un culte très ancien dans la région. Les populations ressentaient une telle crainte révérencielle pour l'île qu'elles n'osaient à l'origine y poser le pied, lui vouant un culte de loin. Puis, poussées par leur foi débordante, elles construisirent des temples sur les rives de l'île en plusieurs occasions.

On pense qu'Itsukushima-jinja fut fondé en 593, bien que son existence ne soit pas confirmée avant 811. Le Nikon Kôki déclare que Itsukushima no kami, le dieu d'Itsukushima, prit sa place parmi les dieux vénérés et que la maison de l'empereur commença à présenter des hei (bâtons sacrés surmontés de papiers découpés) au sanctuaire. Itsukushima-jinja devint lieu de pèlerinage sacré dans le pays d'Aki durant la période Heian (794-1184).

On ne sait pas quand les travaux de construction ont commencé. On sait cependant que Saeki Kagehiro, prêtre shinto, rapporta à la cour impériale qu'il avait reconstruit le principal bâtiment du lieu saint en 1168 : à cette occasion, le sanctuaire fut agrandi et la toiture de quelques bâtiments fut changée ; on substitua des toits d'écorces de cyprès du Japon aux toits de bardeaux. Cette reconstruction, que l'on pense avoir été financée par Taira no Kiyomori, maitre du pays à l'époque, fut un exemple pour les constructions ultérieures, à la fois pour la taille et la composition. Kiyomori attribuait ses victoires dans les guerre civiles de Hogen et Heiji et ses succès politiques ultérieurs à sa foi religieuse pour Itsukushima-jinja. La croyance que le dieu d'Itsukushima était gardien de la famille Heike renforça sa vénération pour le sanctuaire où il se rendit en pèlerinage pour toutes les occasions politiques importantes de sa vie.

Les principaux bâtiments reconstruits du sanctuaire furent détruits par le feu en 1207, dans la période Kamakura (1185-1332), et reconstruits huit ans plus tard, pour brûler à nouveau en 1223. Cette fois-là, la reconstruction prit plus de temps et ne fut achevée qu'en 1241; les principaux bâtiments du sanctuaire datent de cette reconstruction. A partir de cette époque, la reconstruction totale de l'ensemble devint une tâche trop importante de sorte que les bâtiments furent reconstruits individuellement. Pendant la période Kamakura, le sanctuaire se trouva sous l'autorité du gouvernement féodal, mais sous la période suivante de Muromachi (1333-1572), ce ne fut plus le cas.

Construit en bord de mer, Itsukushima-jinja subit les assauts répétés des vents et des inondations, mais il fut chaque fois restauré avec l'aide de personnes influentes au niveau local et national. Le grand portail du sanctuaire (Ôtorii), installé dans la mer et particulièrement vulnérable, fut fréquemment reconstruit, la dernière fois en 1875. De nouveaux bâtiments furent ajoutés au principal ensemble, pour créer l'ensemble actuel- le Gojûnotô (pagode à cinq niveaux) en 1407, le Tahôtô (pagode à deux niveaux) en 1523, le Sessha Tenjin-Sha Honden en 1556 et le Massha Hôkoku-jinja Honden (Senjôkaku) en 1587.

L'ile d'Itsukushimajoue un rôle commercial important dans la mer intérieure en raison de sa situation. A la fin de la période Muromachi (1233-1573), un marché fut ouvert sur l'ile autour duquel une zone urbanisée se développa. Un temple bouddhiste fut érigé près du sommet du mont Misen et attira de nombreux pèlerins et visiteurs. L'ile perdit son caractère sacré, réservé exclusivement aux actes de dévotion, qu'elle avait eu dans les temps anciens et devint une île ouverte possédant une grande beauté par son paysage intégré de bâtiments religieux et de nature, de sorte qu'au milieu de l'époque d'Edo (1600-1866), elle fut reconnue comme l'un des Trois Lieux les plus beaux du Japon (Aki no Miyajima).

Source : évaluation des Organisations consultatives