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Canal du Midi

Brève description

Avec ses 360 km navigables assurant la liaison entre la Méditerranée et l'Atlantique et ses 328 ouvrages ? écluses, aqueducs, ponts, tunnels, etc ? le réseau du canal du Midi, réalisé entre 1667 et 1694, constitue l'une des réalisations de génie civil les plus extraordinaires de l'ère moderne, qui ouvrit la voie à la révolution industrielle. Le souci de l'esthétique architecturale et des paysages créés qui anima son concepteur, Pierre-Paul Riquet, en fit non seulement une prouesse technique, mais aussi une œuvre d'art.

© Editions Gelbart

Justification d'inscription

Le Comité a décidé d'inscrire le bien proposé sur la base des critères culturels (i), (ii), (iv) et (vi), considérant que le site est de valeur universelle exceptionnelle en tant qu'une des réalisations les plus extraordinaires du génie civil de l'ère moderne. Il est représentatif de l'éclosion technologique qui a ouvert la voie à la Révolution industrielle et à la technologie contemporaine. En outre, il associe à l'innovation technologique un grand souci esthétique sur le plan architectural et sur le plan des paysages créés, approche que l'on retrouve rarement ailleurs.

Description longue

Le canal du Midi est l'une des réalisations technologiques les plus importantes de l'époque moderne. Il est à l'origine d'un épanouissement technologique qui a mené directement à la révolution industrielle et à l'ère technologique actuelle. C'est aussi une étape significative dans l'histoire de l'Europe, celle du développement des réseaux navigables, rendu possible par la maîtrise des problèmes d'ingénierie civile hydraulique. De plus, dans ce cas précis, l'innovation technologique se combine avec un souci élevé de l'architecture et du paysage, qui trouve peu de parallèles ailleurs.

Les recherches sur la possibilité de créer des canaux reliant entre elles les deux grandes voies fluviales naturelles du sud-ouest de la France commencèrent au début du XVIe  siècle, lorsque François Ier revint en France avec Léonard de Vinci. L'un des projets prévoyait la jonction de la Garonne à l'Aude, et donc celle de l'Atlantique à la Méditerranée. La première entreprise couronnée de succès fut le canal de Briare, reliant la Loire à la Seine, qui fut achevé en 1642. De nombreux projets furent alors élaborés pour résoudre le difficile problème de la liaison entre Méditerranée et Atlantique, en recourant à différentes solutions techniques. Celle-ci devait finalement se concrétiser grâce au climat politique très favorable de la France du milieu du XVIIe  siècle et au travail de Pierre-Paul Riquet, qui commença à réfléchir au projet en 1654. Il envisagea un grand nombre de tracés possibles entre la Garonne et l'Aude pour le partage des eaux entre ces deux cours d'eau à Naurouze, qui posait essentiellement un problème d'alimentation en eau. Il recruta à cet effet des experts locaux - Pierre Campmas, responsable de l'alimentation en eau de la ville de Revel, au pied du massif de la Montagne Noire, ou François Andreossy, ingénieur civil spécialisé dans les projets hydrauliques - et fut appuyé par Jean-Baptiste Colbert, alors intendant des Finances de Louis XIV, qui encourageait avec ténacité la création d'industries en France.

Colbert réalisa très vite l'importance du canal projeté et apporta tout son soutien au projet de Riquet. La construction du canal fut annoncée par édit royal en octobre 1666, et Riquet reçu des lettres patentes pour le réaliser. Dans un premier temps, il ne put toutefois construire que le tronçon occidental du canal, entre la Garonne à Toulouse et l'Aude à Trèbes. En 1669, il reçut l'autorisation de le compléter par un second tronçon, entre Trèbes et Sète, sur la côte de la Méditerranée.

Le projet connut de multiples péripéties et crises financières au cours des années qui suivirent, mais il était en grande partie achevé à la mort de Riquet, en 1681. Le grand architecte militaire Vauban fut envoyé pour l'inspecter à la suite de multiples plaintes d'agriculteurs dont les champs étaient inondés ; son rapport conduisit à la construction de nombreux aqueducs et à l'exhaussement de la digue de Saint-Ferréol. Les derniers aménagements furent apportés au système en 1694.

Ce bien comporte cinq éléments répartis sur une voie d'eau d'une longueur totale de 360 km. Le principal canal du Midi va de Toulouse à l'étang de Thau, sur la côte méditerranéenne, à Marseillan ; il présente à ce niveau une dérivation entre Moussan et Port-la-Nouvelle, qui englobe une partie de l'ancien canal de la Robine. Les eaux de la Montagne Noire sont dirigées vers deux aqueducs qui se rejoignent pour se jeter ensuite dans le canal à Naurouze. Le canal de Saint-Pierre forme le lien entre le canal principal et la Garonne à Toulouse. Enfin, un court tronçon relie l'Hérault à l'écluse ronde d'Agde. L'ensemble comporte 328 ouvrages d'art - écluses, aqueducs, ponts, déversoirs, tunnels, etc. ; l'un des plus remarquables est la digue de Saint-Ferréol sur la Laudot, dans la région de la Montagne Noire, qui est le projet le plus ambitieux de tout le canal, et la plus grande réalisation d'ingénierie civile de son temps. Riquet était parfaitement conscient de contribuer à forger ainsi un symbole du pouvoir de la France du XVIIe  siècle, tout en donnant au pays une voie de communication fonctionnelle. Il veilla donc particulièrement à ce que la qualité de l'architecture du canal fût digne de cette fonction. Les ponts, les écluses et les structures qui leur sont associées, ainsi que les entrées de tunnel ont donc été dessinés avec dignité monumentale et simplicité. Il était aussi extrêmement conscient de l'impact de son œuvre sur le paysage et prit grand soin de s'assurer qu'il fût convenablement bordé par des arbres et par une végétation en harmonie avec le paysage traversé.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Des études sur la possibilité de créer des canaux en reliant des voies d'eau naturelles ont commencé dès le 16ème siècle au moment où François Ier revenait d'Italie avec Léonard de Vinci. Un de leurs projets prévoyait la jonction de la Garonne à 1' Aude et donc celle de l'Atlantique à la Méditerranée. La première entreprise de ce type couronnée de succès fut le Canal de Briare qui devait relier la Seine et la Loire en 1642. Les solutions apportées aux difficultés techniques rencontrées relança l'intérêt pour la liaison Atlantique-Méditerranée, avec pour conséquence la mise à l'étude de nombreux projets. Cette liaison devait devenir une réalité en raison du climat politique favorable dont bénéficiait la France à cette époque et aussi grâce à l'intérêt d'un homme exceptionnel qui n'eût de cesse de voir aboutir un projet de cette envergure.

Pierre-Paul Riquet avait 50 ans quand il commença à travailler sur le projet en 1654. Il envisagea un certain nombre de tracés pour relier la Garonne à 1' Aude et diverses solutions pour la ligne de partage des eaux entre les deux rivières à Naurouze qui constituait essentiellement un problème d'alimentation en eau. Il sollicita l'aide de spécialistes locaux, en particulier de Pierre Campmas, responsable de l'approvisionnement en eau de la ville de Revel au pied du massif de la Montagne Noire. Il recruta aussi François Andreossy, ingénieur civil spécialiste des questions hydrauliques. En 1662, Riquet s'assura le soutien de Jean-Baptiste Colbert, Intendant des Finances de Louis XIV à cette époque, qui n'avait de cesse de favoriser la création d'industries en France. Colbert réalisa très vite l'importance du canal proposé et accorda à Riquet son aide la plus totale. Il communiqua son enthousiasme au Roi qui comprit le lustre que ce canal pourrait apporter à son règne. Une Commission Royale fut constituée pour étudier la viabilité technique et financière du projet ; après avis favorable de la Commission, des lettres-patentes furent accordées à Riquet pour creuser une étroite voie d'eau sur toute la longueur du tracé et prouver ainsi que la différence de niveau des eaux à Naurouze pouvait être solutionnée. Le projet devait être financé sur une base tripartite : par la Trésorerie royale, par la Province du Languedoc et par Riquet lui-même. Les fonds de la Trésorerie serviraient à acheter les terres, ceux de la province à financer les travaux. La gestion du Canal une fois terminé et les revenus éventuels qui en découleraient reviendraient à Riquet et à ses successeurs. Un Edit royal annonçant la construction du Canal fut publié en octobre 1666 et les lettres-patentes remises à Riquet. Ces lettres-patentes ne concernaient cependant que la partie occidentale du projet entre la Garonne à Toulouse et 1' Aude à Trèbes. Les travaux furent terminés en 8 ans et 3,36 millions de livres furent investies dans cette construction. La seconde partie fut alors autorisée entre Trèbes et Sète sur la Méditerranée en 1669.

Deux mille ouvriers furent engagés en janvier 1667. Ce nombre monta à douze mille, dont six cents femmes pour pallier le manque d'hommes. Ils étaient répartis en douze divisions chacune sous la responsabilité d'un "inspecteur général" et chaque division était-elle même composée d'équipes de cinquante personnes sous l'autorité d'un contre-maître.

Le projet dut faire face à de nombreuses vicissitudes et crises financières au cours des années qui suivirent, mais il était parfaitement terminé quand Riquet mourut en 1681. En raison des plaintes persistantes des riverains dont les terres étaient inondées, le grand architecte militaire Vauban fut envoyé sur place. Le rapport qu'il rédigea eut pour conséquences la construction d'un certain nombre d'aqueducs et l'accroissement de la hauteur du barrage de Saint-Ferréol. Les éléments finaux du Canal furent terminés en 1694. Son coût total fut de 15 millions de livres, soit un dépassement de 70% des estimations initiales, ce qui n'était pas surprenant compte-tenu du nombre élevé de problèmes imprévus qui étaient apparus en cours de réalisation. Les travaux ancillaires complémentaires furent ceux du Canal de Saint-Pierre (ou Canal de Brienne) à Toulouse, du Canal de Jonction pour alimenter le Canal de la Robine et Narbonne (1768-1787) et du pont-canal de l'Orb (1854-1857).

Source : évaluation des Organisations consultatives