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Abbaye bénédictine millénaire de Pannonhalma et son environnement naturel

Brève description

Les premiers moines bénédictins installés ici en 996 évangélisèrent les Hongrois, fondèrent la première école magyare et rédigèrent, en 1055, le premier texte en hongrois. Depuis sa fondation, cette communauté monastique ne cessa d'assurer la diffusion de la culture en Europe centrale. Son histoire millénaire se lit dans la succession des styles architecturaux des bâtiments monastiques, le plus ancien datant de 1224, qui accueillent aujourd'hui encore une école et la communauté des moines.

Abbaye bénédictine millénaire de Pannonhalma et son environnement naturel

Justification d'inscription

Le Comité a décidé d'inscrire le bien proposé sur la base des critères culturels (iv) et (vi), considérant que ce site de valeur universelle exceptionnelle illustre de manière exceptionnelle la structure et l'organisation d'un monastère chrétien en constante évolution depuis mille ans. Son site et la date précoce de sa fondation constituent un témoignage unique du rayonnement de la chrétienté en Europe centrale.

Description longue

Pannonhalma illustre de manière exceptionnelle la physionomie d'un ancien monastère chrétien qui a évolué pendant plus d'un millénaire d'occupation permanente. Sa position et la date ancienne de sa fondation en font un témoignage exceptionnel de la propagation et de la continuité du christianisme dans l'est de l'Europe.

Au moment de la fondation du monastère, cette zone était occupée par des fermiers bavarois et slaves, qui y étaient arrivés dans le sillage des armées de Charlemagne. Les moines bénédictins venus d'Italie, de Bohême et de Germanie s'installèrent sur cette montagne sacrée de l'ancienne province romaine de Pannonie en 996. Ils venaient prêter main-forte au prince Géza et à son fils Étienne Ier , premier roi de Hongrie, dans leurs efforts pour humaniser les Hongrois qui terrorisaient les populations sédentaires d'Europe en saccageant les villes et les monastères du nord de l'Italie, de Bavière et de Franconie. Le monastère bénédictin construit là, en tête de pont oriental de la culture médiévale européenne, conserva ce rôle pendant un millénaire, avec quelques rares interruptions seulement. Il exerça un rôle culturel et juridique important en Hongrie, et ses abbés jouèrent un rôle éminent dans la vie publique du pays.

Le premier monastère, détruit par un incendie au début du XII siècle, n'est connu que par des documents. La reconstruction fut lente, jusqu'au moment où Uros en devint abbé (1207-1243). En 1472, le roi prit possession du monastère et en entreprit une rénovation complète. Le cloître actuel et d'autres édifices religieux y furent alors construits, et le monastère fortifié. Toutefois, la vie monastique y devint difficile ; le monastère, sévèrement endommagé par un incendie, fut en grande partie abandonné en 1575, et occupé par les Turcs en 1594. La communauté s'y réinstalla en 1638, et l'on y construisit alors les parties baroques du monastère, comme son réfectoire. Le mouvement des Lumières du XVIII siècle eut une influence sur les communautés monastiques, qui furent jugées selon leur contribution à l'État. L'ordre fut rétabli en 1802. Dans bien des cas, les moines s'installèrent dans des maisons des villes voisines, et leurs monastères furent transformés en édifices d'enseignement, mais la vie monastique se poursuivit à Pannonhalma, avec une école incorporée au monastère.

Le complexe est formé du groupe principal de bâtiments monastiques, du Calvaire et de la chapelle Notre-Dame, du monument du Millénaire et des terrains qui les entourent. L'église actuelle, de 1224, est la troisième du site ; elle contient les restes de celles qui l'ont précédée. Son chœur élancé à trois nefs, la partie la plus ancienne de la construction, surmonte une crypte à trois nefs qui faisait partie de l'église antérieure. La nef présente des colonnes richement sculptées sur lesquelles repose une voûte sexpartite ; le couvrement du chœur a été décoré d'étoiles à la fin du XV siècle. Les chapelles et le baptistère, avec sa porte Renaissance et ses encadrements de fenêtres, remontent à la même période. Cette porte donne accès au cloître, typique structure de plan carré du gothique tardif, construite en 1486. L'édifice renferme une série de peintures murales d'Antonio Fossati. Le monastère principal consiste en un groupe d'édifices datés des XIIIe -XV siècles, qui comportait à l'origine un seul niveau, mais fut surhaussé de deux étages en 1912, en partie au-dessus du cloître médiéval.

La chapelle Notre-Dame, dont la construction commença en 1714, se trouve au sommet de la colline méridionale. Sa nef, voûtée en berceau, se raccorde au sanctuaire par un large arc triomphal. Son intérieur baroque d'origine a été restauré en style roman en 1865. Le monument du Millénaire est l'un des sept construits pour célébrer le millième anniversaire de la conquête de la Hongrie en 896. Il se trouve sur la crête d'une colline centrale où il a remplacé le Calvaire qui se dresse à présent face à la chapelle Notre-Dame. Il est formé d'un simple bloc de construction en brique et en calcaire ; son portique en pierre est formé d'un tympan portant un relief symbolique, qui repose sur deux paires de colonnes ioniques.

Les éléments principaux de la zone qui entoure le complexe monastique sont la forêt et le jardin botanique. La forêt, sur les pentes orientales des abords de Pannonhalma, est pour l'essentiel une forêt de chênes, traditionnelle pour cette région. La flore du jardin botanique se répartit en deux groupes : pour moitié forêt d'arbres et de plantes dont l'âge varie, et pour moitié des espèces de haies et de jardins, aussi bien locales qu'exotiques. La forêt et le jardin botanique témoignent tous deux de l'intérêt paysager de toute cette région, et soulignent l'intérêt esthétique de l'intervention humaine, telle que l'illustrent les constructions du monastère.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Le site de l'actuel monastère fut occupé de tout temps par l'homme depuis la préhistoire. Lorsque le monastère fut fondé, la région était peuplée de fermiers bavarois et slaves venus dans le sillage des armées de Charlemagne.

Des moines bénédictins vinrent en 996 d'Italie et des terres bohémiennes et allemandes sur cette montagne sacrée de 1 'ancienne province romaine de Pannonie. Ils vinrent à l'aide du prince Géza et de son fils Etienne Ier, premier roi couronné de Hongrie, afin d'humaniser les Hongrois qui terrorisaient les populations sédentaires d'Europe et pillaient et mettaient à sac les villes et les monastères du nord de l'Italie, de la Bavière et de la Franconie. Bruno de Saint-Gall, saint Wolfgang, évêque de Ratisbonne, saint Adalbert, évêque de Prague, Bruno de Querfurt et saint Gérard de Venise étaient parmi ceux qui instruisirent les Hongrois installés sur les marges orientales de l'Europe non seulement dans la foi chrétienne mais aussi dans la culture européenne du tournant du l0ème siècle. Certaines sources médiévales attestent que saint Martin, évêque de Tours et protecteur du mouvement monastique naissant, naquit ici. Il est d'une grande importance religieuse et historique que les moines bénédictins aient fondé leur première maison ici, où saint Martin naquit.

Le monastère fondé ici, tête de pont à l'est de la culture médiévale européenne, conserva ce rôle pendant mille ans, à l'exception de brèves interruptions. Il exerça un rôle culturel et judique important en Hongrie et ses abbés jouèrent un rôle primordial dans la vie publique. Le premier monastère n'est connu que par les archives, car il fut entièrement brûlé au début du 12ème siècle. La reconstruction fut lente, jusqu'à ce qu'Uros devînt abbé (1207- 43). Il lutta pour obtenir l'indépendance du monastère par rapport à la hiérarchie hongroise (nullius dioscesis) et créa une unité prospère et intégrée à partir des propriétés éparses du monastère. Il passa un an et demi en Italie, pour le IVe Concile du Latran, et en profita pour étudier les constructions en cours. A son retour, il enjoignit les bâtisseurs à terminer leur œuvre. Il réussit à repousser l'attaque des Mongols en 1241.

De nombreux hommes et femmes trouvèrent hospitalité et refuge à Pannonhalma à travers les siècles. Godefroy de Bouillon et ses croisés y séjournèrent, en chemin pour la Terre Sainte. Pendant 1' occupation ottomane (1526-1686), le monastère protégea de nombreux fugitifs des persécutions et le fit encore en 1944-45.

En 1472, le roi prit possession du monastère et entreprit d'importants travaux de rénovation. Le cloitre actuel et d'autres bâtiments à fonction religieuse furent construits, bien qu'il ne restât plus qu'une poignée de moines sur place. Après la défaite des forces hongroises par Süleyman le Magnifique à Mohacs en 1526, le monastère fut fortifié. A cette époque, la vie monastique devint difficile ; le monastère fut gravement endommagé par un incendie, abandonné par les moines puis occupé par les Turques en 1594. La communauté se réinstalla en 1638 mais elle ne retrouva son importance qu'à partir de l'abbatiat de Mathias Pâlfy en 1683. Les éléments baroques du monastère, tels que le réfectoire, furent ajoutés au 18ème siècle, à l'initiative de l'abbé Benedek Sajgh6. Des plans de construction d'un monastère monumental, qui auraient entraîné la démolition de l'enceinte, furent abandonnés au moment la dissolution de l'ordre en 1786.

Le siècle des Lumières eut un impact sur les communautés monastiques qui furent jugées selon leur contribution à l'Etat. C'est ainsi que Joseph II ferma toutes les maisons bénédictines en Hongrie en 1786. Quelques moines poursuivirent leur enseignement, tandis que d'autres s'engagèrent dans la mission pastorale paroissiale. L'ordre fut rétabli en 1802, à la condition qu'il se charge de l'enseignement secondaire. Dans la plupart des cas, les moines s'installèrent dans les villes voisines et les bâtiments monastiques furent consacrés à 1 'enseignement, mais à Pannonhalma, la vie monastique se maintint et 1' école fut intégrée au monastère lui-même.

Suivant l'évolution des besoins de la société, les moines sortirent du monastère pour servir leurs prochains. Pendant et après l'occupation turque, ils réinstallèrent des villages, réorganisèrent l'agriculture et développèrent la structure ecclésiastique. A partir du 16ème siècle, ils devinrent conseillers spirituels des paroisses de leurs terres, tâche qu'ils poursuivirent même après les nationalisations de 1950. L'enseignement fut toujours l'une de leurs principales préoccupations, à la fois la formation des postulants à l'ordre et l'enseignement supérieur de ses membres.

Une nouvelle bibliothèque fut ajoutée au début du 19ème siècle, et il y eu une reconstruction majeure du cloître et de l'église en 1868-76. Une école secondaire et un foyer d'étudiants furent construits en 1939-41, cadeau du gouvernement italien de l'époque. Actuellement, il y a 360 élèves dans l'enseignement secondaire, le corps professoral est formé de onze moines bénédictins et de quelques trente enseignants laïques. Pannonhalma compte 68 moines. Le monastère abrite d'autres activités comme l'académie théologique et une institution pour personnes âgées.

Source : évaluation des Organisations consultatives