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Tiwanaku : centre spirituel et politique de la culture tiwanaku

Brève description

La ville de Tiwanaku fut la capitale d'un puissant empire préhispanique qui étendit son influence sur une vaste zone des Andes méridionales et au-delà, et atteignit son apogée entre 500 et 900 de notre ère. Les vestiges de ses monuments témoignent de l'importance culturelle et politique de cette civilisation qui se distingue nettement des autres empires préhispaniques des Amériques.

Tiwanaku : centre spirituel et politique de la culture tiwanaku © Rodrigo Varas

Justification d'inscription

Critère (iii) : Les ruines de Tiwanaku sont le témoignage remarquable de la puissance d’un empire qui a joué un rôle majeur dans le développement de la civilisation préhispanique des Andes.

Critère (iv) : Les monuments de Tiwanaku sont des exemples exceptionnels de l’architecture et de l’art cérémoniel et public d’une des manifestations les plus importantes des civilisations de la région andine.

Description longue

Les ruines de Tiwanaku offrent un impressionnant témoignage du pouvoir d'un Empire qui a joué un rôle majeur dans les développements de la civilisation préhispanique des Andes. Ses constructions offrent des exemples exceptionnels d'architecture publique et sacrée, et de l'art de l'une des plus importantes civilisations de cette région.

Tiwanaku, au cours de la phase connue sous le nom de « période du village », vers 1200 av. J.-C., était à l'origine une petite agglomération. Elle était autosuffisante, avec une forme d'agriculture non irriguée fondée sur un bétail résistant aux grands froids, essentiel compte tenu de l'altitude élevée du site : elle produisait des tubercules comme les pommes de terre, la oca et les céréales, notamment le quinoa. Près du lac Titicaca, les zones les mieux protégées produisaient aussi du maïs et des pêches. Les habitants vivaient dans des maisons rectangulaires en adobe, qui donnaient sur des rues pavées.

Au cours du Ier  siècle apr. J.-C., Tiwanaku devint rapidement une petite ville, probablement grâce à l'introduction de la métallurgie du cuivre, qui permit de développer des instruments et des technologies plus avancées, et de créer un système d'irrigation. La classe supérieure opulente, qui contrôlait aussi le commerce rémunérateur de la laine provenant des grands troupeaux d'alpagas domestiqués de cette région, put dégager les fonds nécessaires à la construction de grands bâtiments publics en pierre et de routes pavées reliant Tiwanaku aux autres sites de la région. Les rives marécageuses du lac, où les conditions climatiques étaient plus favorables, furent alors bonifiées en créant des champs sur des terrasses surélevées.

L'apogée de l'Empire de Tiwanaku commença probablement au VIIIe  siècle. La métropole fonda alors de nombreuses villes ou colonies dans son vaste territoire. La plus importante, Wari, au Pérou, devait elle-même bientôt se poser en rivale de Tiwanaku. La domination politique de la ville commença à décliner au XIe  siècle, et son empire s'effondra dans la première moitié du XIIe  siècle.

Tiwanaku se trouve sur l'Altiplano, près de la rive méridionale du lac Titicaca, à une altitude de 3 850 m. Une grande partie de la ville ancienne, qui était pour une bonne part construite en adobe, a été effacée par la ville moderne. Toutefois, les édifices monumentaux construits en pierre se sont conservés à l'intérieur de zones archéologiques protégées. Le monument le plus imposant de Tiwanaku est le temple d'Akapana. Cette pyramide se composait à l'origine de sept plates-formes superposées, contenues par des murs de soutènement hauts de plus de 18 m. Seul l'étage inférieur et une partie des murs intermédiaires ont été conservés. Les études ont permis d'établir que la pyramide était à l'origine revêtue de pierre bleue et surmontée par un temple, comme c'était l'usage dans les pyramides d'Amérique centrale. Elle est entourée de canaux de drainage qui sont très bien conservés. Les murs du petit temple semi-souterrain (Templete) sont faits de 48 piliers de grès rouge. Plusieurs têtes creusées dans la pierre sont insérées dans les murs, certainement en souvenir d'une pratique d'exposition dans le temple des têtes tranchées des ennemis vaincus.

La Kalasasaya , un grand temple rectangulaire ouvert, dont on pense qu'il était un observatoire, se trouve au nord de l'Akapana. On y accède par une volée de sept marches, au centre de son mur oriental. L'intérieur renferme deux monolithes sculptés et la monumentale porte du Sud, l'un des plus importants exemples de l'art de Tiwanaku : elle se compose d'un seul bloc d'andésite taillé pour former une grande porte dont les côtés étaient percés de niches. Au-dessus de la porte, une frise élaborée en bas relief figure en son centre une divinité debout sur une plate-forme à gradins, qui porte une coiffure complexe et tient un sceptre dans chaque main ; la déesse est flanquée d'une file d'oiseaux anthropomorphes et, aux extrémités du panneau, d'une série de visages humains. L'ensemble a été interprété comme un calendrier agricole.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Tiwanaku commence par se développer modestement, au cours de sa « période villageoise », vers 1200 avant J.-C. Autosuffisant, le village privilégiait une forme d'agriculture non irriguée à base de cultures résistantes au gel, ce qui s'avère indispensable à une telle altitude, et produisait des tubercules tels que la pomme de terre (Solanum tuberosum), l'oxalide tubéreuse (Oxalis tuberosa) et des céréales comme la quinoa (Chenopodium quinoa). Sur certaines terres plus protégées, près du lac Titicaca, on a également pratiqué la culture du maïs et des pêches. La population vivait dans des maisons rectangulaires d'adobe reliées par des rues pavées.

Au cours du Ier siècle après J.-C., Tiwanaku prend rapidement les dimensions d'une petite ville. Cet essor est probablement dû à l'introduction de la métallurgie du cuivre et, par conséquent, à la confection d'outils de qualité supérieure. Ces derniers ont favorisé l'élaboration de systèmes d'irrigation qui entraîneront des excédents agricoles stimulant à leur tour l'émergence d'une structure sociale hiérarchique et l'apparition d'artisans spécialisés.

La classe dirigeante, qui contrôle également le commerce lucratif de la laine provenant des vastes troupeaux d'alpagas domestiqués de la région, finance la construction de grands édifices de pierre conçus par des architectes sur une échelle gigantesque et somptueusement décorés par des maçons qualifiés. Des rues pavées reliant Tiwanaku à d'autres villages de la région sont construites pour l'exportation des produits locaux à dos de lamas. La répartition des objets artisanaux en cuivre, céramique, textile et pierre issus des ateliers de Tiwanaku montre que vers 550 après J.-C., la ville était devenue la capitale d'un vaste empire s'étendant sur ce qui constitue actuellement le sud du Pérou, le nord du Chili, la majeure partie de la Bolivie et certaines zones d'Argentine.

Au bord du lac, les zones marécageuses, aux conditions climatiques plus propices, sont aménagées en champs en terrasses pour être cultivées. L'entreprise était colossale, la zone concernée étant estimée à 65 kilomètres carrés. Les camellones, larges de 6 mètres et pouvant atteindre 200 mètres de long, étaient divisés par des canaux d'irrigation de 3 mètres de large. Les canaux servaient non seulement à irriguer et à enrichir la terre, mais stockaient également la chaleur du jour, améliorant ainsi sensiblement le microclimat des champs.

L'empire de Tiwanaku entame sa phase de grande puissance au VIIIe siècle après J.-C. De nombreuses villes ou colonies fidèles voient le jour dans la région d'influence de Tiwanaku dont la plus importante est Huari, ville du Pérou qui parvient même à rivaliser avec Tiwanaku. À son apogée, Tiwanaku se serait étendue sur une zone de plus de 6 kilomètres carrés et aurait enregistré une population de 70 000 à 125 000 habitants.

Au XIe siècle, l'hégémonie politique de Tiwanaku commence à décliner et l'empire s'écroule dans la première partie du XIIe siècle pour des raisons encore incertaines. Les spécialistes, qui écartent désormais l'hypothèse de l'invasion et de la conquête, optent plutôt pour un changement climatique responsable de récoltes médiocres et pour une désagrégation progressive du pouvoir central qui aurait cédé aux pressions des différentes composantes réclamant leur autonomie.

Source : évaluation des Organisations consultatives