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Monastères de Daphni, de Hosios Loukas et Nea Moni de Chios

Brève description

Ces trois monastères, éloignés géographiquement – le premier en Attique près d'Athènes, le second en Phocide à proximité de Delphes, le troisième sur une île de la mer Égée proche de l'Asie Mineure –, appartiennent à une même série typologique et participent d'une esthétique commune. Leurs églises de plan central, dont l'ample coupole est supportée par des trompes d'angle définissant un espace octogonal, ont reçu aux XIe et XIIe siècles de superbes décors de marbre, ainsi que d'admirables mosaïques à fond d'or, très caractéristiques du « deuxième âge d'or byzantin ».

Hosios Loukas, Dôme de l'Eglise de la Vierge © UNESCO Plus d'images ...

Description longue

Bien que géographiquement distantes l'une de l'autre (Daphni se trouve en Attique, à 11 km d'Athènes ; Hossios Luckas en Phocide, à 67 km de la capitale, et Nea Moni au milieu de l'île de Chio), ces trois biens appartiennent au même groupe de monuments et partagent les mêmes caractéristiques artistiques. Ces trois monastères sont de remarquables exemples d'un type de construction caractéristique des années centrales de l'architecture byzantine. La Nea Moni, avec son église octogonale sans espaces ajoutés, en présente l'expression la plus simple, tandis qu'Hossios Luckas et Daphni sont plus complexes : ces deux ensembles comportent un espace central octogonal entouré par une série de trompes d'angle qui forment un carré. Cette structure plus élaborée définit une hiérarchie de volumes et de fonctions, et a permis d'y appliquer un ambitieux programme iconographique et décoratif.

Le monastère de Daphni, situé sur l'ancienne voie sacrée menant d'Athènes à Éleusis, a remplacé un temple consacré à Apollon Daphnéios qui fut détruit en 396 apr. J.-C. Au cours du Ve siècle, une basilique y a été construite, ainsi qu'un mur restauré et complété sous le règne de Justinien (527-565). Celui-ci formait une enceinte carrée de 97 m de côté ; une grande partie du mur nord, qui mesurait à l'origine 8 m de hauteur, est conservée. Ce premier monastère, dont différents vestiges archéologiques ont été mis au jour, fut abandonné au cours des invasions slaves des VIIe et VIIIe siècles. Ce n'est qu'en 1100, lorsque l'Empire byzantin connut son apogée sous Alexis Ier Comnène, qu'il put renaître de ses ruines. L'église fut construite à cette époque. Elle possédait un narthex auquel un exonarthex à deux niveaux fut ajouté peu de temps après. D'autres édifices monastiques, comme le réfectoire, des cellules et un puits furent construits au cours de la même campagne, et l'église fut alors somptueusement décorée de mosaïques représentant la Dormition de la Vierge. Mis à sac par les croisés francs en 1205, le monastère fut donné aux cisterciens de l'abbaye de Bellevaux par le duc d'Athènes, Othon de La Roche en 1207. Ceux-ci y construisirent un cloître et remodelèrent l'exonarthex et le mur d'enceinte, mais ne touchèrent pas aux mosaïques. Daphni revint aux moines orthodoxes après la prise d'Athènes par le sultan ottoman Mehmet II, en 1458. Déconsacré en 1821, le monastère a fait l'objet de différents travaux de restauration depuis 1888.

Le monastère d'Hossios Luckas se trouve à 37 km de Delphes, sur le flanc occidental de l'Hélicon : c'est là qu'un ermite nommé Luckas le Stiriote choisit de s'établir, en 946, au milieu des ruines d'un temple consacré à Déméter. Ce saint homme y mourut en 953. Un ouvrage sur sa vie mentionne une première église dédiée à sainte Barbe, et la construction d'une autre église, destinée aux pèlerins, commença dans le courant de la seconde moitié du Xe siècle. La topographie de la vaste enceinte polygonale du monastère, dont les bâtiments se disposent selon un plan irrégulier le long d'un axe est/ouest, porte encore les traces des adjonctions successives qui lui ont été apportées, et témoigne du succès durable rencontré par le culte de saint Luc de Phocide. L'immense volume de la coupole centrale, d'un diamètre de 9 m, repose sur un tambour percé de 16 baies, est épaulé de trois côtés par des espaces latéraux voûtés en arêtes. Le bema et l'abside forment le plan en croix carrée de l'église qui est l'une des créations les plus parfaites de l'architecture byzantine. L'église regorge de trésors iconographiques qui forment, par leur ampleur et leur cohérence, un ensemble à peu près unique. Son riche décor de mosaïques, de fresques et de revêtements de marbre transforme son plan complexe et compartimenté en un ensemble pénétré de luxe et d'harmonie.

La construction du monastère de la Nea Moni de Chio est largement documentée, parce qu'elle est liée à l'un des événements majeurs de l'histoire byzantine. Constantin le Gladiateur, un noble qui vivait en exil, apprit de deux moines de Chio, Nicétas et Jean, qu'il deviendrait empereur. Lorsqu'il épousa l'impératrice Zoé, âgée de soixante-quatre ans, et déjà deux fois veuve, devenant ainsi basileus sous le nom de Constantin Monomaque, il se souvint de cette prédiction et fonda le monastère en 1045. Il choisit à cet effet une vallée de Chio située sur les pentes du mont Aétos, et dota sa fondation de possessions et de privilèges. La coupole, qui mesure approximativement 7 m de diamètre, n'a pas d'espaces latéraux, mais se trouve entre un sanctuaire en triconque et un narthex précédé par un exonarthex doté d'absides latérales. L'architecture de saveur rustique est relayée par le style primitif des mosaïques, qui trahissent une légère influence orientale. Loin de l'humanisme assez abstrait du décor de Daphni et d'Hossios Luckas, les personnages typiques figurés de la Nea Moni offrent le contrepoint stimulant d'un art plus naïf, une transcription populaire des grands modèles hérités de Constantinople.

Source : UNESCO/CLT/WHC