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Vat Phou et les anciens établissements associés du paysage culturel de Champassak

Brève description

Le paysage culturel de Champassak, y compris l'ensemble du temple de Vat Phou, représente une zone de paysage planifiée remontant à plus de mille ans et remarquablement bien conservée. Afin d'exprimer la conception hindoue des rapports entre la nature et l'homme, il a été façonné selon un axe compris entre le sommet de la montagne et les rives du fleuve dans un entrelacs géométrique de temples, de sanctuaires et d'ouvrages hydrauliques s'étendant sur quelque 10 km. Le site comprend aussi deux villes anciennes, construites sur les rives du Mékong et la montagne de Phou Kao, l'ensemble représentant un processus d'aménagement s'étendant sur plus de mille ans, du Ve au XVe siècle, associé surtout à l'Empire khmer.

© UNESCO

Justification d'inscription

Critère iii L’ensemble du temple de Vat Phou est un témoignage exceptionnel des cultures d’Asie du sud-est, et en particulier de l’empire khmer qui domina la région du Xe au XIVe siècle. Critère iv L’ensemble de Vat Phou illustre remarquablement l’intégration d’un paysage symbolique d’une grande valeur spirituelle dans son environnement naturel. Critère vi Illustration de l’interprétation hindoue de la relation entre la nature et l’humanité, Vat Phou se targue d’un remarquable ensemble de monuments et autres structures disséminées sur une vaste superficie entre fleuve et montagne, certains dotés d’une architecture exceptionnelle, beaucoup abritant de magnifiques œuvres d’art, et exprimant tous une conviction et un engagement religieux intenses.

Description longue

Le complexe sacré de Vat Phou témoigne de manière exceptionnelle des cultures du sud-est de l'Asie, et notamment de celle de l'Empire khmer, qui domina la région aux Xe -XIVe  siècles. C'est un exemple remarquable de l'intégration d'un paysage symbolique d'une grande portée spirituelle à son environnement naturel, qui exprime pleinement la perception hindoue de la relation entre la nature et l'homme.

L'origine du site est antérieure à 600 apr. J.-C., au moins pour la ville de Shrestrapura, où les fouilles archéologiques ont mis en évidence une phase préangkorienne (jusqu'en 900 apr. J.-C. environ). Le développement du site comme un ensemble cohérent est cependant étroitement lié à l'origine, au développement et à l'apogée de l'Empire khmer entre le VIIe et le XIIe  siècle.

À partir du Xe  siècle, une nouvelle lignée de rois, probablement originaires de la région de Champassak, et dont la capitale se trouvait à Isanapura, étendit son autorité sur la plus grande partie du Cambodge actuel et, au-delà, presque toute la partie est de la Thaïlande actuelle. L'apogée du paysage complexe de Vat Phou correspond à cette période. Son importance historique est due à son statut de centre impérial, et au fait que le site témoigne d'influences indiennes plutôt que chinoises, qui indiquent manifestement l'adhésion aux croyances religieuses hindoues. Le paysage culturel de Champassak continua à évoluer jusqu'au XIIIe  siècle, peu avant l'effondrement de l'Empire khmer.

Rien n'atteste que les édifices monumentaux aient été entretenus depuis, bien que nous ayons mention de différents événements les concernant. Le site de Vat Phou proprement dit, contrairement à ce qu'il avait représenté au cours du premier millénaire, se convertit au bouddhisme Theravada, et demeure aujourd'hui un lieu de culte local. Mais toute la zone se recouvrit d'une forêt secondaire qui dissimulait la plus grande partie du site lors de l'arrivée des premiers Européens, au XIXe  siècle. Le festival annuel de Vat Phou témoigne de ce que le lieu continue aujourd'hui d'occuper une place importante dans la vie des communautés locales.

Le district de Champassak se trouve à 500 km au sud-est de la capitale, Vientiane, sur la rive occidentale du Mékong. Le complexe de temples de Vat Phou offre de bons exemples d'architecture khmère précoce et classique, des VIIe -XIIe  siècles. Des recherches récentes ont montré qu'il se trouve au centre d'un paysage culturel sophistiqué qui englobait la plaine de Champassak, la montagne de Phou Kao à l'ouest et les rives du Mékong à l'est, et présentait de multiples aménagements : temples, sanctuaires, réservoirs d'eau, aqueducs, carrières, anciens champs cultivés, habitats, ainsi que la vieille route pour Angkor.

Il semble qu'une cité préangkorienne, d'une extension de 4 ha environ, et située sur les rives du Mékong, ait été remplacée au cours de la période d'Angkor par une autre ville planifiée, située juste au sud de Vat Phou. Une route, probablement contemporaine, y mène depuis le sud, en passant devant des carrières et d'autres sites d'exploitation. La plupart de ces éléments ont été intégrés à un paysage soigneusement planifié, conçu pour refléter son caractère sacré, tel que le percevaient ses constructeurs. Le complexe du temple, orienté est/ouest, a été construit en terrasses au pied du Phou Kao, sur un plateau rocheux d'où jaillit une source d'eau pure. Le complexe a été implanté sur une ligne axiale reliant le lingua (site naturel phallique) formé par le sommet de la colline au sanctuaire : long de 1 400 m, il est bordé de lacs et d'édifices construits de part et d'autre de la voie processionnelle.

L'intégration du sommet naturel de la montagne, haute de 1 416 m, et la préservation relativement bonne du paysage et des édifices, permettent encore aujourd'hui d'apprécier l'ambition du projet d'origine qui visait à créer, d'emblée, ce que nous appelons aujourd'hui un paysage culturel. Une grande partie de cette zone est aujourd'hui dévolue à la culture du riz.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Le dossier de proposition d'inscription ne fournit aucune information sur l'histoire du site avant son abandon au XIIIe siècle. Les origines du site remontent néanmoins à une date antérieure à 600 après J.-C., au moins pour la cité de Shrestrapura, où des fouilles archéologiques ont livré des vestiges des époques pré-angkoriennes (jusque vers 900 après J.-C.). Le développement du site fut cependant intimement lié à la naissance, à l'essor et à l'apogée de l'empire khmer, entre les VIIe et XIIe siècles. Une nouvelle dynastie royale, probablement centrée sur la région du Champassak, étendit son autorité, depuis sa capitale Ïsanapura à partir du Xe siècle, jusqu'à englober non seulement le Cambodge actuel mais aussi une grande partie de l'est de la Thaïlande actuelle. Le paysage complexe de Vat Phou atteignit probablement son apogée à cette époque. Sa valeur historique repose sur son rôle de centre impérial et sur les preuves matérielles de l'influence indienne - plutôt que chinoise - révélée par les croyances religieuses hindoues.

Les derniers grands développements du paysage culturel de Champassak datent du XIIIe siècle, juste avant l'effondrement de l'empire khmer. Il n'y a aucune trace d'entretien des édifices monumentaux depuis lors, bien que d'autres emplois et d'autres événements aient marqué le site. Le temple de Vat Phou, contrairement à ce qu'il avait représenté pendant près de mille ans, fut transformé en temple dédié au Bouddhisme Theravada et demeure aujourd'hui un lieu de culte. Dans l'ensemble, la zone a été envahie par la forêt qui couvrait la plus grande partie du site lorsque le premier européen visita le site au XIXe siècle. Le festival annuel de Vat Phou montre la place qu'occupe actuellement ce lieu dans la vie de la communauté locale.

Source : évaluation des Organisations consultatives