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Tombe thrace de Kazanlak

Brève description

Découvert en 1944, ce tombeau date de la période hellénistique, vers la fin du IVe siècle av. J.-C. Il est situé près de Seutopolis – capitale du roi thrace Seutes III – et fait partie d’une grande nécropole thrace. Le tholos comprend un étroit corridor et une chambre funéraire ronde, tous deux décorés de peintures murales représentant les rites funéraires et la culture thrace. Ces peintures sont les chefs-d’œuvre artistiques les mieux préservés de la période hellénistique en Bulgarie.

Tombe thrace de Kazanlak © Yvon Fruneau

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

La tombe thrace de Kazanlak est un ouvrage artistique et esthétique unique, un chef-d'œuvre de l'esprit créatif thrace. Ce monument est le seul de ce type dans le monde entier. Les fresques exceptionnellement bien conservées et la condition d'origine de la structure révèlent l'évolution remarquable et le haut degré de perfection de la culture et de l'art pictural de la Thrace hellénistique.

Critère (i) : La tombe thrace de Kazanlak est un chef-d'œuvre de l'esprit créatif thrace.

Critère (iii) : Les fresques de Kazanlak révèlent le haut degré de perfection de la culture et de l'art pictural thraces.

Critère (iv) : Les fresques de Kazanlak représentent une étape significative dans le développement de l'art funéraire hellénistique.

Intégrité (2010)

L'intégrité du site est intacte. Les limites et la zone tampon définies, ainsi que l'emplacement de la tombe dans un parc, fournissent un environnement sûr à ce bien, qui possède à l'intérieur de ses limites tous les éléments nécessaires à la transmission de sa valeur universelle exceptionnelle. La Tombe est protégée des impacts négatifs des visiteurs : ceux-ci peuvent se rendre au musée voisin qui abrite une copie de l'architecture de la tombe et de sa décoration de fresques. 

Authenticité (2010)

La Tombe répond aux exigences d'authenticité car la construction et ses murs sont restés dans leur état d'origine, sans modifications ni ajouts, et ses fresques sont très bien préservées. Lors de l'inscription, la Tombe a été mise en sécurité sous un bâtiment protecteur permanent, et sa principale valeur culturelle - sa décoration murale exclusive - a été totalement préservée. Lors de ce processus, les peintures murales ont été nettoyées et renforcées en utilisant des techniques non agressives pour leur authenticité : elles n'ont pas été retouchées et, qui plus est, leurs lacunes n'ont pas été comblées. La climatisation a été installée pour assurer une température constante.

Besoins en matière de protection et de gestion (2010)

La gestion est assurée selon :

- La Loi sur le Patrimoine culturel (Journal officiel n° 19, 2009) et la législation afférente. Cette loi réglemente la recherche, l'étude, la protection et la promotion du patrimoine culturel immeuble de Bulgarie, ainsi que l'établissement de plans de conservation et de gestion de ses biens culturels immeubles inscrits sur la Liste du patrimoine mondial ;

- Le régime de préservation et de visite de la Tombe, prescrit par l'Institut national pour la préservation des biens culturels immeubles.

Description longue

La tombe du IIIe siècle av. J.-C. découverte en 1942 près de Kazanlak, dans la romantique vallée des Roses, près de la ville antique de Teutopolis, marque un sommet dans le développement de l'art hellénistique, et représente une contribution majeure à l'art du monde hellénistique tout entier.

Les nombreux tumuli funéraires de l'aire de Kazanlak (plus de 500), ainsi que les vestiges de sites thraces, dont Seuthopolis, la seule ville thrace à avoir été complètement fouillée, mise en valeur et étudiée, montrent que cette zone était densément habitée par les Thraces, qui connurent l'apogée de leur civilisation aux Ve-IIIe siècles av. J.-C.

Seuthopolis a été fondée par le roi thrace Seutes III à la fin du IVe siècle av. J.-C. La ville était fortifiée, et son plan fondé sur les principes de la polis grecque. On y a mis au jour des édifices monumentaux de l'architecture thrace, comme le temple-palais, dont les murs sont décorés de fresques, ou les temples de Dionysos et des grands dieux thraces. Sept tombes en brique ont été découvertes dans sa nécropole, dont quatre du type en ruche. Le recours à la brique pour construire les tombes est typique de la zone de Seuthopolis : nulle part ailleurs en Thrace on ne la trouve utilisée aussi largement.

Ces tombes, qui occupent le sommet d'une colline rocheuse, ne possèdent pas de fondations profondes. Elles comportent les trois chambres exigées par le culte des morts des Thraces : une antichambre pour le char, les chevaux ou les esclaves qui devaient accompagner le mort dans l'au-delà ; un couloir (dromos) qui formait une petite chambre pour les différents objets nécessaires au mort ; une chambre funéraire pour le corps lui-même. La forme et les dimensions de ces trois salles varient selon les tombeaux.

L'intérêt principal de la tombe de Kazanlak réside dans ses peintures murales : ce sont les seules œuvres d'art hellénistique de ce type conservées qui aient été trouvées dans l'état exact où elles ont été dessinées et exécutées. On les trouve dès l'antichambre : les murs sont d'une couleur ocre clair, de manière à contraster avec les grands blocs de pierre, soulignés par des lignes bleu-noir, qui imitent le grand appareil, et suggèrent une atmosphère solennelle avant même l'entrée dans le couloir et dans la chambre funéraire. Seule une petite partie de ce décor est conservée, dans la partie haute du mur est de l'antichambre. L'entrée du couloir présente un encadrement peint en ocre noir.

La peinture du couloir et de la chambre funéraire représente une façade monumentale, formée d'un haut podium au-dessus duquel se trouve un mur porteur dépouillé ; la composition s'achève par les éléments architecturaux interrompus par des figures.

La chambre funéraire est la plus décorée de la tombe. Le sol est coloré en rouge pompéien. Le podium s'élève tout autour de la plinthe et il est couvert, à son sommet, par une large bande noire. La plinthe imite un marbre rose légèrement veiné de bleu. Le podium est formé de quatre carrés divisés par des sillons, qui imitent un revêtement de marbre. Le mur porteur peint en rouge pompéien se trouve au-dessus de la bande noire. La composition de la chambre funéraire a été dessinée avec une grande habileté et une profonde connaissance des éléments architecturaux de l'entablement ionique. Le peintre, cependant, a intentionnellement faussé les proportions ioniques pour la frise qui comporte de grandes figures. Il a ainsi obtenu un effet exceptionnel, en enfermant toute la composition dans un cadre coloré de motifs architectoniques.

Les fresques ont été réalisées à partir d'un dessin préliminaire tracé sur la fine couche d'enduit finale. Aujourd'hui encore, on distingue des lignes faiblement incisées sur l'enduit encore humide, qui dessinent les plinthes et les contours de la voûte. Le dessin des fresques de la tombe de Kazanlak montre qu'il ne s'agit nullement d'une œuvre spontanée : elle est le résultat d'une composition artistique préméditée, exécutée selon un projet précis. L'architecture et le dessin ont été préparés ensemble, comme une œuvre d'art cohérente, ce qui indique qu'ils sont tous deux le fait d'une seule et même personne : un artiste architecte.

Source : UNESCO/CLT/WHC