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Zone archéologique de Chan Chan

Année d'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril : 1986

Brève description

Le royaume chimu, dont Chan Chan fut la capitale, connut son apogée au XVe siècle, peu avant de succomber à la puissance inca. L'aménagement de cette ville, la plus importante de l'Amérique précolombienne, reflète une stratégie politique et sociale rigoureuse, marquée par sa division en neuf « citadelles » ou « palais » formant des unités indépendantes.

© UNESCO

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Le royaume Chimú connut son apogée au XVe siècle, peu avant de succomber à la puissance Inca. Sa capitale, Chan Chan, établie dans la vallée fluviale jadis fertile de Moche ou Santa Catalina, était la plus grande ville à l’architecture en terre de l’Amérique précolombienne. Les ruines de cette vaste cité reflètent dans leur tracé une organisation politique et sociale rigoureuse matérialisée par le cloisonnement en neuf 'citadelles' ou 'palais' comme autant d’unités indépendantes.

La valeur universelle exceptionnelle de Chan Chan réside dans l’importance des vestiges de cette ville immense, hiérarchisée dans sa planification, avec ses systèmes industriel, agricole et de gestion de l’eau pour subvenir à ses besoins.

La zone monumentale d’environ six kilomètres carrés au cœur de la cité qui s’étendait  alors sur vingt kilomètres carrés, comprend neuf grands ensembles rectangulaires (‘citadelles’ ou ‘palais’) délimités par d’épaisses et hautes murailles en terre. À l’intérieur de ces unités se dressent des bâtiments autour d’espaces libres : des temples, des habitations, des entrepôts, mais aussi des réservoirs et des plateformes funéraires. Les murs en pisé des édifices étaient souvent décorés de frises représentant des motifs abstraits et des sujets anthropomorphiques et zoomorphiques. Autour de ces neuf ensembles étaient aménagés trente-deux enclos semi-monumentaux et quatre secteurs de production consacrés aux activités de tissage, de travail du bois et des métaux. De vastes terres agricoles et les vestiges d’un réseau d’irrigation ont été découverts plus au nord, à l’est et à l’ouest de la ville.

Les rivières Moche et Chicama alimentaient alors un système d’irrigation complexe au moyen d’un canal de 80 kilomètres de long qui desservait la région de Chan Chan à l’apogée de la civilisation Chimú.

Critère (i) : La planification de la plus grande ville en terre de l’Amérique précolombienne est un chef-d’œuvre absolu de l’urbanisme. Son zonage rigoureux, le traitement différencié de l’espace habité et la hiérarchie du bâti illustrent un idéal politique et social qui s’est rarement exprimé avec une telle évidence.

Critère (iii) : Chan Chan apporte un témoignage unique et est la ville la plus représentative du royaume Chimú disparu, où s’expriment et sont synthétisés onze mille ans d’évolution culturelle dans le nord du Pérou. L’ensemble architectural intègre de façon inédite l’architecture symbolique et sacrée avec les connaissances technologiques et l’adaptation au milieu originel.

Intégrité (2010)

Chan Chan détient tous les éléments qui justifient sa valeur universelle exceptionnelle sur une étendue de quatorze kilomètres carrés qui, bien qu’étant inférieure à la surface initiale de la ville, contient des éléments représentatifs des unités architecturales, des routes cérémoniales, des temples et des unités agricoles qui en démontrent l’importance.

Le bâti en terre de la cité, ainsi que les conditions environnementales, y compris les conditions climatiques extrêmes causées par le phénomène El Niño, augmentent le risque de délabrement et de détérioration du site archéologique. Toutefois, l’entretien permanent à l’aide de matériaux en terre atténue le degré d’impact physique.

Le cadre et l’intégrité visuelle du bien ont subi les effets néfastes de pratiques agricoles illégales, exacerbées par la résolution en suspend des questions de régime foncier et de  relogement, ainsi que par l’empiètement urbain et le développement d’infrastructures, telle la récente implantation d’une usine d’aliments pour animaux et la route Trujillo-Huanchaco qui coupe le site en deux depuis l’époque coloniale.

Authenticité (2010)

Dans sa forme et sa conception, le site archéologique exprime encore véritablement l’essence du paysage urbain monumental de l’ancienne capitale chimú. De même, les aménagements hiérarchiques qui reflètent l’extrême complexité politique, sociale, technologique, idéologique et économique à laquelle était parvenue la société chimú entre le IXe et le XVe siècle, sont encore clairement discernables. L’architecture en terre d’origine avec ses motifs et ornements religieux, bien que sujette au délabrement, fait l’objet d’interventions de conservation à l’aide de matériaux en terre et est encore véritablement  représentative des méthodes de construction et de l’esprit du peuple Chimú.

Eléments requis en matière de protection et de gestion (2010)

Le Ministère péruvien de la Culture (MC), par la voie de son bureau décentralisé à La Libertad, est l’organe principal chargé de la conservation et de la défense de Chan Chan. Il collabore avec les autorités nationales, régionales et municipales à la mise en œuvre des actions, notamment en ce qui concerne les occupations illégales du bien. Le bien est protégé par des lois nationales et des décrets. Toutefois, les problèmes de longue date que posent en particulier le régime foncier, le relogement des occupants illégaux, la cessation de pratiques agricoles frauduleuses et le respect des dispositions réglementaires, demandent encore une résolution effective afin d’assurer la conservation durable et la protection complète du bien. Le processus d’établissement de mesures réglementaires pour la zone tampon se poursuit en collaboration avec la municipalité locale.

Le bien a été initialement placé sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 1986 en raison de l’état de conservation précaire de son architecture en terre et de sa vulnérabilité face aux conditions climatiques extrêmes dues au phénomène El Niño qui frappe la côte nord du Pérou. En outre, les ruines ont été mises en péril suite au pillage endémique des vestiges archéologiques et au projet de construction d’une route qui traverse le site.

Diverses mesures ont été prises depuis l’inscription afin de parvenir à l’état de conservation souhaité pour le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, y compris la mise en œuvre de mesures correctives et l’élaboration d’un plan de gestion. De plus, des mesures palliatives sont appliquées depuis 1999 pour réduire les menaces dues à l’élévation du niveau de la nappe phréatique sur le site.

Le plan de gestion a été approuvé en 2000 avec un plan d’action décennal dont la mise à jour et la révision devront être faites en fonction des nouvelles conditions qui se présenteront et de l’exécution des mesures prescrites. La mise en œuvre du plan d’action concerne avant tout l’entretien des tuyaux d’écoulement qui contrôlent le niveau de la nappe phréatique, la stabilisation des murs d’enceinte des palais et des plateformes funéraires, le contrôle de la végétation, l’entretien des espaces publics, la documentation architecturale pour les opérations de conservation et de gestion, le renforcement des capacités des artisans locaux et les actions de sensibilisation menées auprès des étudiants et de la communauté locale. Un plan d’urgence et de préparation aux risques a été élaboré pour lutter contre le phénomène El Niño.

La continuité au niveau de la mise en œuvre des actions s’est améliorée avec la création de l’Unité d’application 110 et l’allocation de fonds en continu pour la mise en œuvre du plan de gestion. Cependant, pour relever les défis auxquels est confronté le bien, il faut assurer d’urgence le fonctionnement à plein régime d’un système de gestion participative adéquat et faire en sorte que les ressources humaines et financières soient suffisantes pour permettre l’application durable des politiques de conservation, de protection et de gestion de l’usage publique. Un bon plan de gestion des risques s’impose également pour juguler les menaces sociales et naturelles pour le bien.

Ce qui est souhaité pour le site de Chan Chan, c’est de le voir conserver son statut de symbole culturel du Pérou reliant le passé au présent et jouant un rôle essentiel dans le développement humain de la région et du pays. La conservation et la mise en valeur du site archéologique et de son cadre contribueront à le valoriser et à renforcer l’identité culturelle péruvienne.

Description longue

[Uniquement en anglais]

The planning of Chan Chan, the largest city of pre-Hispanic America and unique testimony to the disappeared Chimu kingdom, is a masterpiece of inhabited space, and hierarchical construction which illustrates a political and social ideal that has rarely been expressed with such clarity.

The Chimu kingdom reached its zenith in the 15th century, not long before falling under the sway of the Incas. In about 1470, after a long war, the Inca Tupac Yupanqui took King Minchancaman in captivity to Cuzco. The king's son, Chumun Caur, governed the kingdom of the north, thereafter weakened and divided, on behalf of the Inca. Some 60 years later, the Spanish conquistadores, favourably welcomed by the Chimus out of hate for the Incas, founded a new capital 5 km from Chan Chan which in 1535 was given the name of Pizarro's home town, Trujillo, when the site of Chan Chan was quickly abandoned. Archaeology which has provided us with data on the Chimu civilization which, around 1200, replaced the Mochica culture on the very location where the latter began developing in the 4th century. It was the Moche valley which was the vital centre of a vast empire stretching from the Gulf of Guayaquíl in the north to the region of Pramonga in the south. In this dry zone the river, which flowed into a canal 80 km long, was used, via an intricate system of irrigation, to supply the entire region that lay close to Chan Chan. It is now difficult to imagine the fertility of this region during the height of the Chimu civilization.

The ruins of Chan Chan, which were plundered by Spanish treasure hunters and which continue to be by their modern counterparts, the 'huaqueros', in spite of protective legislation, very early on attracted the attention of travellers, historians and archaeologists. A simplified plan of the ruins was drawn up between 1755 and 1785 by the Spaniard Baltazar Martinez de Compañon. Even today, in spite of the excellent surveys conducted from 1969 by the Harvard mission headed by Michael E. Moseley, mapping of the site is incomplete and archaeological exploration has only just begun. Yet the rapid and seemingly unstoppable erosion of a particularly vulnerable building material, adobe, constitutes a serious obstacle to in-depth knowledge of the site. Many of the structures excavated and surveyed in the past have entirely disappeared.

What strikes all visitors is the sheer size of Chan Chan and the intense organization of its strictly hierarchical urban space. The city as a whole covers occupies no less than 6 km2. This zone comprises nine large rectangular ensembles delineated by high, thick earthen walls and known as 'citadels' or 'palaces'. Each of these 'palaces' forms a type of independent urban unit which comprises several spaces, built or not as the case may be, around one or more squares, the ceremonial character is in some cases quite obvious. Among them are temples, dwellings, storehouses, kitchens, reservoirs, orchards, gardens, funeral platforms, cemeteries, etc. The cob walls decorated with raised friezes in which abstract motifs, anthropomorphic and zoomorphic subjects add to the exceptional splendours of these large arrays of ruins. Outside these nine rectangular units four industrial sectors were found to the west and south. The main activities appear to have been woodworking, weaving and the working of gold and silver. An area further to the south seems to have been used for farming as witnessed by the remains of an irrigation system, but many temples have been found there as well.

Source : UNESCO/CLT/WHC