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Forts et châteaux de Volta, d'Accra et ses environs et des régions centrale et ouest

Brève description

Sur la côte ghanéenne, entre Keta et Beyin, ces comptoirs fortifiés fondés entre 1482 et 1786 sont les vestiges des itinéraires commerciaux que les Portugais avaient créés à travers le monde à l'époque de leurs grandes découvertes maritimes.

Forts et châteaux de Volta, d'Accra et ses environs et des régions centrale et ouest © John Tolva

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Ces comptoirs commerciaux fortifiés, fondés entre 1482 et 1786 et s’étendant sur environ 500 km le long des côtés ghanéennes entre Keta à l’est et Beyin à l’ouest, jalonnaient les routes commerciales que les Portugais avaient tracées dans de nombreuses régions du monde à l’époque de leurs grandes découvertes maritimes. Les forts et les châteaux ont été construits et occupés à différentes époques par des marchands venus du Portugal, d’Espagne, du Danemark, de Suède, de Hollande, d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Ils servaient de base aux compagnies européennes à charte qui faisaient le commerce de l’or. Ils ont, par la suite, joué un rôle important dans le développement de la traite des esclaves, et donc dans l’histoire des Amériques, puis, au XIXe siècle, dans la disparition de ce commerce.

Le bien comprend trois châteaux (Cape Coast, Saint George d’Elmina et Christiansborg à Osu, Accra), quinze forts (Good Hope à Senya Beraku ; Patience à Apam ; Amsterdam à Abandzi ; Saint Jago à Elmina ; San Sebastian à Shama ; Metal Cross à Dixcove ; Saint Anthony à Axim ; Orange à Sekondi ; Groot Fredericksborg à Princesstown ; William (phare) à Cape Coast ; William à Anomabu ; Victoria à Cape Coast ; Ussher à Usshertown, Accra ; James à Jamestown, Accra et Apollonia à Beyin), quatre forts partiellement en ruines (Amsterdam à Abandzi ; Fort anglais au Komenda anglais ; Batenstein à Butre ; Prinzensten à Keta), quatre  ruines avec des structures visibles (Nassau à Mouri ; Fredensborg à Old Ningo ; Vredenburg au Komenda hollandais ; Vernon à Prampram et Dorothea à Akwida) et deux sites comportant des traces de fortifications antérieures (Frederiksborg à Amanful, Cape Coast et Augustaborg à Teshie, Accra).

La conception architecturale de base des Forts avait la forme d’un grand carré ou rectangle. Les éléments extérieurs étaient constitués de quatre bastions/batteries ou tours placés aux angles, tandis que les éléments intérieurs consistaient en des bâtiments de deux ou trois étages, avec ou sans tours, et comportant une enceinte, une cour ou un éperon. Nombre d’entre eux ont subi diverses transformations au cours de leur utilisation successive par des puissances européennes et quelques-uns sont aujourd’hui réduits à l’état de ruines.

Le château Saint George à Elmina, construit en 1482, est l’un des bâtiments européens les plus anciens qui existent hors d’Europe, et c’est dans la ville historique d’Elmina que les premiers contacts entre Européens et Africains subsahariens auraient été établis. 

Les Forts et châteaux ont, pendant plus de quatre siècles, servi en quelque sorte de « rue commerçante » de l’Afrique de l’Ouest où les négociants des grandes nations maritimes d’Europe se rendaient pour échanger leurs marchandises contre celles des négociants africains, dont certains venaient parfois de très loin à l’intérieur des terres.

On peut considérer qu’ils forment un « monument historique collectif » unique : un monument dédié non seulement au fléau de l’esclavage, mais aussi à près de quatre siècles de commerce afro-européen précolonial sur la base de l’égalité plutôt que sur la base coloniale de l’inégalité. Ils représentent, du point de vue de la valeur significative et émotionnelle, un continuum historique de la rencontre entre l’Europe et l’Afrique durant plus de cinq siècles et le point de départ de la diaspora africaine.

Critère (vi) : Les Forts et châteaux du Ghana ont façonné non seulement l’histoire du Ghana, mais aussi celle du monde durant quatre siècles en étant au cœur du commerce de l’or tout d’abord, et du commerce des esclaves ensuite. Ils représentent un symbole chargé de signification et d’émotions des rencontres entre l’Europe et l’Afrique et du point de départ de la diaspora africaine.

Intégrité

Le bien contient tous les vestiges significatifs des forts et des châteaux le long de la côte.

Certaines ruines sont exposées à l’action des vagues. La mer a attaqué une grande partie du Fort Prinzenstein, mais sa protection a été améliorée grâce à la construction d’un mur de défense contre la mer et des mesures sont prises pour tenter de stabiliser les parties restantes.

Dans l’ensemble, les sites demeurent vulnérables aux pressions dues à l’environnement, à la pression due au développement, notamment l’exploitation de carrières locales, et à l’absence de fonds suffisants pour financer l’entretien régulier et la conservation des sites. De plus, ils ne possèdent pas de zone tampon.

Authenticité

Les Forts et châteaux ont fait périodiquement l’objet de transformations, d’extensions et de modifications pour les adapter aux circonstances et à l’apparition de nouveaux besoins. Dans leur état actuel, ils témoignent de cette succession de changements. Devenus aujourd’hui des symboles du commerce et, en particulier, du commerce des esclaves, il est nécessaire qu’ils continuent de refléter leurs utilisations passées.

Éléments requis en matière de protection et de gestion

Les Forts et châteaux ont été respectivement classés et protégés en qualité de Monuments nationaux conformément au décret du Conseil de libération national (N.L.C.D) 387 de 1969 et à l’instrument d’exécution (E.I.) 29 de 1973.  Tous les sites sont placés sous la tutelle du Bureau des musées et monuments du Ghana (GMMB, Ghana Museums and Monuments Board). De même, le Fort James à Accra et le Fort William à Anomabu qui ne sont plus utilisés comme prisons ont été confiés au GMMB.

La Division Monuments du GMMB fournit des conseils techniques et des compétences de gestion. Des inspections de l’état de conservation sont régulièrement menées. Des programmes prioritaires sont en place pour veiller à ce que des interventions adaptées soient mises en œuvre.

Le cadre législatif existant sera réexaminé, et il est prévu de définir un nouveau cadre juridique destiné à valoriser les ressources du patrimoine, promouvoir le développement socioéconomique et améliorer la qualité de vie de la population locale.

Il reste à élaborer un plan de gestion. Il existe un besoin continu de doter les personnels d’une formation et de ressources suffisantes, ainsi que de délimiter les sites et d’établir des zones tampons.

Description longue

Les vestiges des comptoirs commerciaux fortifiés fondés entre 1482 et 1786 demeurent visibles aujourd'hui sur la côte du Ghana, entre Keta et Beyin. Ils jalonnaient les routes commerciales tracées par les Portugais dans de nombreuses régions du monde, au cours de leur grande phase d'exploration maritime.

Accra a été fondée à la fin du XVIe siècle, lorsque le peuple des Ga y émigra. Le site leur permit d'engager des relations commerciales avec les Européens qui avaient bâti des forts à proximité, dont les plus importants sont le fort James et le fort Ussher. Ces premiers habitants se consacrèrent également à l'agriculture et à la pêche ; cette dernière activité se développa de manière importante vers le milieu du XVIIIe siècle. À l'époque de la traite négrière, Accra prit une grande importance grâce au voisinage des forts dont beaucoup étaient contrôlés par les Hollandais, comme ce fut le cas jusqu'à l'abolition du commerce des esclaves, en 1807.

La compétition entre les différents pays européens faisait rage à Accra ; y posséder un fort présentait un très grand intérêt stratégique, le site étant au terme d'une importante route commerciale menant vers l'intérieur des terres. Les forts et les châteaux construits pour assurer la sécurité des comptoirs commerciaux ont été occupés à différentes époques par des marchands européens et par des aventuriers venus du Portugal, d'Espagne, du Danemark, de Suède, de Hollande, d'Allemagne et de Grande-Bretagne. Les châteaux défendaient les marchands européens et leurs alliés locaux, et protégeaient les différents partenaires commerciaux ; utilisés comme entrepôts pour les esclaves ou pour différentes denrées, et ils étaient les centres de l'administration européenne établis sur la Côte-de-l'Or.

Le fort Ussher est l'un des trois forts européens d'Accra conservés à ce jour, les deux autres étant le château de Cristiansborg (connu localement, plus simplement, comme « le château ») et le fort James. Il a été construit par les Hollandais en 1649 sous le nom de fort Crèvecœur. Au XVIIIe siècle, ce fort joua un rôle important dans la traite. Son histoire demeura ensuite étroitement liée à celle de l'Accra hollandaise, qui est aujourd'hui la ville d'Ussher, juste au nord du fort. Le fort Crèvecœur a été détruit en 1862 par un tremblement de terre. Partiellement reconstruit, il fut occupé en 1868 par les Anglais qui le renommèrent fort Ussher. Peu après, ceux-ci commencèrent à l'utiliser, comme le fort James voisin, comme une prison. Ils l'agrandirent considérablement, si bien que l'on discerne à peine aujourd'hui le fort hollandais des origines. Il cessa de fonctionner comme prison en 1993, lorsqu'il fut repris par le Bureau des monuments et musées du Ghana, qui utilise à présent une partie de l'édifice pour son administration.

En 1652, les Suédois construisirent à Accra un comptoir qui fut occupé par les Hollandais. En 1661, les Danois occupèrent la place et y construisirent le fort Cristiansborg, situé sur une falaise rocheuse près de la ville africaine d'Osu. Hormis une courte époque d'occupation portugaise, le fort demeura aux mains des Danois pendant près de deux siècles. En 1680, un navire portugais arriva dans le fort danois que son gouverneur vendit au commandant du navire. Les Portugais le rebaptisèrent fort São Francisco Xavier et y construisirent une chapelle. En 1683, les Danois du fort Frederiksborgvoisin le réoccupèrent et y installèrent leurs quartiers généraux. Le fort présentait un plan carré, avec quatre bastions. Les Danois firent différentes tentatives pour établir des plantations près du fort et créèrent aussi, au tout début du XIXe siècle, une station de hauteur et une plantation à Frederiksborg, qui furent vendues aux Anglais en 1850.

Source : UNESCO/CLT/WHC