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Ensemble de monuments de Pattadakal

Brève description

Pattadakal, dans l'État du Karnâtaka, illustre l'apogée d'un art éclectique qui, aux VIIe et VIIIe siècles, sous l'égide de la dynastie des Châlukya, sut réaliser une heureuse synthèse des formes architecturales du nord et du sud de l'Inde. On y trouve une imposante série de neuf temples hindouistes, ainsi qu'un sanctuaire jaïn. Dans ce groupe se détache un pur chef-d'œuvre, le temple de Virûpâksha, élevé vers 740 par la reine Lokamahadevi pour commémorer la victoire de son époux sur les souverains du Sud.

Ensemble de monuments de Pattadakal

Description longue

Trois sites du Karnataka très étroitement liés entre eux offrent une remarquable concentration de monuments religieux datant de la grande dynastie des Chalukya (vers 543-757). Ses deux capitales successives ont été Aihole (l'ancienne Aryapura) et Badami. Pattadakal, la « ville de Rubis du couronnement » (Pattada Kisuvolal), fut elle aussi brièvement capitale du royaume chalukya, alors que les Pallava occupaient Badami (642-655). Tandis qu'Aihole est traditionnellement considérée comme le « laboratoire  » de l'architecture chalukya, avec des monuments comme le temple de Ladkhan (vers 450), qui anticipe les succès politiques de la dynastie durant le règne du roi Pulakeshin Ier, la ville de Pattadakal illustre l'apogée d'un art éclectique qui réalisa un mélange harmonieux de styles architecturaux du nord et du sud de l'Inde.

Située entre le cours de la Malaprabha au nord et un minuscule village au sud, Pattadakal est une sorte de cité sainte comportant une impressionnante série de huit temples hindous dédiés à Shiva ; un neuvième, le temple de Papanatha, se trouve un peu à l'écart, vers le village, près d'un temple jaïnique. Le complexe monumental de la zone centrale renferme des édifices dont la conception a été fortement influencée par l'architecture du nord de l'Inde : les temples de Galaganatha et de Kashi Vishveshvara, qui présentent de remarquables shikhara quadrangulaires aux angles arrondis. Ils voisinent avec d'autres temples de style purement dravidien, comme celui de Sangameshvara, construit entre 696 et 733, et celui de Mallikarjuna, construit entre 733-744. Les murs de ces temples présentent des corniches, et leurs toits sont compliqués, du type étagé et complexe de l'architecture du sud du pays.

Le mélange inattendu mais harmonieux de ces différents styles a inspiré le chef-d'œuvre de l'art chalukya, le temple de Virupaksha. Ce sanctuaire de Shiva a été construit autour de 740 par la reine Lokamahadevi pour commémorer la victoire remportée en 731 par son mari, le roi Vikramaditya II, sur les Pallava et les autres souverains du sud de l'Inde. L'admiration de ce roi pour l'art de ses ennemis vaincus est attestée par deux inscriptions qui prouvent qu'il fit venir du Sud un architecte et une équipe de sculpteurs.

Selon une tradition typiquement chalukya, trois porches saillent du temple cruciforme. Ils se fondent parfaitement avec la majestueuse tour à trois étages et avec les murs dont les corniches saillantes sont scandées par d'étroits pilastres qui séparent l'une de l'autre des niches qui renferment de merveilleuses statues. Le choix de ces statues, qui illustrent les grands thèmes de la théologie et de la mythologie de Shiva, a manifestement été guidé par une conception d'ensemble.

Les ruines suggestives des nombreux sanctuaires abandonnés dans l'enceinte du sanctuaire sont accessibles par deux portes monumentales. Dans l'axe de la cour, face au temple, se trouve un beau pavillon contenant une statue colossale en pierre noire du taureau sacré de Shiva, Nandi. Le puja, le bain rituel du taureau, s'y déroule tous les matins. Mis en valeur grâce à son isolement relatif au sud de la zone principale, le temple de Papanatha illustre également la réussite artistique née du mélange de deux styles différents. Papanatha comporte deux salles où les fidèles peuvent prier.

Le sanctuaire principal, dominé par une puissante tour en style du Nord, se trouve à l'ouest ; un édifice plus modeste, dont le toit est surmonté de reproductions en miniature d'édifices dans le plus pur style dravidien, se trouve à l'est. Les détails des niches, des frontons et des arcades comportent de nombreuses références architecturales hétérogènes. L'unité plastique de ce grand monument vient cependant de son remarquable décor sculpté, qui illustre l'épopée populaire Ramayana, consacrée au prince Rama, incarnation de Vishnou.

Source : UNESCO/CLT/WHC