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Zone protégée du Wadi Rum

Brève description

Ce bien couvrant 74 000 hectares, inscrit comme site mixte naturel et culturel, se trouve au sud de la Jordanie, près de la frontière avec l'Arabie saoudite. Il s'agit d'un paysage désertique très spectaculaire, avec des canyons, des arches naturelles, des falaises, des rampes et des grottes. La présence de pétroglyphes, d'inscriptions gravées et de vestiges archéologiques témoigne de 12 000 ans d'occupation humaine et d'interaction avec l'environnement naturel. La combinaison de 25 000 pétroglyphes et de 20 000 inscriptions retrace l'évolution de la pensée humaine et les débuts de l'écriture alphabétique. Le site illustre l'évolution des activités pastorales, agricoles et urbaines dans la région.

Zone protégée du Wadi Rum © Federica Leone

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

La Zone protégée du Wadi Rum (ZPWR) est située dans le sud de la Jordanie, à l'est de la vallée du Jourdain et au sud de l'escarpement abrupt du plateau jordanien central. Elle couvre une superficie de 74 200 hectares. Les valeurs naturelles de la ZPWR comprennent des formes de relief désertique développées dans des grès continentaux. Ces formes de relief ont évolué sous l'influence d'une conjugaison de facteurs tels que la lithologie, les activités tectoniques (y compris le relèvement rapide, les nombreuses failles et diaclases) et les processus superficiels (y compris différents types d'altération et d'érosion liés au climat désertique ainsi qu'aux climats humides du passé) représentant des millions d'années d'évolution continue des paysages.

Les abondants pétroglyphes, inscriptions et vestiges archéologiques témoignent de 12 000 ans d'occupation humaine et d'interaction avec le milieu naturel, illustrant l'évolution des activités pastorales, agricoles et urbaines de la péninsule arabique et l'histoire environnementale de la région.

Critère (iii) : L'art rupestre, les inscriptions et les vestiges archéologiques de la ZPWR peuvent être considérés comme un témoignage exceptionnel des traditions culturelles de ses premiers habitants. La réunion de 25 000 pétroglyphes, 20 000 inscriptions et 154 sites archéologiques témoigne de la continuité de l'habitation et de l'exploitation des sols sur une période d'au moins 12 000 ans. Les pétroglyphes, représentant des figures anthropomorphes et zoomorphes, sont gravés sur des rochers, des pierres et des parois rocheuses. Ils témoignent des modèles durables d'activités pastorales, agricoles et urbaines du bien. Les gravures révèlent un sens développé de l'esthétique au sein d'une culture graphique, et les découvertes archéologiques couvrent toutes les périodes du néolithique au nabatéen. Les inscriptions thamudiques et nabatéennes, ainsi que nombreuses inscriptions arabes dans quatre écritures différentes, témoignent de la généralisation de l'alphabétisation parmi ses sociétés pastorales.

Critère (v) : La diversité des reliefs de la ZPWR a joué un rôle essentiel en encourageant l'établissement humain. L'art rupestre, les inscriptions et les systèmes de captage de l'eau renseignent sur l'installation des communautés successives et les progrès de l'élevage mobile et de l'agriculture, dans le plus large contexte de l'interaction des hommes avec l'environnement désertique semi-aride de la partie orientale de la péninsule arabique. La ZPWR aide à appréhender le continuum des styles de vie nomade ou sédentaire dans un paysage désertique, illustrant l'adaptabilité et l'ingéniosité de communautés humaines qui ont su tirer le meilleur parti des rares ressources disponibles pour assurer leur présence continue après l'assèchement du climat, intervenu à l'Âge du bronze (IIIe millénaire avant J.-C.).

Critère (vii) : La Zone protégée du Wadi Rum est reconnue mondialement comme un paysage de désert emblématique, célèbre pour ses séries spectaculaires de montagnes de grès et de vallées, d'arches naturelles et de gorges étroites, de falaises surplombant le tout, d'éboulis massifs et de cavernes spectaculaires façonnées par le climat. Parmi les éléments clés des valeurs esthétiques du bien figurent la diversité et l'ampleur des formes de relief, ainsi que la mosaïque de couleurs, les perspectives sur des canyons étroits et de très larges oueds et l'échelle des falaises dans le bien. Le bien présente, dans un cadre protégé, une association exceptionnelle de formes de relief résultant des entailles du ruissellement, d'une altération sévère par le sel et d'autres processus, notamment biologiques, et du sapement des falaises de grès abruptes par ces processus d'altération, ainsi que les réseaux d'altération en nid d'abeille les plus spectaculaires du monde. Son association avec les écrits de T. E. Lawrence, largement soulignée dans la proposition d'inscription, ont conféré une grande notoriété au bien et ont renforcé sa réputation de paysage de désert classique, tant au niveau mondial que dans les États arabes.

Intégrité

Depuis l'identification du Wadi Rum comme réserve naturelle potentielle en 1978,  les diverses formes de relief et ressources culturelles ont été gérées dans un cadre commun, limitant les impacts du développement et préservant le caractère paysager du bien. La zone tampon du village de Rum renferme plusieurs valeurs culturelles importantes du bien et le caractère de paysage culturel de ce dernier s'étend même au-delà du périmètre de la zone tampon, lequel ne dépasse pas 5 km.

Authenticité

L'art rupestre est encore dans son cadre d'origine, largement inchangé, à l'exception des effets du temps qui ont entraîné des effacements et une érosion par la pluie et le vent, rendant certains pétroglyphes difficiles à distinguer. En outre, l'addition de graffiti modernes a eu un impact négatif sur plusieurs dessins et inscriptions. Néanmoins, le fait qu'un si grand nombre de pétroglyphes et d'inscriptions aient été documentés signifie que leur capacité à transmettre les traditions culturelles des peuples qui les ont réalisés perdure et qu'ils constituent une importante ressource pour la recherche.

Mesures de protection et de gestion

La Zone protégée du Wadi Rum a été créée en 1997 par décision ministérielle n° 27/11/3226 (1997) et prorogée en 2002, suite à la décision 224/11/1/986 (2002). Elle est également reconnue au titre de site archéologique par la Loi n°21 (1988) du Ministère des antiquités et constitue une « Zone à règlementation spéciale » placée sous administration de la Zone économique spéciale d'Aqaba. Outre ces mesures de protection, il conviendra peut-être d'accorder une attention particulière aux objets archéologiques, enfin d'empêcher qu'ils ne soient prélevés sur le bien.

Le plan principal guidant le programme de gestion et de développement de la ZPWR est le plan d'occupation des sols de la Zone économique spéciale d'Aqaba, qui couvre l'ensemble du gouvernorat d'Aqaba et est administré par l'Autorité de la Zone économique spéciale d'Aqaba. Le bien bénéficie d'un plan de gestion à jour et d'une unité de gestion efficace, composée de gendarmes à cheval et d'autres types de personnel affectés à la gestion du bien. Le plan de gestion devrait mettre l'accent sur la gestion des valeurs naturelles et culturelles du bien. Il est indispensable d'entreprendre l'étude et l'inventaire détaillés des ressources naturelles et culturelles du bien, ainsi qu'un programme de conservation et d'interprétation de ses valeurs, et d'entamer une coopération avec les autorités responsables des antiquités en tant que partenaires de gestion. La ZPWR exige un suivi permanent, une conservation préventive de ses ressources naturelles et culturelles et la mise à jour régulière du plan de gestion.

Un certain nombre de menaces ont été identifiées, nécessitant une attention rigoureuse. À cet égard, priorité devrait être donnée aux impacts causés par la pression des visiteurs, notamment aux traces des véhicules et à l'infrastructure touristique, sans oublier la possibilité d'empiètement du village de Rum, l'exploitation des eaux souterraines et le ramassage du bois de feu par la population locale. Les politiques adoptées plus généralement en matière de tourisme et d'aménagement relatives au bien, à sa zone tampon et au plus large cadre devraient également avoir pour priorité la protection de sa valeur universelle exceptionnelle.