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Grottes préhistoriques de Yagul et Mitla au centre de la vallée de Oaxaca

Brève description

Situé dans la vallée de Tlacolula, dans l'Etat subtropical d'Oaxaca, ce bien se compose de deux ensembles archéologiques préhispaniques et une série de grottes préhistoriques et d'abris sous roche. Certains de ces abris ont livré des traces archéologiques et d'art rupestre qui sont un témoignage des premiers agriculteurs sédentarisés. Des graines de cucurbitacée vieilles de 10 000 ans découvertes dans la grotte Guilá Naquitz sont considérées comme les premiers témoignages de plantes domestiquées sur le continent tandis que des fragments d'épis de maïs trouvés dans la même grotte apparaissent comme les témoignages des plus anciens de domestication du maïs. Le paysage culturel des grottes de Yagul et Mitla démontre le lien entre l'homme et la nature qui est à l'origine de la domestication des plantes en Amérique du Nord, permettant ainsi le développement des civilisations mésoaméricaines.

© UNESCO

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Les grottes préhistoriques de Yagul et Mitla au centre de la vallée de Oaxaca est un vaste paysage culturel qui comprend des grottes et des abris sous-roche, dont l’un, la grotte de Guilá Naquitz a livré des restes botaniques extraordinairement bien préservés de cucurbitacées, de haricots et de courges et les premiers épis de maïs jamais trouvés, et deux autres grottes, les sites de Cueva Blanca et Gheo Shih, ont livré des restes d’animaux et des outils de pierre du Pleistocène, et révélé l’utilisation saisonnière des ressources abondantes en fruits d’été et petits mammifères.

Le passage progressif de groupes sociaux vivant essentiellement de la chasse à l’Etat de groupes sédentarisés vivant de l’agriculture s’est produit dans de nombreux endroits en même temps en Mésoamérique. Le bien témoigne, de manière exceptionnelle, de l’évolution du chasseur-cueillir vers une communauté sédentarisée dans la région de la vallée de Oaxaca.

Critère (iii) : Les restes botaniques de la grotte de Guilá Naquitz liées à la domestication d’autres plantes - courges, calebasses et haricots – associées aux vestiges archéologiques de Cueva Blanca et Gheo Shih, peuvent être considérés comme un témoignage exceptionnel de l’évolution des cueilleurs-chasseurs vers une société plus sédentarisée dans cette région d’Amérique centrale.

Intégrité

Les sites de Guilá Naquitz, Cueva Blanca et Gheo Shih comportent tous les éléments nécessaires à soutenir la valeur universelle exceptionnelle du site ; ceux-ci ne sont pas menacés bien qu’ils puissent être vulnérables au surpâturage en raison des changements climatiques.

Authenticité

La grotte de Guilá Naquitz ainsi que Cueva Blanca et de Gheo Shih peuvent s’envisger comme des sites où les premiers hommes ont domestiqué certaines plantes sauvages et progressé vers une semi-sédentarité. Pour ces site, l’authenticité peut être considérée comme intacte, même si les témoignages sur lesquels se fondent nos connaissance ne sont plus physiquement dans les grottes ni dans les sites.

Mesures de gestion et de protection requises

Même si Yagul bénéficie d’une protection par décret présidentiel, le reste des zones archéologiques et paysagères ne bénéficient pas actuellement de protection nationale ou municipale. Il existe des projets en cours pour la protection de ces parties du bien. Toutes les découvertes archéologiques visibles sont enregistrées sur des fiches pour chaque site, accompagnées de cartes et de photographies.

Les principales autorités responsables de la gestion du bien sont l’INAH, en charge de tous les sites culturels et archéologiques, et la Commission nationale pour les zones naturelles protégées (CONANP) ; les deux entités disposent d’agences ou de représentations locales. La CONANP est responsable de la conservation des espèces naturelles et des panoramas de la région de Yagul. Conjointement avec l’INAH, elle passe des accords avec les communautés, favorisant les pratiques traditionnelles d’occupation des sols. En 1999, un plan de gestion a été approuvé pour le corridor archéologique de la vallée de Oaxaca (CAVO), joint au plan de gestion existant de la Zone archéologique de Monte Alban. Le système de gestion du bien est globalement adapté, bien que son application soit récente et par conséquent encore dans une phase d’essai.

Il est nécessaire de mettre en place une protection juridique pour la totalité de la zone proposée pour inscription ; une politique de conservation active afin de garantir le contrôle de l’accès et du pacage et des mesures de préparation aux risques ; une stratégie d’accès basée sur la capacité d’accueil de la zone proposée pour inscription ; promouvoir un programme de recherche afin d’étudier si, avec le temps, des preuves plus convaincantes pourront être découvertes qui permettraient au paysage de l’Oaxaca d’être considéré comme ayant été le centre de la domestication des plantes et le lieu où s’effectua le passage vers une agriculture sédentaires qui soit exceptionnel dans le contexte de sa région géoculturelle.

Description historique

Les chasseurs-cueilleurs menèrent une vie nomade dans la région jusqu'à la fin de la période glaciaire, il y a environ 10 000 ans puis, avec le changement de climat, ils se tournèrent peu à peu vers un mode de vie plus sédentaire. Des traces de cette évolution graduelle, avec la domestication progressive et l'amélioration des espèces de plantes conduisant à la naissance d'une société basée sur l'agriculture, ont été préservées dans deux des grottes perpétuellement sèches et un site ouvert.

Soixante grottes et abris sous roche ont été repérés dans les années 1960 par Kevin V. Flannery. Ce dernier fouilla quatre sites : les grottes de Guilá Naquitz et Cueva Blanca, l'abri sous roche de Martinez ainsi que le site ouvert de Gheo Shih (en dehors de la zone proposée pour inscription). Ces travaux ont été considérés avoir livré le témoignage de la transition du mode de vie nomade à celui semi-sédentaire. Seuls trois sites sur les 147 grottes et sites ont fourni des traces botaniques : Guilá Naquitz, Cueva Blanca et Gheo Shih. Certaines des découvertes de Flannery sont déposées au musée des cultures de Oaxaca dans la ville de Oaxaca. D'autres ont fait l'objet d'essais destructifs et n'existent donc plus.

En 1996, des explorations supplémentaires ont produit un inventaire de plantes présentes dans le bien et, en 2001, des recherches ont permis d'identifier des grottes qui n'avaient pas été inventoriées dans les années 1960.

Des recherches ont été entreprises par l'université du Michigan entre 1970 et 1980 sur l'écologie culturelle de la vallée. Les grottes et abris sous roche ont été étudiés de nouveau en 1995 par Victoria Arriola. À partir de 1996, d'importantes recherches ont été conduites, en particulier grâce aux efforts de l'Institut national d'anthropologie et d'histoire (INAH). Les découvertes effectuée dans la grotte de Naquitz ont également été réévaluées par l'Institut Smithsonian par datation radiocarbone par spectrométrie de masse par accélérateur (SMA), de même que les découvertes d'un ensemble de plantes domestiquées trouvées dans les années 1950 et 1960 dans quatre grottes au Mexique : Tamaulipas (grottes de Romero et de Valenzuela), et Tehuacán (grottes de Coxcatlan et de San Marcos).

À Oaxaca, les traces des débuts de la domestication des plantes et de l'agriculture sédentaire au cours de la période comprise entre 8900 et 2000 av. J.-C. ont été réparties en quatre phases : Naquitz, Jicaras, Blanca et Martinez, d'après trois des quatre sites qui ont fourni des témoignages.

Pendant la phase Naquitz (8900 - 6700 av. J.-C.) dans la période paléo-indienne, des traces ont été trouvées dans la grotte de Guilá Naquitz de la domestication de plantes locales, notamment les coloquintes, les courges, les haricots et le maïs.

La phase Jicaras (5000 - 4000 av. J.-C.) se rapporte aux traces découvertes sur le site de Gheo Shih, campement ouvert qui semble avoir été utilisé de manière temporaire et saisonnière.

La phase Blanca (3300 - 2800 av. J.-C.) se rapporte aux découvertes de projectiles de Cueva Blanca liés à des installations plus permanentes.

Le passage progressif des groupes sociaux au mode de vie basé essentiellement sur la chasse à ceux dont le mode de vie est basé essentiellement sur l'agriculture s'est produit en plusieurs endroits en même temps dans la région mésoaméricaine.

Le bien proposé pour inscription, à l'époque où il a été fouillé, a produit certains des exemples les plus anciens de plantes domestiquées. Bien que le témoignage soit reconnu être fragmentaire, il souligne ce processus complexe.

Depuis 40 ans que certaines des grottes ont été fouillées, d'autres recherches dans les basses terres du rio Balsas au sud-ouest du Mexique ont révélé des traces importantes d'une séquence, de la collecte par les chasseurs-cueilleurs d'une variété de téosinte, l'ancêtre sauvage du maïs (7000 av. J.-C.) jusqu'à sa domestication et sa dispersion dans les hautes terres de Oaxaca et d'autres zones. Une différence matérielle entre les deux zones réside dans le fait que les traces trouvées à rio Balsas de la domestication du maïs étaient basées sur des graines tandis que ce que l'on a trouvé à Oaxaca était un épi de maïs. Quoi qu'il en soit, la graine trouvée est bien plus ancienne que l'épi de maïs.

Le site de Yagul reflète l'une des petites cités-État qui sont apparues à la suite du déclin de l'État urbain de Monte Alban (vestiges inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en 1987) avec ses sociétés satellites plus petites réparties dans la vallée, telles que l'établissement à Caballito Blanco, constituant un réseau de sites espacés par des intervalles d'environ 5 km.

Le site de Yagul a été exploré entre 1954 et 1961.

Source : évaluation des Organisations consultatives