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La Chaux-de-Fonds / Le Locle, urbanisme horloger

La Chaux-de-Fonds / Le Locle, Watchmaking Town Planning

The site of La Chaux-de-Fonds / Le Locle watchmaking town-planning consists of two towns situated close to one another in a remote environment in the Swiss Jura mountains, on land ill-suited to farming. Their planning and buildings reflect watchmakers’ need of rational organization. Planned in the early 19th century, after extensive fires, the towns owed their existence to this single industry. Their layout along an open-ended scheme of parallel strips on which residential housing and workshops are intermingled reflects the needs of the local watchmaking culture that dates to the 17th century and is still alive today. The site presents outstanding examples of mono-industrial manufacturing-towns which are well preserved and still active. The urban planning of both towns has accommodated the transition from the artisanal production of a cottage industry to the more concentrated factory production of the late 19th and 20th centuries. The town of La Chaux-de-Fonds was described by Karl Marx as a “huge factory-town” in Das Kapital where he analyzed the division of labour in the watchmaking industry of the Jura.

La Chaux-de-Fonds / Le Locle, urbanisme horloger

Dans les montagnes du Jura suisse, sur des terrains peu propices à l’agriculture, les villes voisines de La Chaux-de-Fonds et Le Locle illustrent un développement urbain original qui reflète les besoins d’organisation rationnelle de la production horlogère. Planifiées au début du XIXème siècle, après trois grands incendies, les villes sont entièrement destinées à cette production. Leurs tracés selon un schéma ouvert et en bandes parallèles, imbriquant l’habitat et les ateliers, correspondent aux besoins de la culture professionnelle horlogère qui remonte au XVIIème siècle mais se maintient encore aujourd’hui. Le site constitue un remarquable exemple de villes ordonnées par une activité mono-industrielle, bien conservées et toujours en activité. La planification urbaine des deux villes s’est adaptée au passage d’une production artisanale avec travail à domicile à une production manufacturière plus intégrée, avec les usines de la fin du XIXème et du XXème siècle. Quand il analyse la division du travail dans Le Capital, Karl Marx prend comme exemple l’industrie horlogère du Jura suisse et invente à propos de La Chaux-de-Fonds le terme de « ville-manufacture ».

لاشو ـ دي ـ فون/ للوكل

يعكس تخطيط هاتين المدينتين المجاورتين والواقعتين في منطقة نائية في جبال الجورا، وعلى أراض لا تصلح للزراعة، حاجة صناع الساعات إلى ترشيد أنشطتهم. وتعتمد هاتان المدينتان، اللتان تم تخطيطهما في بداية القرن التاسع عشر بعد نشوب حرائق هائلة بالمنطقة، على صناعة الساعات دون غيرها. أما تصميم المدينتين وفق مخطط غير محدد المعالم من مساحات متوازية من الأراضي تختلط فيها المساكن والورش، فإنه يعكس الضرورات التي تنطوي عليها ثقافة صناعة الساعات المحلية التي يعود تاريخها إلى القرن السابع عشر ومازالت قائمة حتى الآن. ويُعتبر الموقع أحد الأمثلة البارزة لمدن تقتصر أنشطتها الصناعية على نوع واحد من المنتجات، والتي بقت بحالة جيدة واستمرت في ممارسة هذه الأنشطة. وكان من شأن التخطيط الحضري لكل من المدينتين تيسير الانتقال من الإنتاج الحرفي الخاص بصناعة الأكواخ إلى الإنتاج الصناعي الأكثر تركيزاً الذي ميَّز القرنين التاسع عشر والعشرين. وقد أعطى كارل ماركس وصفاً لمدينة لاشو ـ دي ـ فون مفاده أنها "المدينة الصناعية الضخمة"، وذلك في كتابه "رأس المال"، حيث أورد تحليلاً لتقسيم العمل في مجال صناعة الساعات في إقليم الجورا.

source: UNESCO/ERI

El sitio La Chaux-de-Fonds / Le Locle – Urbanismo de la industria relojera

Este sitio consiste en dos ciudades situadas en terrenos poco aptos para la agricultura de una zona apartada de las montañas del Jura. Las dos localidades vecinas ilustran con su urbanismo las necesidades de organización racional de la industria relojera. Planeado a principios del siglo XIX, después de tres grandes incendios, el trazado urbano de ambas localidades está concebido en función de esa industria, ajustándose a un esquema abierto en bandas paralelas en el que se imbrican casas y talleres para mejor responder a las necesidades profesionales de los relojeros, cuya actividad se remonta al siglo XVII y perdura hoy todavía. El sitio constituye un ejemplo notable de ciudades monoindustriales bien conservadas y en plena actividad actualmente. Su planificación urbana se ha amoldado a la evolución de la relojería, que pasó de la producción artesanal a domicilio a una producción fabril más integrada a finales del siglo XIX y principios del XX. Cuando analizó la división del trabajo en El Capital, Karl Marx tomó como ejemplo, entre otros, la industria relojera del Jura y se refirió a la ciudad de La Chaux-de-Fonds definiéndola como “una sola manufactura de relojes”.

source: UNESCO/ERI

La Chaux-de-Fonds en Le Locle, Horlogerie stadsplanning

Dit gebied bestaat uit de steden La Chaux-de-Fonds en Le Locle, die dicht bij elkaar liggen in de Zwitserse Jura. De twee steden uit het begin van de 19e eeuw danken hun bestaan aan slechts één sector: de horlogerie. De horloge-industrie dateert uit de 17e eeuw en bestaat nog steeds. Het ontwerp van beide steden bestaat uit een open stelsel van parallelle stroken waarop woningen en workshops zijn vermengd. De stedelijke planning faciliteerde de overgang van de ambachtelijke productie die tot stand kwam door middel van huisnijverheid tot de meer geconcentreerde fabrieksproductie in de late 19e en 20e eeuw.

Source : unesco.nl

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La Chaux-de-Fonds / Le Locle, urbanisme horloger © Office fédéral de la Culture / UNESCO
Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

L’ensemble urbain horloger de La Chaux-de-Fonds et du Locle a une valeur universelle exceptionnelle étant donné que ces deux « villes-manufactures » jumelles apportent un exemple exceptionnel d’ensembles urbains organiques entièrement dédiés à une mono-industrie. Elles ont été construites par et pour l’horlogerie. Elles sont le produit d’une symbiose intime entre les besoins sociotechniques et les réponses apportées par les choix de l’urbanisme. L’horlogerie a façonné une typologie architecturale remarquable du bâti. Les immeubles d’habitation conçus pour le travail à domicile voisinent avec les maisons patronales, les ateliers et les usines plus récentes, au sein d’un tissu urbain homogène, rationnel et ouvert sur l’extérieur. Les deux villes témoignent de la poursuite ininterrompue exceptionnelle d’une tradition horlogère vivante et mondialement réputée, ayant su faire face aux crises sociotechniques et économiques du monde contemporain.

Critère (iv) : La Chaux-de-Fonds et le Locle forment un exemple exceptionnel d’ensemble urbain et architectural, entièrement dédié à la production horlogère depuis le XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui. Les lieux de fabrication horlogère et les lieux de vie cohabitent intimement. La planification raisonnée, pragmatique et ouverte de l’espace urbain a favorisé le développement durable de sa mono-industrie, à l’instar d’une « ville-manufacture ».

Intégrité et authenticité

L’intégrité de la vocation horlogère des deux villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle est complète, depuis plus de deux siècles, et elle est encore en activité. Elle est concrétisée par la permanence des plans viaires ordonnés et cumulatifs des deux villes, établis durant la première moitié du XIXe siècle, ainsi que par la continuité des motifs architectoniques de base du bâti, décliné suivant une typologie compréhensive, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui. L’étude typologique et environnementale des constructions d’après 1930 fait ressortir quelques ruptures importantes (immeubles hauts) mais surtout des continuités fonctionnelles et architecturales (usines des années 1960, cités ouvrières) avec le bâti antérieur. Les indices chiffrés basés sur des données précises afin d’évaluer l’intégrité et l’authenticité d’un ensemble urbain sont utiles.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Le processus quotidien de gestion est assuré par les communes et leurs services d’urbanisme et du patrimoine. Le Comité directeur du dossier de proposition d’inscription s’est transformé en Comité permanent de coordination des sites en mars 2008. Il doit désigner un « gestionnaire de site » et mettre en place différents groupes de travail. Il est accompagné d’un Groupe pluridisciplinaire à vocation de conseil scientifique et professionnel. L’efficacité de la gestion urbaine déjà en place et devrait continuer.

Description historique

L'occupation humaine du haut plateau jurassien est relativement tardive. Le nom du Locle, petit village montagnard, n'apparaît qu'au Moyen Âge tardif, celui du hameau de La Chaux-de-Fonds plus tard encore. Ce sont toutefois deux communautés rurales autonomes au milieu du XVIIe siècle.

La naissance de l'horlogerie, au Locle, est attribuée à la figure semi-légendaire de Daniel Jean-Richard, à la fin du XVIIe siècle puis, à sa suite, à d'autres entrepreneurs remarquables du XVIIIe siècle. L'activité technique horlogère est alors divisée entre des ouvriers ruraux de plus en plus nombreux, spécialisés dans la fabrication d'une pièce. Celles-ci sont ensuite regroupées par « l'establisseur » qui a passé les commandes. Il assemble l'ébauche de la montre dans son propre atelier, au village, et il assure la finition, ou bien il vend l'ébauche à un horloger de Genève ou de Paris. De nombreuses spécialités artisanales sont nécessaires, mais la division du travail permet d'y faire face et de former assez rapidement la main-d'oeuvre nécessaire.

Au XVIIIe siècle, la ferme du haut Jura est adaptée à une telle activité qui nécessite une pièce, de la lumière et du temps laissé par les longs mois d'hiver.

Le système de « l'establissage » tend ensuite à se concentrer dans les bourgs du Locle et de La Chaux-de- Fonds, à proximité, et à se professionnaliser pour faire face à une demande horlogère croissante. La maison de ville, dédiée en permanence à l'horlogerie, prend la suite de la ferme. Disposant de deux ou trois étages d'une architecture sobre et fonctionnelle, elle accueille plusieurs familles d'ouvriers-artisans et leurs pièces-ateliers (voir Description). Elle évoluera jusqu'aux vastes colonies locatives de la seconde moitié du XIXe siècle. En 1870, encore près de 90 % des personnels de l'horlogerie suisse sont des travailleurs à domicile.

L'incendie de 1794 à La Chaux-de-Fonds et ceux du Locle en 1833 et 1844 ont permis de repenser d'une manière rationnelle l'urbanisme de ces deux gros bourgs de montagne afin d'en faire des villes entièrement dédiées au développement de l'horlogerie (voir Description). Les noms de Moïse Perret-Gentil et plus encore de l'ingénieur Charles-Henri Junod sont associés à ces projets. La population urbaine croit régulièrement entre 1750 et 1830 ; puis une accélération importante de l'urbanisation se produit, surtout à La Chaux-de-Fonds, entre 1830 et la Première Guerre mondiale ; elle est alors proche de 40 000 habitants et celle du Locle de 13 000.

La révolution industrielle se manifeste par la création d'un chemin de fer entre les deux villes, en 1857, puis jusqu'à Neuchâtel peu après. Il s'intègre bien à la trame urbaine en lanières. Outre les facilités de transport, le chemin de fer contribue à renforcer les options urbanistiques antérieures et à favoriser le développement suivant l'axe de la vallée. Les plans des villes sont étendus, renforcés de travaux d'adduction d'eau et d'assainissement ; les préoccupations hygiénistes s'imposent.

Durant la seconde partie du XIXe siècle, les horlogers doivent faire face à diverses pressions du marché : augmentation de la production, besoin croissant de qualité à moindre coût, choc de la concurrence américaine basée sur un autre modèle productif. L'Exposition universelle de Philadelphie, en 1876, est une véritable révélation des capacités de celle-ci. La production de pièces standardisées parfaitement interchangeables, par des machines-outils perfectionnées, apporte une réponse performante aux nouveaux besoins des marchés.

L'industrie horlogère des Montagnes neuchâteloises est la première en Europe à s'adapter à cette concurrence. Cela se traduit par la création d'usines intégrées ou d'ateliers plus grands en annexe de l'habitat, mais toujours dans la trame viaire préexistante (voir Description). Non seulement l'industrie horlogère suisse maintient ses positions antérieures, mais elle les renforce, dominant à nouveau le marché mondial de la montre.

La crise des années 1930 marque la région ; l'industrie horlogère suisse fait front grâce à un système de cartellisation sous contrôle public. Pour la première fois, une décroissance démographique s'observe, surtout à La Chaux-de-Fonds. Une remontée importante a ensuite lieu, pendant les « trente glorieuses », et les records de population du début du siècle sont alors dépassés.

Une autre rupture du système technique a lieu dans les années 1970, avec l'arrivée brutale du quartz et de l'électronique, venus de l'étranger. Il s'agit d'une nouvelle reconversion drastique et rapide du système de production qui, après des années difficiles, réinstalle l'horlogerie suisse en référence incontestable du marché. Le nombre d'acteurs horloger diminue, les populations décroissent, mais sans crise lourde et irréversible comme trop souvent dans le monde industriel.

Source : évaluation des Organisations consultatives