Mine d’argent d'Iwami Ginzan et son paysage culturel
Brève description
Le site est un ensemble de montagnes riches en minerai d’argent qui s’élève à 600 m d’altitude dans le sud-ouest de l’île de Honshu et qui est entrecoupé de profondes vallées fluviales. On y trouve les vestiges archéologiques de vastes mines, de sites de fonte et de raffinage, ainsi que des peuplements miniers en usage du XVIe au XXe siècle. Des routes permettaient d’acheminer le minerai d’argent jusqu’à la côte et aux ports d’où il partait pour la Corée et la Chine. Les mines contribuèrent de façon substantielle au développement économique global du Japon et de l’Asie du Sud-Est aux XVIe et XVIIe siècles. Elles donnèrent une impulsion à la production en masse d’argent et d’or au Japon. La région minière est aujourd’hui très boisée. On y trouve des forteresses, des sanctuaires, des tronçons des routes de transport de Kaidô vers la côte, ainsi que trois villes portuaires Tomogaura, Okidomari et Yunotsu d’où partait le minerai.
Valeur universelle exceptionnelle
La mine d'argent d'Iwami Ginzan a été la première à exploiter ce minerai dans l'Asie pré-moderne. Elle a contribué à l'échange des valeurs entre l'Orient et l'Occident en réalisant la production à grande échelle d'argent de haute qualité grâce à des techniques avancées de coupellation venues de Chine en passant par la Corée ; elle a utilisé l'association japonaise unique de nombreuses petites entreprises à forte intensité de travail fondées sur des techniques manuelles du XVIe siècle. L'ensemble exceptionnel, composé de vestiges archéologiques de l'extraction minière, de sites de peuplement, de forteresses, de routes de transport et de ports marchands représente une utilisation des terres caractéristique des activités d'extraction de l'argent. Une fois le gisement d'argent épuisé, la production a pris fin, laissant place dans ce cadre naturel d'une grande richesse, à un paysage culturel qui a évolué parallèlement à la mine d'argent.
Critère (ii) : A l'époque des Grandes Découvertes, au XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, l'importante production d'argent de la mine d'Iwami Ginzan suscita d'importants échanges commerciaux et culturels entre le Japon et les pays marchands d'Extrême-Orient et d'Europe.
Critère (iii) : Les développements technologiques de l'extraction minière et de la production de métal au Japon ont donné naissance à un système prospère fondé sur de petites unités à forte main-d'œuvre couvrant tout l'éventail des compétences, du creusement au raffinage. L'isolement politique et économique du Japon pendant la période Edo (de 1603 à 1868) empêcha l'introduction de technologies mises au point en Europe pendant la Révolution industrielle. Ceci fut concomitant à l'épuisement des gisements de minerai d'argent commercialement viables, et entraîna la cessation des activités minières par les technologies traditionnelles dans la zone à la seconde moitié du XIXe siècle, laissant sur le site des traces archéologiques bien préservées de ces activités.
Critère (v) : Les traces abondantes de production d'argent qui subsistent quasiment intactes sur la mine d'argent d'Iwami Ginzan, telles que les mines, les sites de fonte et de raffinage, les routes de transport et les infrastructures portuaires, sont désormais dans une grande mesure cachées par les forêts de montagne qui ont envahi le passage. Le paysage relique qui en résulte, avec ses vestiges de peuplement associés à la production de l'argent, est un exemple éminent d'occupation traditionnelle du territoire d'une valeur universelle exceptionnelle.
Les éléments constitutifs du bien témoignant du système initial d'occupation du territoire sont restés intacts ; les relations organiques entre les différents éléments illustrent de manière détaillée le mécanisme du système initial d'occupation du territoire. Ils continuent à animer la vie contemporaine et le mode de vie de la société locale en union avec les forêts de montagne abondantes. L'intégrité de ce paysage culturel est donc maintenue. Les éléments constitutifs du bien qui illustrent le processus - de la production à l'acheminement de l'argent en bon état de conservation - conservent un haut degré d'authenticité. Dans les villages miniers, il reste un groupe de bâtiments traditionnels en bois des XVIIe et XXe siècle bien entretenus, conservés et réparés, qui garde son authenticité en termes de conception, matériaux, techniques, fonctions, cadre et environnement.
Le bien et sa zone tampon sont bien protégés par la législation nationale et un arrêté municipal. Un dispositif de gestion de l'ensemble du bien a été mis en œuvre dans le cadre du plan de gestion et de conservation stratégique. Des mesures de suivi sont mises en place annuellement.
Description historique
Selon le dossier de proposition d'inscription, bien que certaines preuves suggèrent qu'on connaissait l'existence des filons d'argent dès le XIVe siècle, les gisements d'argent de Iwami Ginzan furent « découverts » en 1526, et presque immédiatement mis en exploitation par Kamiya Jutei, un puissant négociant de Hakata, qui était alors le plus grand port marchand du Japon. Jutei opérait sous la protection de la famille Ôuchi, un clan féodal qui contrôlait la région de Iwami et qui avait fait fortune dans le commerce avec la Chine et la Corée. Aux alentours de 1533, la technique de la fonte par coupellation fut introduite dans les mines, peut-être depuis la Corée. Grâce à cette technique plus efficace, la production des mines augmenta considérablement, à tel point que, à la fin des années 1530, le tribut en argent payé à la famille Ôuchi passa de 16 à 80 kg par an.
Dans les années 1530 et 1540, l'autorité de la famille Ôuchi sur les mines d'argent fut contestée de manière répétée par les propriétaires terriens voisins, qui luttèrent pour prendre le contrôle de ces mines hautement rentables. Les trois forteresses autour des mines datent de cette époque. Dans les années 1550, la famille Amago en prit le contrôle pendant dix ans. Ce fut ensuite au tour de la famille Môri, en 1561. Cette dernière installa ses vassaux dans le voisinage et construisit deux nouvelles routes jusqu'aux ports de Yunotsu et Okidomari.
Après toute une série de guerres nationales qui eurent lieu pendant les vingt années suivantes, Tokugawa Ieyasu remporta la victoire finale. En 1600, il prit le pouvoir, établissant le shogounat de Tokugawa Edo et expropriant des mines d'or et d'argent dans tout le Japon. Okubo Nagayasu fut nommé pour administrer les mines et fit creuser de nouveaux puits et augmenta la production d'argent. Les exploitations minières étaient dirigées par des yamashi, qui versaient une commission en argent au shogounat de Edo. Yasuhara Dembei, le yamashi mandaté par la famille Tokugawa aux alentours de 1600-1602 pour diriger le Kamaya-mabu et d'autres puits de mine versa en une seule année 13 500 kg d'argent au shogounat de Edo. Les puits des mines d'argent étaient creusés par des mineurs employés par les yamashi ; néanmoins, on ne dispose pas d'assez d'information pour savoir si les mineurs travaillaient sous contrat ou en indépendants.
Le début du XVIIe siècle fut un âge d'or pour les mines, avec parfois jusqu'à 10 000 personnes employées. Les Hollandais et les Anglais favorisèrent le commerce international et la stabilité politique relative du Japon de l'époque favorisa l'épanouissement de nouvelles villes, qui accrurent la demande d'argent. Les capitaux privés des yamashi alimentaient la production d'argent.
Au milieu du XVIIe siècle, l'administration de la mine d'argent et de la zone alentours tomba sous le contrôle d'un magistrat mandaté par le gouvernement national central, le shogounat de Edo, ce qui provoqua une nouvelle hausse de la production. Le dossier de proposition d'inscription propose peu de chiffres précis sur la production d'argent, et aucune information quantitative qui permettrait d'avoir un aperçu plus clair de l'impact de la mine sur l'économie globale de la région.
La production de la mine d'argent de Iwami Ginzan connut son apogée dans les années 1620-1640 et tomba ensuite dans une phase de déclin progressif. Au fur et à mesure qu'on creusait des puits plus profonds, le travail devint plus difficile et l'évacuation des eaux plus onéreuse, ce qui rendit la production d'argent moins rentable. En 1691, 63 puits de mine étaient fermés, sur un total de 92 ; en 1729, 74 sur un total de 129 ; et en 1823, 247 puits de mine n'étaient plus en opération, sur un total de 279. La production d'argent, comprise en moyenne entre 1 000 et 2 000 kg par an à la fin du XVIIe siècle, n'était plus que d'environ 100 kg au milieu du XIXe siècle.
Après la chute du shogounat de Edo en 1868, le nouveau gouvernement national privatisa la mine d'argent de Iwami Ginzan. En 1887, une société privée du nom de Fujitagumi reprit l'exploitation de la mine d'argent, la rebaptisant Ômori Kôzan (la mine de Ômori). En 1895, une raffinerie introduisant la technologie occidentale, fut construite à Shimizudani, mais elle ferma à peine un an plus tard. À la place, une autre raffinerie fut construite à Kôjidani, au pied occidental du mont Yôgaisan ; on y réalisait la fonte et le raffinage du cuivre essentiellement, mais aussi de l'or et de l'argent. Mais le prix du cuivre chuta et on commença à importer du cuivre à bas prix après la Première Guerre mondiale ; la mine fut donc contrainte de fermer ses portes en 1923. Plus tard, en 1942, on tenta de la rouvrir pour répondre à la demande en métal de la Seconde Guerre mondiale, mais un typhon ruina cette tentative en 1943.
Les détails concernant l'histoire des mines et leur contexte politique ne sont pas accompagnés de détails équivalents sur l'histoire du transfert de technologie aux mines qui se développaient rapidement au Japon. Le dossier de proposition d'inscription mentionne le transfert de la technique de coupellation à d'autres mines d'argent au Japon, mais il y a très peu d'informations sur l'impact des autres techniques d'extraction minière et de fonte. Il n'y a aucune donnée sur la façon dont la coupellation fut introduite au Japon, comment elle s'y répandit, les origines de cette technique telle qu'elle était utilisée au Japon et son rapport avec la technique de coupellation connue en Occident depuis l'Antiquité.
Le dossier de proposition d'inscription n'établit pas de lien entre la technologie et des vestiges archéologiques - bien qu'il convienne de noter qu'à ce jour, les mines restent largement inexplorées. Il n'est donc pas possible de détailler comment cette technologie s'est développée au Japon pendant sa longue période d'isolement par rapport aux influences occidentales, ni s'il s'agissait d'un événement précurseur, comme le suggère le dossier de proposition d'inscription. Il n'est pas possible non plus d'établir l'historique du rôle de Iwami Ginzan en tant que, peut-être, principal fournisseur d'argent, métal nouvellement exploité au Japon, et son impact sur le commerce du pays et de ses voisins. Des éléments solides semblent indiquer que les exportations japonaises d'argent ont progressé au XVIIe siècle pour compenser le déclin des exportations latino-américaines, mais il n'y a pas de preuves à l'appui de cette thèse.
Source : évaluation des Organisations consultatives
Statistiques
Découvrez les photos de OUR PLACE the World Heritage Collection
