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Plaine de Stari Grad

Brève description

La plaine de Stari Grad, située sur l''île adriatique de Hvar, est un espace culturel qui est resté pratiquement intact depuis sa première colonisation par des Grecs venus de l''île égéenne de Paros au IVème siècle avant J.C. L''activité agricole originelle - basée sur la vigne et l''olivier - de cette plaine fertile s''est maintenue depuis les origines jusqu''à aujourd''hui. Le site est aussi une réserve naturelle. Le paysage, qui comprend des parcelles et des chemins délimités par des murs de pierres sèches, ainsi que des petites constructions en pierre, témoigne de l''ancien système d''organisation agricole en lots réguliers utilisé par les Grecs, la chora, qui est restée pratiquement intacte au cours de 24 siècles.

Plaine de Stari Grad

Valeur universelle exceptionnelle

La plaine de Stari Grad représente un système complet d’occupation du sol et de colonisation agricole par les Grecs, au IVe siècle avant JC. Son système foncier en parcelles géométriques délimitées par des murs de pierres sèches (chora) est exemplaire. Il a été complété dès les origines par un système de récupération des eaux de pluie utilisant des citernes et de petites rigoles. Ce témoignage est de valeur universelle exceptionnelle.

Le parcellaire mis en place par les colons grecs a été respecté par les époques suivantes. L’activité agricole au sein de la chora a été permanente, pendant 24 siècles jusqu’à nos jours, basée principalement sur la vigne et l’olivier.

L’ensemble offre aujourd’hui le paysage culturel d’une plaine fertile cultivée suivant l’organisation du territoire par la colonisation grecque.

Critère (ii) : Le parcellaire foncier du IVe siècle avant JC de la plaine de Stari Grad témoigne de la diffusion du modèle géométrique grec de la répartition des sols agricoles dans le monde méditerranéen.

Critère (iii) : La plaine agricole de Stari Grad est restée en usage continu et conforme aux productions initiales pendant 2400 ans. Elle témoigne de sa permanence et de sa durabilité au cours des siècles.

Critère (v) : La plaine agricole de Stari Grad et son environnement sont un exemple d’établissement humain traditionnel très ancien, aujourd’hui menacé par le développement économique moderne, en particulier la dépopulation rurale et l’abandon de l’agriculture traditionnelle.

Le cadastre grec a été pleinement respecté au cours d’une utilisation agricole incessante de la plaine, basée sur les mêmes cultures. Il est aujourd’hui parfaitement identifiable et faiblement modifié. La plaine de Stari Grad forme un ensemble agricole et foncier intègre.L’authenticité du système foncier grec da la chora est bien attestée sur l’ensemble de la plaine.Les structures bâties des murs de pierre sont authentiques, utilisant et réutilisant depuis la fondation grecque les mêmes matériaux de base par empilement à sec.

La mise en place du plan de gestion et de l’autorité en charge de son application doit permettre la réalisation d’un programme approfondi de fouilles archéologiques, de promouvoir un développement agricole durable au sein de la chora et de contrôler le développement urbain et touristique aux environs du bien dans le souci du respect de sa valeur universelle exceptionnelle.

Description historique

Une petite communauté appartenant à la culture illyrienne de l'Âge du fer est attestée aux VIe et Ve siècles av. J.-C., à Stari Grad, au niveau de l'église Saint-Jean actuelle, par des vestiges archéologiques directement au-dessous du niveau grec.

Des restes de forts et des tumulus en pierres entourant la plaine remontent à cette période, voire à celle un peu antérieure.

L'expansion grecque vers l'Adriatique commence avec les ambitions de Denys l'Ancien, le tyran de Syracuse. Une première colonie est fondée par la conquête militaire de l'île de Vis, aux dépens des Illyriens, en 394 av. J.-C.

L'étape suivante de la poussée des Grecs est la conquête de l'île de Hvar par les Égéens de Paros, alliés de Denys, dix ans plus tard. Ils y créent la colonie de Pharos.

Le périmètre de la ville était entouré de murs de défense dont les vestiges sont visibles au niveau de l'église Saint- Jean, ainsi que ceux d'une porte et de tours de défense à proximité. Les fouilles effectuées ont apporté des indications sur le plan de la cité grecque et sur des vestiges d'habitations.

La colonisation agricole est entreprise parallèlement à l'édification de la cité fortifiée. Elle est basée sur la subdivision en lots rectangulaires réguliers (chora). La plaine comprend 75 lots principaux de 16 hectares environ, subdivisés à leur tour en parcelles carrées. Des limites en pierres sont érigées entre les différents lots et parcelles (voir description). Quelques éléments de fouilles à proximité de Stari Grad suggèrent que la population vivait en partie dans la plaine elle-même.

Le système défensif de la plaine reprend les anciennes tours illyriennes et les complète par de nouveaux forts. Les traces de quatre d'entre eux ont été repérées. L'effondrement de l'empire de Syracuse, dès le milieu du Ive siècle av. J.-C., fait évoluer Pharos en une principauté indépendante d'Illyriens hellénisés. Sa prospérité la met en valeur, avec le règne de Démétrius de Hvar, qui étend son pouvoir sur la région dans les années 220 av. J.-C.

Démétrius entre en conflit avec Rome, et la ville est partiellement détruite en 219 av. J.-C. La cité est toutefois rapidement reconstruite avec l'aide de l'ancienne métropole de Paros, comme l'attestent deux épigraphes en grec de cette période.

L'île ne peut toutefois résister longtemps à la conquête romaine et le port devient, au milieu du IIe siècle av. J.- C., une base navale importante pour les expéditions romaines contre les Dalmates et les Illyriens du continent. Sous le nom de Pharias, la cité acquiert le statut de municipium durant les règnes d'Auguste et de Tibère. L'ensemble de l'île est alors colonisé par les Romains.

Les vestiges archéologiques montrent une activité économique basée sur la vigne, la pêche et le commerce portuaire. Quelques sépultures romaines sont effectuées dans la plaine, des citernes complémentaires sont construites.

Il y a peu de témoignages sur l'Antiquité tardive. Les fortifications de Pharia sont reconstruites sur un périmètre apparemment plus réduit que durant la période grecque. Les traces chrétiennes apparaissent aux Ve et VIe siècles, avec la présence d'un ensemble cultuel (tombes, baptistère, mosaïques).

L'histoire médiévale de l'île de Hvar et de Pharia/Faria est complexe, marquée par la présence d'un évêché chrétien (XIIe siècle) puis par la conquête des Vénitiens (milieu du XIIIe siècle) qui en assurent de manière quasi permanente la tutelle politique jusqu'en 1797.

Durant cette longue période, la plaine est sous le contrôle partagé ou alternatif de l'église chrétienne et de l'aristocratie médiévale qui en tirent des profits substantiels. De petites chapelles sont y construites. Les plus anciennes descriptions de la plaine et de son système agricole remontent aux XIVe et XVe siècles. Les murs construits sur les limites du parcellaire grec sont clairement nommés et identifiés.

La ville connaît un renouveau à compter du XVe siècle, comme centre commercial et portuaire, dans l'orbite du développement de la puissance économie vénitienne. Son nom est alors Campo San Stephani.

Au XIXe siècle, des travaux d'irrigation sont entrepris dans la plaine et un cadastre est dressé par l'administration autrichienne.

À la fin du XIXe siècle, la culture de la vigne est gravement compromise par la maladie du phylloxéra. La déprise des terres agricoles et une première vague d'émigration rurale s'ensuivent au début du XXe siècle. Les villages viticoles du sud sont partiellement abandonnés. La structure foncière des terres et des chemins est conservée, mais elle est fragilisée par le manque d'entretien.

Une nouvelle phase de menace sur la conservation de la chora se manifeste dans l'après-Seconde Guerre mondiale, quand apparaissent des fermes collectives et les cultures labourées mécanisées. Elle est accompagnée d'une seconde vague d'émigration.

Une troisième période, à la fin du XXe siècle, correspond à une tendance de reprise des cultures de la vigne et de l'olivier, mais à l'aide de moyens modernes et mécanisés qui menacent à nouveau la conservation (voir 4, menaces affectant le bien).

Source : évaluation des Organisations consultatives