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Cercles mégalithiques de Sénégambie

Brève description

Ces quatre grands groupes de cercles mégalithiques constituent une concentration extraordinaire - plus de 1 000 monuments - sur une bande de 100 km de large qui longe sur 350 km le fleuve Gambie. Les quatre groupes, Sine Ngayène, Wanar, Wassu et Kerbatch rassemblent 93 cercles et de nombreux tumuli, monticules funéraires. Certains ont été fouillés et ont révélé un matériel archéologique que l’on peut dater entre le IIIe siècle av. J.-C et le XVIe siècle de notre ère. Les cercles de pierres de latérite soigneusement taillées et leurs tumuli associés présentent un vaste paysage sacré qui s’est constitué sur plus de 1 500 ans et rendent compte d’une société prospère, pérenne et hautement organisée.

Cercles mégalithiques de Sénégambie

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Le site inscrit correspond à quatre grands groupes de cercles mégalithiques situés à l'extrême ouest de l'Afrique occidentale, entre le fleuve Gambie et le fleuve Sénégal. Ces sites, Wassu et Kerbatch en Gambie, et Wanar et Sine Ngayène au Sénégal, font partie d'une concentration extraordinaire de plus de 1000 cercles de pierre et de tumulus connexes dispersés sur un territoire de 100 km de large sur 350 km de long, situé le long du fleuve Gambie. Ensemble, les quatre groupes comportent 93 cercles et sites associés, dont certains ont été fouillés et ont révélé des sépultures humaines et du matériel archéologique allant de la poterie à des instruments de fer et de l'ornementation datant entre le 1er et 2ème millénaires et le début de notre ère. Ces quatre sites mégalithiques constituent la concentration la plus dense dans la zone et ont une Valeur universelle exceptionnelle pour ce qu’ils représentent, une tradition de construction monumentale mégalithique sur une vaste superficie, manifeste sur plus de 1000 cercles de pierres répartis le long d’un des principaux fleuves d’Afrique. 

Le complexe de Sine Ngayène (Sénégal) est le plus grand site de la zone. Il comprend 52 cercles de pierres dressées, dont un cercle double. Au total, on compte 1102 pierres taillées sur le site. A environ 1 km à l’est (à l’extérieur du bien), se trouve la carrière d’où furent extraits les monolithes et où l’on a retrouvé les traces d’extraction d’environ 150 pierres. Le site a été fouillé vers 1970 et plus récemment par Bocoum et Holl. Les travaux ont établi que les sépultures uniques semblaient précéder dans le temps les sépultures multiples associées aux cercles de pierres. Le complexe de Wanar (Sénégal) comprend 21 cercles dont un double cercle. Le site contient 9 pierres « lyres » ou pierres « bifides » comportant parfois une pièce placée en entretoise entre les deux parties. Le complexe de Wassu (Gambie) comprend 11 cercles et leurs pierres frontales associées. Ce site a les pierres les plus hautes de la zone. Les fouilles les plus récentes effectuées sur ces cercles mégalithiques datent de la campagne Anglo-Gambienne conduite par Evans et Ozanne en 1964 et 1965. Les découvertes des sépultures ont permis de dater les monuments entre 927 et 1305 apr. J.-C. Le complexe de Kerbatch comporte 9 cercles, dont un double. Le site possède une pierre « bifide », la seule connue dans la zone.

Les pierres formant les cercles ont été extraites des carrières de latérites proches à l’aide d’outils en fer et savamment taillées en colonnes presque identiques de section soit cylindrique, soit polygonale, d’une hauteur moyenne de 2 m et pesant jusqu’à 7 tonnes. Chaque cercle comprend entre 8 et 14 pierres dressées pour un diamètre de 4 à 6 m. Les quatre sites mégalithiques inscrits témoignent d’une société hautement organisée et prospère dont les traditions de construction de cercles de pierres, associés à des sépultures, semblent avoir persisté dans certaines zones sur plus d’un millénaire.

Critère (i) : Les pierres individuelles finement travaillées témoignent d’une technique précise et expérimentée et contribuent à l’ordre et à la grandeur imposante de l’ensemble des cercles de pierres.

Critère (iii) : Les cercles de pierres proposés pour inscription représentent la totalité de la zone mégalithique dans laquelle la présence d’une si grande quantité de cercles est une manifestation unique de constructions et de pratiques funéraires qui persistèrent pendant plus d’un millénaire sur une zone géographique étendue et qui reflète une société productive et sophistiquée.

Intégrité

L’intégrité des quatre composantes du site ne peut être évaluée qu’en tant que partie d’un plus vaste ensemble culturel unifié. Les complexes  conservent leur intégrité en termes d’association spatiale des cercles, des mégalithes individuels et des tumuli qui les composent. Les croyances spirituelles associées aux pierres par les communautés locales contribuent à protéger leur intégrité.

Authenticité

Les cercles de pierres s’insèrent dans un paysage agricole dans lequel les interventions ont été peu nombreuses. Un très petit nombre de pierres a été retiré. Quelques sites de sépultures ont été fouillés puis remblayés. Ces perturbations restent minimes. L’authenticité globale des quatre sites est intacte.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

En Gambie, la gestion des deux sites (Wassu et Kerbath) incombe au Centre national des Arts et de la Culture (NCAC) en vertu d’une Loi promulguée par l’Assemblée nationale (Loi NCAC de 1989, amendée en 2003). Le NCAC est le démembrement technique du Ministère du Tourisme et de la Culture. La gestion quotidienne des sites quant à elle est sous la responsabilité de la Direction du Patrimoine Culturel du NCAC qui à cet effet emploie en permanence des gardiens et préposés à l‘entretien. Tous les deux sites disposent d’un plan de gestion élaboré pendant le processus de la demande d’inscription avec la collaboration participative des communautés locales et de leurs représentants. Les deux sites sont clôturés et dotés de quatre constructions rondes, de type traditionnel servant de musée, d’accueil des visiteurs et de logement pour le gardien. Le NCAC est appuyé par les comités locaux de gestion qui veillent à la sauvegarde des intérêts de la communauté dans les sites. Le financement vient principalement des subventions du Gouvernement, des droits d’entrés des visiteurs et d’autres subventions.

Au Sénégal, les deux sites sont bien protégés par la législation : Loi n°71-12 du 25 janvier 1971 fixant le régime des sites et monuments historiques et celui des fouilles et découvertes/ le Décret 73-746 du 08 août 1973 portant application de la loi. La Direction du Patrimoine Culturel du Ministère est chargée de la gestion des sites. Les communautés ont aussi des pouvoirs étendus grâce à la Loi sur la décentralisation facilitant leur implication dans la gestion des sites. Les sources de financement sont : le budget de l’Etat, de la collectivité locale et des subventions des bailleurs. Elles ont permis la clôture des deux sites, la construction d’un hall (Wanar) et d’une case d’accueil (Sine Ngayène), l’aménagement de toilettes pour les visiteurs ainsi que la prise en charge de deux gardiens employés à plein temps. Une bonne signalétique a été installée pour l’accessibilité aux deux sites ainsi qu’un centre d’interprétation à Sine Ngayène. Il est aussi prévu à long terme dans le cadre de la mise en valeur, l’amélioration des pistes d’accès.

Le plan de gestion a été élaboré en concertation avec les parties prenantes sénégalaises et gambiennes réunies à Wassu en Gambie et à Ngayène au Sénégal en décembre 2004.

L’objectif à long terme de ce plan d’action, c’est de rendre le site, visible, accessible et qu’il assure des retombées économiques aux communautés locales. Au delà de la conservation et de la valorisation des sites, la gestion envisage de conduire une recherche plus approfondie et de permettre aux sites d’être plus adaptés aux objectifs de développement sur le plan national.

Description historique

Bien que les cercles de pierres aient fait l'objet de recherches depuis plus de 100 ans et que les sites proposés pour inscription aient été fouillés en plusieurs endroits, de plus amples informations pourraient expliquer l'ensemble de la zone mégalithique.


Les matériels trouvés lors des fouilles archéologiques suggèrent que les sépultures datent essentiellement du premier et du début du second millénaire après J.-C. Toutefois, la relation entre les tumuli et les cercles de pierres n'est pas encore entièrement établie. Il reste à déterminer si les sépultures sont antérieures aux cercles, si elles sont contemporaines ou si même les cercles ont précédé les sépultures.


Les fouilles réalisées par Tholmans et son équipe ont été publiées en 1980 et celles de Galley et de son équipe, en 1982. Les fouilles ont été reprises par Lawson en Gambie en 2002 et par Hall et Bocoum en 2001-2004 au Sénégal.


Certaines carrières ont été identifiées, bien qu'aucune ne soit intégrée dans la zone proposée pour inscription. Néanmoins, seul un très faible nombre de mégalithes peut être relié à une source.


Les fouilles archéologiques des sépultures semblent révéler un ordre moins rigoureux. Elles mettent au jour des sépultures de masse, avec des corps jetés au hasard dans les tombes, suggérant soit une épidémie soit une sorte de sacrifice.


Le peuple Manding qui vit actuellement dans une grande partie de la zone mégalithique semblent avoir investi la région au XVIe siècle, après la construction des mégalithes, et ne semble donc pas être lié aux bâtisseurs mégalithiques.

Source : évaluation des Organisations consultatives