jump to the content

Melaka et George Town, villes historiques du détroit de Malacca

Brève description

Les villes historiques Melaka et George Town, sont le produit de 500 ans de contacts commerciaux et culturels entre l’Orient et l’Occident dans le détroit de Malacca. De multiples influences asiatiques et européennes ont apporté aux villes une identité multiculturelle unique qui se manifeste par un patrimoine matériel et immatériel. Avec ses édifices gouvernementaux, ses églises, ses places et sa forteresse, Melaka présente les premières phases de son histoire commençant sous le sultanat malais au XVème siècle et les périodes portugaise et néerlandaise qui ont débuté au commencement du XVIème siècle. Avec ses édifices résidentiels et commerciaux, George Town illustre la période britannique à partir de la fin du XVIIIème siècle. Les deux villes présentent une culture architecturale unique et un paysage urbain sans pareil en Asie orientale et en Asie du Sud-Est.

Melaka et George Town © OUR PLACE The World Heritage Collection

Valeur universelle exceptionnelle

Melaka et George Town, Malaisie, sont d’excellents exemples de villes historiques coloniales du détroit de Malacca qui ont enduré une succession d’événements historiques, liés pour la plupart à leur ancienne fonction de ports de commerce reliant l’Orient et l’Occident. Ce sont les villes historiques les plus complètes du détroit de Malacca avec un patrimoine vivant multiculturel trouvant son origine dans la route commerciale qui relie la Grande-Bretagne et l’Europe, via le Moyen-Orient, au sous-continent indien, et l’archipel malais à la Chine. Ce sont des témoignages vivants du patrimoine multiculturel et des traditions d’Asie, où les plus grandes religions et cultures se sont rencontrées et ont coexisté. Elles reflètent la rencontre d’éléments culturels de l’archipel malais, de l’Inde, de la Chine et de l’Europe pour créer une architecture, une culture et un paysage urbain incomparables.

Critère (ii): Melaka et George Town Melaka et George Town représentent des exemples exceptionnels de villes commerciales multiculturelles en Orient et en Asie du Sud-Est, nées des échanges commerciaux et de civilisations entre les cultures malaise, chinoise et indienne et les trois puissances coloniales européennes qui se sont succédé sur près de 500 ans, chacune ayant marqué de son empreinte l’urbanisme et l’architecture, la technologie et l’art monumental. Les deux villes montrent différents stades de développement et des échanges successifs sur une longue période et sont donc complémentaires.

Critère (iii): Melaka et George Town sont des témoignages vivants du patrimoine et des traditions multiculturelles d’Asie, auxquels s’ajoutent les influences coloniales européennes. Ce patrimoine matériel et immatériel s’exprime en particulier dans un grand nombre de bâtiments religieux de différentes confessions, les quartiers ethniques, les nombreuses langues, les fêtes religieuses, les danses, les coutumes, l’art et la musique, la cuisine et la vie quotidienne.

Critère (iv): Melaka et George Town reflètent un mélange d’influences qui a créé une architecture, une culture et un paysage urbain uniques et sans égal dans l’Orient et l’Asie du Sud-Est, avec une série exceptionnelle de maisons de commerces et de maisons de ville. Ces bâtiments montrent de nombreux types et stades de développement, dont certains trouvent leur origine aux périodes néerlandaise et portugaise.

L’intégrité des zones proposées pour inscription dans les deux villes est liée à la présence de tous les éléments nécessaires pour exprimer leur valeur universelle exceptionnelle. Les biens ont conservé leur authenticité ; les monuments et sites classés ont été restaurés selon des méthodes appropriées en ce qui concerne la conception, les matériaux, les méthodologies, les techniques et leur mise en œuvre, et en accord avec les principes et les orientations de conservation.

Les mesures de protection des biens sont appropriées. Les deux villes présentent un état de conservation acceptable, bien que des efforts soient nécessaires pour assurer la conservation des maisons de commerce. Les structures et les plans de gestion sont appropriés et peuvent être améliorés grâce aux programmes de conservation permanents de l’État partie.

Description historique

À travers l'histoire, le détroit de Malacca a été une route maritime commerciale favorisant les contacts entre l'Orient et l'Occident. Des villes et des royaumes puissants ont vu le jour et cette région a connu l'immigration et de fortes influences proches et lointaines, contribuant à son identité multiculturelle. La ville et le royaume de Melaka furent fondés à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle. Le petit village de pêcheur est rapidement devenu un grand port et une place forte du commerce, éclipsant les ports plus anciens de la région. Avec l'aide de l'empereur chinois, le roi parvint à maintenir son indépendance par rapport au Siam. De nombreux groupes ethniques étaient présents et on rapporte que quelque 80 langues différentes étaient parlées. La coutume pour les habitants des différentes communautés ethniques de vivre dans leur propre quartier de la ville a commencé dès cette époque. L'islam fut introduit, le roi prit le titre de sultan et la ville devint un centre d'enseignement de l'islam.

En 1511, les Portugais conquirent la ville de Melaka. Une forteresse de pierre entourant l'actuelle colline Saint-Paul fut construite, à l'intérieur de laquelle s'élevèrent les palais du gouverneur et de l'évêque, cinq églises, deux hôpitaux, un collège et d'autres bâtiments publics. La destruction de mosquées et de tombes montre le souhait d'affaiblir l'islam. Toutefois, la tradition des quartiers ethniques séparés et le multiculturalisme se poursuivirent. Melaka était fréquemment attaquée par ses voisins malais. D'autres Européens naviguaient dans le détroit de Malacca et avait un intérêt dans la région. En 1641, les Néerlandais prirent la ville. Ils avaient conquis Java en 1619 et fait de Batavia (Jakarta) leur capitale dans l'Est. Melaka ne devait pas entrer en concurrence mais devint leur base principale dans la péninsule et puis se développa encore jusqu'à devenir l'entrepôt par excellence de l'Asie du Sud-Est à la fin du XVIIIe siècle. Les Néerlandais se contentèrent de reprendre l'infrastructure à leur compte. Par la suite, ils bâtirent le nouveau fort Saint-Jean et, en 1650, l'ancienne résidence du gouverneur fut transformée en Stadthuis. L'église catholique Saint-Pierre fut construite en 1710 et l'église protestante du Christ, en 1753, la plus ancienne église protestante encore en fonction en Malaisie.

En 1795-1818, pendant les guerres napoléoniennes en Europe, Melaka passa sous domination britannique. À cette époque, Penang/George Town existait depuis quelque temps et, en tant que rivale, devait dès l'origine égaler Melaka. Le fort fut démoli, il n'en resta que la porte, puis la destruction fut arrêtée. Quelques années après, en 1824, Melaka passa finalement sous administration britannique.

George Town fut fondée en 1786 par les Britanniques. Contrairement aux Portugais et aux Néerlandais, ils exercèrent une politique de liberté des échanges. Des gens du monde entier affluèrent dans la nouvelle ville et furent encouragé à produire des récoltes pour l'exportation. Pour administrer l'île, une présidence fut organisée sous la juridiction de la Compagnie des Indes orientales au Bengale et en 1826 elle fut intégrée aux Établissements des détroits (Straits Settlements) avec Singapour et Melaka.

Le développement des deux villes sur plusieurs siècles se fonda sur le mélange de diverses ethnies et traditions culturelles, et connut des influences malaises, européennes, musulmanes, indiennes et chinoises. Le patchwork culturel et humain ainsi constitué s'exprime dans un patrimoine immatériel composé de langues, pratiques religieuses, gastronomies, cérémonies et festivals.

À Melaka, une zone de conservation a été identifiée une première fois en 1979, puis augmentée en 1985. En 1988, un séminaire international a été organisé sur la colline Saint-Paul désignée comme zone patrimoniale. La même année, l'État de Melaka fit voter la loi sur la préservation et la conservation du patrimoine culturel et, en 1993, la zone patrimoniale fut placée sous la responsabilité de la nouvelle Société des musées de Melaka. Le Fonds de conservation fut constitué et, à partir de 2001, cet organe a permis de financer des projets de conservation de bâtiments à Melaka.

À George Town, une politique de conservation fut introduite dans les années 1970. C'était la première fois qu'un plan de conservation était intégré au plan d'urbanisme de la ville. La rapide transformation urbaine de l'île au milieu des années 1980 fit naître un mouvement de conservation public ; une conférence internationale sur l'urbanisme et la conservation contribua à susciter une prise de conscience. Au début des années 1990, certains projets de démolition et de conservation attirèrent l'attention. Les premiers grands travaux de restauration furent entrepris par le gouvernement de l'État sur le palais de Syed Al-Attas en 1993.

Source : évaluation des Organisations consultatives