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Complexe Maison-Ateliers-Musée Plantin-Moretus

Brève description

Le musée Plantin-Moretus est une imprimerie et maison d’édition datant de la Renaissance et de l’époque baroque. Situé à Anvers – avec Paris et Venise, l’une des trois villes les plus importantes pour les débuts de l’imprimerie en Europe –, il est étroitement lié à l'histoire de l’invention et de la diffusion de la typographie. Son nom rend hommage au plus grand imprimeur-éditeur de la seconde moitié du XVIe siècle : Christophe Plantin (vers 1520-1589). Outre sa valeur architecturale exceptionnelle, le monument contient une importante collection d’objets témoignant de la vie et du travail dans l’imprimerie et maison d’édition la plus prolifique d’Europe à la fin du XVIe siècle. L’entreprise est restée en activité jusqu’en 1867 et son bâtiment renferme une vaste collection d’anciens équipements d’imprimerie, une grande bibliothèque, de précieuses archives et des œuvres d’art, notamment un tableau de Rubens.

Complexe Maison-Ateliers-Musée Plantin-Moretus

Justification d'inscription

Critère (ii) : A travers les publications de l’Officine Plantinienne, le complexe Plantin-Moretus, témoigne du rôle considérable, joué par cet important centre de l’humanisme européen au XVIe siècle, dans le développement des sciences et de la culture.

Critère (iii) : Considérées comme partie intégrante de la « Mémoire du Monde » (UNESCO, 2001), les Archives Plantiniennes, comprenant la comptabilité de l’Officine, les livres de comptes commerciaux et la correspondance avec plusieurs savants et humanistes de renommée mondiale, apportent un témoignage exceptionnel sur une tradition culturelle de premier ordre.

Critère (iv) : Exemple exceptionnel de la relation entre le cadre de vie d’une famille aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, le monde du travail et le milieu du commerce, le complexe Plantin-Moretus présente une valeur documentaire sans égal sur des périodes significatives de l’Histoire en Europe : Renaissance, Baroque, Classicisme.

Critère (vi) : Le complexe Plantin-Moretus est matériellement associé à des idées, des croyances, des technologies et des œuvres littéraires et artistiques ayant une signification universelle exceptionnelle.

Description longue

Au travers des publications de l'Officina Plantiniana , le complexe Plantin-Moretus témoigne du rôle fondamental qu'a joué au XVIe  siècle, dans le développement de la science et de la culture, cet important centre de l'humanisme européen. Les archives Plantin, y compris les archives commerciales de l'Officina , les livres de transactions commerciales et la correspondance avec des savants et des humanistes de notoriété mondiale, forment un ensemble extrêmement représentatif d'une tradition culturelle de toute première importance.

Remarquable exemple de relation entre l'environnement humain d'une famille au cours des XVIe , XVIIe et XVIIIe  siècles, concernant le monde du travail et celui du commerce, le complexe Plantin-Moretus présente une valeur inestimable pour des périodes fondamentales de l'histoire européenne : la Renaissance, l'époque baroque et le classicisme. Il est concrètement associé à des idées, à des croyances, à des technologies ainsi qu'à des œuvres littéraires et artistiques d'une portée universelle.

La vieille ville d'Anvers (Antwerpen en flamand) s'est développée sur la rive droite de la Schelde OK? l'Escaut, au pied d'une forteresse comportant un octroi pour le contrôle du commerce fluvial, remontant au IXe  siècle. Après avoir connu une expansion importante aux XIIIe et XIVe  siècles, la ville conforta sa position, aux dépens de Bruges (Brugge ), sur les plans suivants :

  • centre de transactions monétaires ;
  • place de marché internationale (y compris un marché de l'art) ;
  • lieu de rencontre d'humanistes et d'artistes ;
  • point névralgique des échanges culturels européens, qui importa notamment les principaux éléments de la Renaissance italienne, source d'inspiration pour la Renaissance flamande.

L'impressionnante vitalité d'Anvers à partir de 1500 est liée au développement de l'imprimerie. Vers le milieu du XVIe  siècle, quelque 140 imprimeurs, éditeurs et libraires travaillaient en ville, où le marché du livre prit une dimension internationale croissante. Anvers devint ainsi le centre de ce commerce pour toutes les régions situées au nord des Alpes et, avec Venise et Paris, l'une des trois capitales de la typographie européenne, notamment grâce à l'activité de Christopher Plantin entre 1555 et 1589.

C'est dans le cadre de la métropole d'Anvers, dont la population se montait à plus de 100 000 habitants vers le milieu du XVIe  siècle, que Plantin fonda son entreprise d'impression et de publication, l'Officina Plantiniana , formée d'un ensemble d'ateliers jouxtant une résidence patricienne. L'Officina était alors sans conteste le plus grand atelier typographique de toute l'Europe. À la mort de Plantin, en 1589, son gendre Jan Moretus (1543-1610) se trouva à la tête de l'entreprise la mieux équipée d'Europe, et c'est grâce à la famille Moretus que la firme put poursuivre son activité jusqu'en 1867, en assurant les mêmes fonctions, et ceci sur le même site, ce qui explique le caractère homogène du plan de l'édifice, que reflète bien le musée actuel.

Dans son ensemble, le complexe historique actuellement conservé comporte 35 salles, y compris le salon consacré à la mémoire du juriste René Vandevoir (1892-1966), bienfaiteur du musée, et de l'écrivain flamand francophone Émile Verhaeren (1855-1916).

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Dans le dossier, l'histoire de la vieille ville d'Anvers et le développement de la Maison de Plantin et des Moretus, avec ses ateliers d'imprimeur-éditeur, sont parfaitement exposés. C'est le rôle économique sans cesse grandissant de la ville qui est, d'une part, déterminant ; d'autre part, l'établissement à Anvers de Christophe Plantin, dès 1555, et son installation dans la « grande demeure » (aujourd'hui local du Musée) appelée par la suite « Compas d'Or », au coeur du noyau historique de la ville, expliquent l'évolution du monument et son importance dans l'histoire de l'imprimerie et l'édition, de 1579, date de la construction du premier noyau des ateliers d'impression (Officina Plantiniana) à 1871, quand le dernier de la lignée des imprimeurs-éditeurs attachés à ces ateliers, Edouard Moretus (1804-1880) renonce à l'entreprise et se dédie au maintien du patrimoine immobilier et mobilier séculaire ainsi que des trésors accumulés au fil des siècles.

Pour cette longue période, l'on peut distinguer trois phases :

L'essor réalisé par Plantin, jusqu'à sa mort en 1589 (à cette date, son Officine réalisa, déjà, environ 2450 ouvrages), se continue avec son gendre Jean I Moretus (1543-1610), qui en fit l'imprimerie la mieux équipée d'Europe. Son fils, Balthasar I Moretus (1574-1641) lui succéda et consolida la réputation de l'entreprise, profitant en particulier de son amitié avec Pierre Paul Rubens, pour obtenir de cet artiste de renom des desseins pour des exemplaires remarquables et exceptionnels de l'édition baroque, qui furent imités partout durant la seconde moitié du XVIIe siècle.

Sa réputation internationale et la qualité unique de ses productions valurent à l'Officine la visite de Marie de Médicis en 1631, de la reine Christine de Suède en 1654 et de plusieurs princes et princesses d'Italie et de Pologne.

La seconde moitié du XVIIe siècle marque le début d'une période de décadence pour l'imprimerie à Anvers. Toutefois, l'Officine des Moretus se maintient et reste la plus importante des Pays-Bas espagnols. Ses ouvrages, essentiellement religieux, sont produits pour le marché espagnol et sont exportés jusqu'en Chine et dans les possessions espagnoles du Nouveau monde. À partir de 1715 et jusqu'en 1764, sa production passera même au premier plan de l'exportation internationale du livre.

Malgré une amorce de renouveau durant le premier quart du XIXe siècle, la situation des Moretus se détériore. Ils se montrent incapables de faire face à la modernisation de l'imprimerie, en particulier à la suite de l'apparition des presses mécaniques et rotatives. Edouard Moretus (1804- 1880) est, désormais, le dernier imprimeur-éditeur de la famille et, après la publication en 1866 d'un dernier livre Horae diurnae S. Francisci, il est obligé de renoncer à poursuivre ses activités. Dès 1871, il devient un conservateur du patrimoine familial et un collectionneur.

La saga des Plantin et Moretus s'achève.

En 1873, il négocie la vente, à destination muséale, de l'ensemble des biens, par la voie d'un accord avec l'État belge et la ville d'Anvers. En 1876, le Musée Plantin-Moretus est né.

À ces phases d'évolution historique vont correspondre, sur le terrain, des développements au plan de l'architecture, de l'aménagement et enfin de l'équipement muséographique.

1576-1580 :

Établissement du noyau de la demeure et construction de l'imprimerie avec ses outils et son équipement

b- 1620-1640 :

Agrandissements successifs de la demeure et diverses adaptations qui déterminent la forme actuelle de la cour intérieure.

c- 1761-1763 :

Durant la période florissante de gestion de Jean-François Moretus (1717-1768), s'accomplit le remplacement de sept petites maisons par l'édifice actuel de style de transition Louis XV-Louis XVI, qui reflète le style de la haute bourgeoisie anoblie.

d- De 1876-1877 à nos jours :

- Achat de l'ensemble (biens meubles et immeubles) par l'État belge et la ville d'Anvers en 1876.

- Ouverture, le 19 août 1877, du Musée Plantin-Moretus.

- En 1937, adjonction d'une aile nouvelle pour héberger le Cabinet des Estampes de la ville d'Anvers, filiale du Musée, avec son importante collection graphique.

- Dès 1947, s'effectuent les restaurations nécessaires après les dommages de la Grande guerre : le 2 janvier 1945, en effet, une bombe endommagea la maison de 1580, côté sud, et la façade de l'aile est.

Par bonheur, les collections, placées à temps en lieu sûr, n'ont subi aucun dommage.

Source : évaluation des Organisations consultatives