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Usines de salpêtre de Humberstone et de Santa Laura

Humberstone and Santa Laura Saltpeter Works

Humberstone and Santa Laura works contain over 200 former saltpeter works where workers from Chile, Peru and Bolivia lived in company towns and forged a distinctive communal pampinos culture. That culture is manifest in their rich language, creativity, and solidarity, and, above all, in their pioneering struggle for social justice, which had a profound impact on social history. Situated in the remote Pampas, one of the driest deserts on Earth, thousands of pampinos lived and worked in this hostile environment for over 60 years, from 1880, to process the largest deposit of saltpeter in the world, producing the fertilizer sodium nitrate that was to transform agricultural lands in North and South America, and in Europe, and produce great wealth for Chile. Because of the vulnerability of the structures and the impact of a recent earthquake, the site was also placed on the List of World Heritage in Danger to help mobilize resources for its conservation.

Usines de salpêtre de Humberstone et de Santa Laura

Les usines de Humberstone et de Santa Laura représentent plus de 200 anciens sites d’extraction du salpêtre, où des ouvriers, venus du Chili, du Pérou et de Bolivie, vécurent dans des cités minières et forgèrent une culture pampina commune. Cette culture se manifeste dans la richesse de la langue, la créativité et les liens de solidarité, et surtout dans les luttes pionnières menées par les pampinos pour la justice sociale, luttes dont l’impact fut profond sur l’histoire sociale. Installés dans la Pampa désertique et reculée, l’un des déserts les plus arides du globe, des milliers de pampinos ont vécu et travaillé, à partir de 1880 et pendant plus de soixante ans, dans un environnement hostile pour exploiter le plus grand gisement de salpêtre du monde et produire le nitrate de soude, un engrais qui allait transformer le paysage agricole de l’Amérique du Nord et du Sud, ainsi que celui de l’Europe, tout en procurant de grandes richesses au Chili.

مصانع نترات الصوديوم في همبرستون وسانتا لاورا

تمثل مصانع همبرستون وسانتا لاورا أكثر من200 موقع قديم لاستخراج نترات الصوديوم، حيث كان يعيش العمال القادمون من شيلي والبيرو وبوليفيا في مدن منجمية. وقد استحدثوا ثقافة مشتركة تبرز من خلال ثراء اللغة والإبداع وعلاقات التضامن، وبالأخص عبر أولى حركات النضال التي قادها هؤلاء في سبيل العدالة الاجتماعية والتي كان أثرها عميقاً على التاريخ الاجتماعي. استقر العمال في سهول البامبا الشاسعة والنائية، في إحدى الصحارى القاحلة، حيث عاش آلاف العمال وعملوا، بدءاً من العام 1880 وطوال أكثر من 60 عاماً، في بيئة معادية، من أجل استغلال أكبر منجم لإنتاج نترات الصوديوم في العالم، ذاك السماد الذي أحدث تغييراً جذرياً في المنظر الزراعي في أميركا الشمالية والجنوبية وفي أوروبا، وعاد بثروات كبرى على شيلي.

source: UNESCO/ERI

亨伯斯通和圣劳拉硝石采石场

亨伯斯通和圣劳拉硝石采石场遗址由200多个以前的采矿点组成,来自智利、秘鲁和玻利维亚的工人就居住在企业生活区中,形成了独特的社区文化。这种文化体现于丰富的语言、创造力和团结力上,尤其是争取社会公正的先锋精神,这对社会历史有着深远的影响。此处遗址位于地球上最干燥的沙漠之一,偏远的潘帕沙漠地区(desert Pampa)。从1880年开始,成千上万名来自智利、秘鲁和玻利维亚的矿工就在这样恶劣的环境下生活和工作了60多年,开采世界上最大的硝石矿,生产化肥硝酸钠,用于改造北美洲和南美洲以及欧洲的农田,并为智利创造了巨大财富。由于这里的建筑物容易遭到破坏,最近又受到地震影响,这里已列入了《濒危世界遗产名录》,以便募集资源,对其实施保护。

source: UNESCO/ERI

Производства селитры Хамберстон и Санта-Лаура

Предприятия Хамберстон и Санта-Лаура включают свыше 200 бывших разработок селитры, где в городках добывающей компании жили рабочие из Чили, Перу и Боливии, формируя характерную культуру проживания «пампинос». Эта культура отличалась богатым языком, духом творчества и солидарности, а более всего – своей борьбой за социальную справедливость, которая оказала глубокое воздействие на дальнейший ход исторических событий в этом регионе. Находясь в отдаленной «пампе» – одной из самых безводных пустынь на земле, тысячи «пампинос» жили и работали в неблагоприятных природных условиях более 60 лет, начиная с 1880 г., чтобы освоить крупнейшее в мире месторождение селитры. Произведенное на этой основе удобрение, которое преобразило сельскохозяйственные земли в Северной и Южной Америке и в Европе, принесло Чили огромное богатство.

source: UNESCO/ERI

Oficinas salitreras de Humberstone y Santa Laura

Las oficinas de Humberstone y Santa Laura cuentan con un total de 200 lugares de extracción del salitre, donde trabajadores llegados de Chile, Perú y Bolivia vivieron agrupados en campamentos de las compañí­as mineras. Aquí­ forjaron la cultura comunitaria especí­fica de los pampinos, caracterizada por su creatividad, la riqueza de su expresión lingüí­stica, los ví­nculos solidarios entre sus miembros y su lucha precursora por la justicia social, que dejarí­a una honda huella en la historia de los movimientos sociales. A estas y otras oficinas salitreras instaladas en el desierto de la Pampa –una de las zonas mí¡s í¡ridas del planeta y mí¡s hostiles al ser humano– acudieron miles de pampinos desde 1880 para vivir y trabajar en ellas por espacio de sesenta años, a fin de extraer del yacimiento de salitre mí¡s grande del mundo el nitrato de sodio, fertilizante que transformó la agricultura en las dos Américas y en Europa, proporcionando a Chile una riqueza considerable.

source: UNESCO/ERI

ハンバーストーンとサンタ・ラウラ硝石工場群

source: NFUAJ

Salpeterfabrieken van Humberstone en Santa Laura

De Salpeterfabrieken van Humberstone en Santa Laura omvatten meer dan 200 voormalige salpeterfabrieken waar werknemers uit Chili, Peru en Bolivia woonden in bedrijfssteden. Hierdoor ontstond een onderscheidende gemeenschappelijke pampinos cultuur, die tot uitdrukking kwam in hun rijke taal, creativiteit, solidariteit, en vooral in hun baanbrekende strijd voor sociale rechtvaardigheid, die een grote invloed op de sociale geschiedenis heeft gehad. Humberstone en Santa Laura liggen in de afgelegen Pampas, een van de droogste woestijnen op aarde. Vanaf 1880 woonden en werkten duizenden pampinos hier 60 jaar lang om het grootste salpeterdepot ter wereld te verwerken tot kaliumnitraat, de landbouwmeststof die Chili grote welvaart bracht.

Source : unesco.nl

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planta de lixiviacion © UNESCO
Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Installés dans la Pampa désertique et reculée, l’un des déserts les plus arides du globe, des milliers de travailleurs ont vécu et travaillé, à partir de la première moitié du XIXe siècle pour exploiter le plus grand gisement de salpêtre du monde et produire le nitrate de soude, une engrais qui allait transformer le paysage agricole de l’Amérique du Nord et du Sud, ainsi que celui de l’Europe, tout en procurant de grandes richesses au Chili.

Les usines d’Humberstone et de Santa Laura sont les vestiges les mieux préservés et les plus représentatifs d’un ensemble de plus de 200 usines de salpêtre autrefois en exploitation, toutes reliées entre elles par un système de chemin de fer moderne spécialement construit à cet effet. Elles constituent un témoignage exceptionnel du progrès technologique et des échanges mondiaux qui marquèrent l’ère industrielle. Dans cette région, des ouvriers venus du Chili, du Pérou et de Bolivie dans cet environnement hostile, vécurent dans les villes minières et forgèrent une culture commune, propre aux habitants de la Pampa – les Pampinos – qui se manifeste dans la richesse de leur langue, de leur créativité et de leur liens de solidarité, et surtout dans les luttes pionnières qu’ils menèrent pour la justice sociale, dont l’impact fut profond sur l’histoire sociale.

Le site du patrimoine industriel a été créé et développé à partir de 1872 et a été opérationnel jusqu’à la moitié du XXe siècle. Il est situé à 45 km du port d’Iquique, au milieu d’un paysage désertique. Le bien couvre une surface de 573, 48 ha, avec une zone tampon de 12 055 ha qui entoure les deux principaux sites distants l’un de l’autre d’environ 1 km. Ces deux sites se complètent car la zone industrielle de Santa Laura est mieux conservée, tandis qu’Humberstone possède des zones résidentielles et de services mieux préservées.

Le site de Santa Laura conserve les vestiges des installations industrielles qui ont été utilisées pour le traitement du salpêtre, notamment des installations industrielles et de l’équipement – dont seuls le bâtiment de lixiviation et la broyeuse à salpêtre sont encore intacts aujourd’hui, des installations de fabrication d’iode, des équipements pour produire de l’énergie et des bâtiments, notamment celui de l’administration, ainsi que la place principale. Le site d’Humberstone conserve les attributs liés aux lieux d’habitation : quartiers résidentiels, d’habitation, espaces publics, plan aménagé selon un quadrillage régulier, avec une place principale autour de laquelle sont groupés les bâtiments communautaires. Parmi les autres attributs intéressants, on trouve les vestiges de la ligne de chemin de fer qui reliait Santa Laura et Humberstone, les tas de graviers, les techniques de construction, les styles et matériaux architecturaux, en particulier le costrón et le béton de la Pampa, certains matériaux de construction particuliers, ainsi que la calamine et le bois d’œuvre qui venaient d’autres latitudes.

Les vestiges des usines de salpêtre sont également présents dans la zone tampon, également importante pour la conservation des caractéristiques du cadre naturel de la Pampa qui illustre les relations entre l’environnement bâti et l’adaptation au cadre naturel.

Les deux usines de salpêtre sont les vestiges restants les plus représentatifs d’une industrie qui a transformé la vie d’une grande partie de la population du Chili et a apporté de grandes richesses au pays. La production industrielle de nitrate pour les engrais a indirectement transformé les terres agricoles en Europe, et les terres nouvellement mises en culture sous d’autres latitudes et, a indirectement soutenu la révolution agricole de la fin du XIXe siècle dans de nombreuses régions du monde. Les bâtiments qui subsistent sont un témoignage de l’ordre social et des procédés techniques qui ont dominé l’industrie.

Le programme social des unions des ouvriers du salpêtre ont eu d’importants effets sur la législation du travail à travers le Chili et dans d’autres pays. La culture particulière des Pampinos, qui a évolué en même temps que l’industrie, qui exprime le langage et la mémoire de la culture du salpêtre et son influence sur le processus social, a encore des résonances pour la population locale d’aujourd’hui et constitue un autre attribut important du bien. Le lieu est encore fortement symbolique et évocateur pour les populations de la Pampa, anciens ouvriers et leurs familles, qui se rassemblent encore en ces lieux pour des réunions et des commémorations comme la Semaine du Salpêtre.

Critère (ii) : Le développement de l’industrie du salpêtre reflète l’association des connaissances, des compétences, de la technologie et de l’investissement financier d’une communauté diversifiée de personnes venant d’Amérique du Sud et d’Europe. L’industrie du salpêtre devint une énorme plateforme d’échange culturel où les idées étaient rapidement absorbées et exploitées. Les deux usines représentent ce processus.

Critère (iii) : Les mines de salpêtre et les villes minières associées sont devenues des communautés urbaines très originales ayant leur propre langue, leur organisation, leurs coutumes ainsi que leurs expressions créatives, qui ont permis de diffuser un esprit d’entreprise lié à une technique. Les deux usines de salpêtre proposées pour inscription représentent cette culture unique. 

Critère (iv) : Les mines de salpêtre au nord du Chili sont devenues le premier producteur de salpêtre naturel au monde ; elles transformèrent la Pampa et, indirectement, les terres agricoles qui bénéficièrent des engrais produits par les usines. Ces deux usines de salpêtre représentent ce processus de transformation.

Intégrité

Les attributs présents au centre même de l’ensemble des deux usines de salpêtre reflètent encore les processus essentiels de fabrication, les structures sociales et les modes de vie des villes minières construites par les compagnies. Contrairement à ce qui s’est produit dans beaucoup d’autres usines de salpêtre, Santa Laura et Humberstone n’ont pas été totalement démantelées lorsqu’elles n’ont plus été fonctionnelles. Cependant, le pillage, la démolition et l’absence de conservation et d’entretien, jusqu’au classement du site en tant que Monument national en 1970, ont compromis l’intégrité d’ensemble des deux usines.

Des efforts ont été faits par l’État partie afin de inverser les facteurs qui menaçaient l’intégrité du bien. Malgré ces travaux, des interventions restent nécessaires pour veiller à empêcher toute nouvelle érosion de l’intégrité du bien, en particulier en traitant les dommages considérables constatés sur certaines structures industrielles de Santa Laura, qui restent menacées.

L’État partie insiste sur l’analyse pluridisciplinaire de la vulnérabilité des matériaux et de l’instabilité des structures, l’évaluation de la composition des matériaux et leurs pathologies, l’effet des conditions environnementales sur ces matériaux, le sol et les actions mécaniques sur les structures. L’objectif est d’identifier les meilleures méthodes de conservation et d’entretien des usines, ainsi que de leur usage et du fonctionnement historique des machines et des bâtiments.

La zone tampon a été créée pour tenter de protéger le paysage désertique et ses relations avec l’environnement bâti, ainsi que les vestiges d’autres usines de salpêtre encore plus anciennes avec leurs camps miniers, ainsi que les lignes de chemin de fer et les routes et les sentiers piétonniers qui donnent un certain sens à la réalité du « canton du salpêtre » (l’ensemble de plusieurs usines de salpêtre étroitement liées). Toutefois, aucune zone tampon n’a été établie pour contrôler et réglementer les activités organisées dans les environs pour limiter les impacts visuels de bâtiments industriels contemporains sur le cadre du bien.

Authenticité

Les deux usines de salpêtre sont restées mieux conservées que toutes les autres usines de salpêtre de la Pampa du Nord du Chili, et ce qui reste sur le site est authentique et original. Les interventions relativement peu nombreuses, l’absence d’ajouts d’éléments architecturaux ou de matériaux de construction extérieurs ou différents de ceux utilisés à l’origine ont contribué à maintenir l’authenticité du bien.

L’authenticité du site est renforcée par ses caractéristiques et ses relations avec le paysage qui témoigne de l’occupation du territoire dans les années de production de salpêtre, et qui évoque avec force la manière dont le désert a été conquis.

La préservation de manifestations d’attributs immatériels de la période de production de salpêtre contribue aussi à l’authenticité du site. Humberstone abrite le plus important rassemblement commémoratif de l’ensemble de l’industrie : la Semaine du Salpêtre réunit chaque année des gens de toute la Pampa, des anciens ouvriers ainsi que leurs descendants.

D’importants problèmes se posent cependant pour conserver les conditions d’authenticité, étant donné la nature et la vulnérabilité des matériaux dans des conditions environnementales vraiment particulières, et pour définir les interventions à réaliser, afin qu’elles ne compromettent pas ces caractéristiques.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Le bien est classé Monument national dans la catégorie des Monuments historiques – le plus haut niveau de protection du patrimoine du pays. Il est administré par une entité privée, la Fondation du Musée du Salpêtre, organisme public responsable de la protection du patrimoine culturel chilien. Un plan de gestion a été établi pour 2004-2009 et doit être maintenant actualisé. Il faudra en outre assurer et fournir à la Fondation les ressources humaines et financières nécessaires pour renforcer la mise en œuvre de ce plan.

La définition officielle d’une zone tampon et l’établissement et l’application de mesures réglementaires sont également des actions essentielles à prévoir pour protéger le paysage désertique sur le plan géographique, mais aussi dans ses relations avec les vestiges de l’exploration minière et le transport du salpêtre en général.

Pour assurer le maintien de la valeur universelle exceptionnelle, de l’authenticité et de l’intégrité du bien, il convient d’appliquer le Plan d’interventions prioritaires, qui comprend une consolidation des structures et le sauvetage des bâtiments menacés. Il faut assurer la conservation matérielle en tenant compte des effets de la camanchaca – brume dense et fréquente venant de l’océan Pacifique – et de sa forte salinité, capable de détériorer sérieusement les métaux, le bois d’œuvre et même les matériaux pierreux. Il est nécessaire de réfléchir de manière cohérente au concept même d’authenticité, en ouvrant la voie au remplacement des pièces et parties irrémédiablement détériorées, en définissant un critère de changement associé à cette dégradation, afin de préserver au fil du temps les parties qui étaient endommagées. Cela doit être fait en plus de la protection des matériaux par des traitements contre la corrosion.

Un impératif essentiel pour la protection, la conservation et la gestion du site est une connaissance approfondie des techniques, systèmes de construction et modes de vie, techniques d’exploration et conditions économiques de l’époque concernée. L’importance de la technique même de cette exploitation est particulièrement originale et les complexités de la vie associée au salpêtre posent un problème difficile pour donner une bonne interprétation d’ensemble. Il est également fondamental de protéger, conserver et gérer les éléments artistiques qui font partie de l’histoire du site – de sa période de fonctionnement à son abandon – comme par exemple les « dessins graphiques » sur les murs et les biens meubles.

Description longue

Le développement de l'industrie du salpêtre reflète la combinaison des connaissances, de la technologie et des investissements financiers d'une communauté diversifiée dont les membres étaient venus du sud de l'Amérique ou d'Europe. L'industrie du salpêtre devint un important creuset culturel, dans lequel les idées étaient rapidement absorbées et exploitées. Ces deux usines témoignent de ce processus, ainsi que de la culture qui les a produites. Les mines de salpêtre, avec les villes qui leur sont associées, se sont développées en une communauté urbaine tout à fait spécifique, avec son propre langage, son organisation, ses traditions et l'expression de sa créativité, et témoignent aussi d'une forte capacité d'initiative technique. Le nord du Chili, dans son ensemble, devint bientôt la première zone de production du salpêtre naturel au monde, en transformant ainsi la Pampa et, indirectement, les zones agricoles qui bénéficièrent des engrais produits par cette industrie.

Ces deux usines de salpêtre abandonnées se trouvent dans la Pampa Tamarugal, à 1,5 km l'une de l'autre, séparées par la route A16. Les dépôts de salpêtre (nitrate de sodium) se trouvent dans un altiplano aride et désert, à l'extrémité nord du Chili, dans les régions de Tarapacá et d'Antofagasta - la Pampa, qui est l'un des déserts les plus secs au monde, pratiquement sans aucune précipitation annuelle, et avec de grandes différences de température entre le jour et la nuit. Poreuse, la Pampa filtre l'eau qui descend des montagnes des Andes. Près de la côte, l'eau forme de petits lacs à l'intérieur des dépressions d'une roche imperméable, semblable à du granite, créant ainsi des « pains de sel » après l'évaporation de l'eau, et des veines de salpêtre dans les fissures entre roches tendres et roches dures.

L'exploitation du salpêtre commença au pied de l'extrémité orientale de la chaîne côtière, d'abord pour fabriquer des explosifs puis, de manière plus rentable, pour produire des engrais exportés dans le monde entier. Défiant les rigueurs du climat, deux cents usines extrayant et travaillant le salpêtre, avec leurs villes où logeaient les mineurs, et les voies ferrées qui transportaient la poudre sur la côte, furent créées au cours d'une période d'activité intense qui dura environ cinquante ans, à partir de 1880. L'étendue considérable des gisements, la grande qualité et l'épaisseur des veines de salpêtre firent de la Pampa le premier producteur au monde de nitrate naturel. Au cours des années vingt du XXe  siècle, la concurrence des nitrates synthétiques produits en Europe entraîna la fermeture de nombreuses usines et, depuis 1933, la plus grande partie de cette activité a peu à peu cessé. Les usines de salpêtre de Humberstone et de Santa Laura sont deux de celles qui ont réussi à survivre partiellement au démantèlement consécutif au déclin de l'industrie du nitrate. Aucune des constructions n'est plus utilisée actuellement, à l'exception de quelques salles de bains qui ont été restaurées à l'usage des touristes, et d'un édifice d'accueil.

Ensemble, elles témoignent du système social et technique qui a apporté richesse et prospérité à quelques-uns, et une vie en commun difficile pour les autres. Les Pampinos , ceux qui vivent dans la Pampa, sont aujourd'hui considérés comme les pionniers du combat social pour de meilleures conditions de travail. Leur culture bien spécifique a été célébrée dans des livres et dans des films.

Source : UNESCO/CLT/WHC
Description historique

Depuis l'époque préhispanique, les peuples indigènes de la région, les Atacameños et les Incas, utilisaient le nitrate comme engrais : ils extrayaient le salpêtre, le broyaient et le répandaient dans leurs champs.

Les premiers Européens utilisèrent le salpêtre pour fabriquer des explosifs. Le minerai était extrait puis envoyé à Lima à dos de mule pour être transformé en poudre. L'augmentation de la demande d'explosifs à la fin du XVIIIe siècle conduisit à l'exploration de nouveaux gisements dans le nord du Chili et à la découverte des filons de Tarapacá. À peu près à la même époque, un scientifique allemand, Thadeus Haencke, découvrit le moyen de fabriquer le nitrate de potassium. Les premières usines de salpêtre apparurent en 1810. Il s'agissait de petites entreprises individuelles qui extrayaient et broyaient manuellement le minerai, le faisait bouillir dans des cuves et laissaient le produit sécher au soleil. Les premières livraisons parvinrent en Grande-Bretagne dans les années 1820 et aux États-Unis et en France dans les années 1830, toutes destinées à la fabrication d'explosifs. Les propriétés fertilisantes du salpêtre furent découvertes en Europe dans les années 1830 et la demande commença à monter en flèche quand la production de s'étendit au terres jusque-là inexploitées des États-Unis, d'Argentine et de Russie. L'engrais commença à être utilisé pour le café au Brésil, le sucre à Cuba et en République dominicaine. Le Chili devint le premier producteur mondial de nitrate naturel. Un nouveau procédé, mis au point en 1853 par le chilien Pedro Gamboni pour dissoudre le salpêtre, fut à l'origine du changement d'échelle et d'envergure des usines. Cela encouragea les propriétaires à installer des équipements fixes tels que chaudières, cuves, etc., et à agrandir les quartiers ouvriers. L'amélioration des transports fut un deuxième facteur de développement : avant l'arrivée du chemin de fer dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le transport à dos de mules jusqu'à la côte limitait la production. Le chemin de fer se développa rapidement, financé par des investissements privés ; en 1905, il y avait 1 787 km de voies et en 1913, 5 000 km.

En 1879, la Guerre du Salpêtre menée par le Chili contre la Bolivie alliée au Pérou, entraîna la domination du Chili sur cette industrie. L'investissement européen fut alors encouragé et l'économie du Chili connut une forte croissance. En 1890, le salpêtre comptait pour 50 % du produit intérieur du pays. En 1913, il représentait 80 % des exportations.

La Première Guerre mondiale eu de terribles conséquences sur la production de salpêtre. Les routes maritimes devinrent dangereuses et l'Allemagne, un des plus gros importateurs, commença à développer sa propre production de salpêtre à base d'ammoniac. Toutefois, alors que les investisseurs européens se retiraient, la participation chilienne augmenta. Mais la demande continua de diminuer, et malgré la restructuration de la Société chilienne du salpêtre, la COSACH, partagée entre l'État et les investisseurs privés, et un nouveau système de production, qui permettait l'exploitation d'un minerai de moindre qualité, le marché ne s'améliora pas et la COSACH fut liquidée. Dans les années 1930, 10 % seulement du nitrate produit dans le monde venait du Chili, et dans les années 1950, il ne représentait plus que 3 %. La COSATAN, successeur de la COSACH, qui détenait le monopole du salpêtre, survécut jusqu'en 1961.

En 1862, la Société péruvienne du nitrate créa l'usine de salpêtre de Humberstone, qui s'appelait à l'origine La Palma. Jusqu'en 1889, ce fut une des plus grandes mines de salpêtre dans la région de Tarapacá, comptant 3 000 habitants. Avec la crise économique qui affecta la production de nitrate de soude, La Palma fut fermée et ne rouvrit qu'en 1933, appartenant à la COSACH, et sous le nom qu'on lui connaît aujourd'hui, en hommage à l'ingénieur chimiste Humberstone. Entre 1933 et 1940, l'exploitation s'étendit, de nouveaux bâtiments furent construits autour de la place du marché et la population atteignit 3 700 habitants.

L'usine de salpêtre de Santa Laura, construite dix ans après Humberstone, en 1872, par l'entreprise « Barra y Risco », était plus petite et ne comptait que 450 familles en 1920. Après avoir subi des crises successives, elle fut rachetée par la COSATAN.

En 1959, la COSATAN fut liquidée et les deux usines de salpêtre finirent par fermer. Elles furent vendues aux enchères en 1961. Elles furent rachetées par la même personne pour être démantelées. Afin d'éviter leur destruction, les deux biens furent déclarés monuments nationaux en 1970. Cela n'a pas évité leur détérioration catastrophique, le pillage, le vandalisme et quelques démantèlements.

Après la faillite du propriétaire, les biens furent repris en 1995 par le ministère des Biens nationaux qui les a confiés, pour une période de trente ans, à la fondation du musée du salpêtre, une organisation à but non lucratif qui en a repris la gestion.

Source : évaluation des Organisations consultatives