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Ecosystème et paysage culturel relique de Lopé-Okanda

Brève description

Le bien présente une interface inhabituelle entre une forêt tropicale ombrophile dense bien conservée et un milieu de savane relique abritant un large éventail d’habitats et d’espèces, parmi lesquelles de grands mammifères en voie de disparition. Il illustre des processus écologiques et biologiques d’adaptation des espèces et des habitats aux changements climatiques postglaciaires. Cet ensemble regroupant des sites datant du néolithique et de l’âge du fer et incluant des vestiges d’œuvres d’art rupestre est le reflet d’un axe migratoire majeur emprunté par les Bantous et par d’autres peuples originaires d’Afrique de l’Ouest qui longeaient la vallée de l’Ogooué pour se rendre vers le nord des forêts sempervirentes denses du Congo et vers le centre, l’est et le sud du continent africain. Ces flux migratoires ont façonné le développement de toute l’Afrique subsaharienne.

Ecosystème et paysage culturel relique de Lopé-Okanda. Fleuve Ogooue. © UNESCO Plus d'images ...

Valeur universelle exceptionnelle

L'Écosystème et paysage culturel relique de Lopé-Okanda représente une interface inhabituelle entre une forêt tropicale humide dense et bien conservée et des milieux de savane reliques. Les espèces menacées de grand mammifères trouvent davantage un dernier refuge à Lopé-Okanda que dans toute autre zone comparable de forêts pluviales de la Province biogéographique des forêts ombrophiles du Congo. Le bien préserve aussi des archives de l'évolution biologique - depuis 15 000 ans -  de la zone de transition forêts pluviales-savane qui subsiste encore.

 Le Parc national de Lopé-Okanda présente un témoignage remarquable de peuplement sur plus de 400 000 ans - depuis le Paléolithique, le Néolithique et l'Âge du Fer, jusqu'aux populations bantoues et pygmées actuelles. Le Parc national comprend la vallée du fleuve Ogooué, l'un des principaux itinéraires migratoires de  diffusion des populations et des langues - dont le bantou - vers l'Afrique centrale et australe, au Néolithique et à l'Âge de Fer, comme en témoigne le nombre extraordinaire d'importants sites de peuplement et un imposant ensemble de pétroglyphes rupestres.

Le Parc national de Lopé-Okanda abrite les plus anciens témoignages de l'extension de la culture tshitolienne vers l'Atlantique et il a révélé des traces de domestication de plantes et d'animaux et d'utilisation des ressources forestières.

Critère (iii) : Les riches ensembles archéologiques de la partie médiane de la vallée du fleuve Ogooué témoignent de 400 000 années d'une histoire quasiment ininterrompue. Les sites archéologiques témoignent de la plus ancienne date d'extension de la culture tshitolienne vers l'Atlantique, et attestent de manière détaillée d'une utilisation très ancienne de produits de la forêt, de pratiques culturales et de domestication d'animaux.

Critère (iv) : L'ensemble de sites du Néolithique et de l'Âge du Fer, ainsi que les vestiges d'art rupestre semblent attester d'un important itinéraire migratoire de  populations bantoues et autres le long de la vallée du fleuve Ogooué vers le nord des forêts denses persistantes du Congo, d'Afrique de l'Ouest en direction du centre de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe. Cette migration a forgé l'évolution de l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. Les sites secondaires de l'Âge du Fer découverts en forêt témoignent de l'évolution de communautés forestières et de leurs relations avec les populations actuelles.

Critère (ix) : Le bien proposé présente une interface inhabituelle entre des milieux de savane et de forêt, ainsi qu'un témoignage très important de processus d'évolution sous forme d'adaptation des espèces et des habitats à des changements climatiques post-glaciaires. La diversité des espèces et des habitats que l'on y trouve est le résultat de processus naturels ainsi que de l'interaction à long terme entre l'homme  et la nature.

Critère (x) : La diversité des habitats et les relations complexes entre les écosystèmes de forêt et de savane ont donné une diversité biologique élevée, en particulier floristique, qui fait du bien l'une des zones les plus exceptionnelles du point de vue de la diversité et de la complexité de la flore dans la Province biogéographique des forêts ombrophiles du Congo. Plus de 1 550 espèces de plantes ont été décrites, parmi lesquelles 40 n'avaient jamais encore été recensées au Gabon et l'on pense que, lorsque les recensements et les travaux de recherche sur la flore seront terminés, le nombre de plantes pourrait atteindre 3 000.

Le bien est de taille suffisante pour maintenir la viabilité écologique à long terme des habitats et des écosystèmes. La conservation et la gestion du bien sont guidées par un plan d'aménagement couvrant la période 2006-2011 qui bénéficie de la coopération internationale et en particulier de l'appui de plusieurs ONG nationales et internationales. La conservation et la gestion du bien bénéficient en outre de plusieurs initiatives de coopération transfrontalière. Les problèmes de gestion clés sont, notamment, la nécessité de résoudre les conflits entre des intérêts concurrents, de sensibiliser la population locale à l'importance de la conservation de ce bien et de la faire participer à sa gestion. Il faut, en priorité, contrôler et réglementer le braconnage commercial et appliquer intégralement les règlements qui interdisent l'exploitation commerciale du bois dans le bien. Il faudra aussi obtenir des ressources financières, logistiques et humaines supplémentaires pour garantir une gestion efficace du bien et de sa zone tampon.

L'authenticité des sites archéologiques et du site d'art rupestre est intacte. Il conviendrait de consolider les sites fouillés pour veiller à empêcher leur érosion par des processus naturels ou humains.

L'intégrité des sites culturels réside essentiellement dans leurs relations mutuelles le long du couloir de la vallée de l'Ogooué, qui a facilité les vagues migratoires, et dans des sites archéologiques plus tardifs et secondaires répartis dans des vallées fluviales de moindre importance dans la forêt. Il serait souhaitable de pouvoir inclure ultérieurement cette partie de la vallée fluviale entre le coin nord-ouest du Parc national et l'ensemble historique vers le nord-ouest, de manière à pouvoir protéger l'intégrité de l'ensemble du couloir fluvial.

Les mesures juridiques de protection conviennent pour protéger les éléments culturels du paysage. En l'absence de mission sur les principaux sites archéologiques de la vallée du fleuve Ogooué, il n'est pas possible d'enregistrer en détail l'état de conservation du bien culturel. Actuellement, aucune mesure active de conservation n'est entreprise sur les sites archéologiques. Malgré l'isolement de nombre de ces sites - et cet isolement contribuera à assurer une bonne protection - il semblerait qu'il faille effectuer des travaux de consolidation et de redressement au cours du temps. Il faudrait, en toute première priorité, affecter sur le site une ou deux personnes correctement formées en matière de sites archéologiques et de paysages culturels.

Description historique

Le début de l'histoire du site a été amplement évoqué précédemment.

Les fouilles archéologiques de la zone ont commencé en 1987 et se poursuivent aujourd'hui.

Dans la ceinture de savane, qui a attiré des populations en grand nombre sur plusieurs millénaires, des gens vivent encore aujourd'hui. Les langues parlées dans la zone sont organisées en plusieurs groupes, parmi lesquels : Okandais, Simba et Pouvi, Makina, Akélé, Mbahouin, Saké et Massango.

Aux XIXe et XXe siècles, avec l'arrivée du régime colonial, les peuplements, alors formés de petits hameaux pour chaque famille, ont été regroupés en villages et villes plus grands. En 1967, la Route nationale 3 fut construite le long de la vallée pour faciliter l'exploitation des forêts. Les principaux villages se trouvent aujourd'hui le long de cette route.

En 1976, un chemin de fer a été construit par un consortium, Eurotrag, entre Libreville, sur la côte, et Franceville, dans la forêt. Ce chemin de fer devait faciliter l'exploitation du manganèse et du bois. Cela conduisit à la création de nouveaux villages autour des gares d'Ayem et de Lopé.

Aujourd'hui, environ 2 000 personnes vivent à l'intérieur des limites de la zone proposée pour inscription, dans six petits villages. Trois le long de la vallée de l'Ogooué : Boléko (Lopé), Kongoboumba et Kazamabika, et trois dans le sud, le long de l'Offoué : Makoghé, Badondé et Mikongo, auxquels on ajoutera les deux villages de Ramba et de Massenguelani, où vivent des populations bantoues et pygmées. Les six principaux villages sont désignés comme zones de développement, pour encourager l'essor des marchés de produits locaux et de l'écotourisme.

Dans la zone tampon se trouve Aschouka. Un campement touristique a été installé à Lopé, la station de Boleko.

Lopé-Okanda a été classé comme réserve en 1946, et, en 2002, est devenu parc national.

Source : évaluation des Organisations consultatives