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Sites sacrés et chemins de pèlerinage dans les monts Kii

Brève description

Nichés au cœur de forêts denses, dans les monts Kii qui surplombent l’océan Pacifique, trois sites sacrés, Yoshino et Omine, Kumano Sanzan et Koyasan, reliés par des chemins de pèlerinage aux anciennes capitales de Nara et Kyoto, reflètent la fusion entre le shinto, enraciné dans l’antique tradition japonaise du culte de la nature, et le bouddhisme venu depuis la Chine et la péninsule coréenne s’implanter au Japon. Les sites (495,3 ha) et la forêt qui les entoure reflètent une tradition pérenne et extraordinairement bien documentée de sanctification des montagnes, vivante depuis 1 200 ans. L’endroit, qui abonde en torrents, rivières et chutes d’eau, fait toujours partie de la culture vivante du Japon et accueille jusqu’à 15 millions de visiteurs par an, pèlerins ou randonneurs. Chacun des trois sites renferme des sanctuaires, dont certains remontent au IXe siècle.

© UNESCO

Justification d'inscription

Critère (ii) : Les monuments et les sites qui composent le paysage culturel des monts Kii forment une fusion unique entre le shintoïsme et le bouddhisme qui illustre l’échange et le développement des cultures religieuses en Asie orientale.

Critère (iii) : Les sanctuaires shintoïstes et les temples bouddhistes des monts Kii, et leurs rituels associés sont le témoignage exceptionnel du développement d’une culture religieuse japonaise sur plus de mille ans.

Critère (iv) : Les monts Kii sont devenus le lieu de la création de formes uniques de sanctuaires et de temples qui ont eu une influence profonde sur la construction des temples et des sanctuaires ailleurs au Japon.

Critère (vi) : Ensemble, les sites et le paysage de forêt des monts Kii reflètent une tradition continue et très bien documentée liée aux montagnes sacrées sur les 1200 dernières années.

Description longue

Les sanctuaires shinto et les temples bouddhiques qui forment le paysage culturel des monts Kii représentent une fusion unique entre le shintoïsme et le bouddhisme, qui illustre les échanges culturels et le développement des cultures religieuses de l'Asie orientale. Ils ont été le lieu de création de types bien spécifiques de sanctuaires et de temples, qui ont exercé une influence considérable sur l'architecture sacrée du Japon.

Le complexe est formé par trois sites sacrés des monts Kii, une péninsule qui s'avance dans l'océan Pacifique, et par un réseau complexe de sentiers et d'allées qui relient les différents sites entre eux et aux anciennes capitales de Nara et de Kyoto au nord, florissantes du VIe  siècle à 1868. Les montagnes abruptes et déchirées de la péninsule de Kii, qui culminent entre 1 000 et 2 000 m, sont très boisées. La beauté naturelle de cette zone, et son environnement de montagne rude mais plein de sérénité, ont probablement été révérés dès l'époque préhistorique. Les trois sites mentionnés sont devenus de grands lieux sacrés dès les XIe et XIIe  siècles, et attirèrent un grand nombre de fidèles. La zone fait encore partie de la culture actuelle du Japon, et ses sites sont très visités, à des fins rituelles ou pour la randonnée. Les routes de pèlerinage ne sont plus toutes continues, dans la mesure où différents tronçons en ont été retranchés par l'urbanisation moderne. Les forêts montagneuses soulignent la signification de tout le site, parce que c'est la beauté et la grandeur des montagnes, et leur contraste avec la rive de l'océan, au sud, qui y ont attiré l'homme depuis plus de deux mille ans.

Chacun de ces trois complexes renferme à la fois des édifices (temples, sanctuaires, stupas) et des objets d'art (sculptures), révérés au même titre que les éléments naturels comme les arbres, les chutes d'eau ou les rochers. Les édifices sont presque entièrement construits en bois, avec des poteaux et des piliers, comme dans les maisons japonaises. Beaucoup d'entre eux ont été reconstruits à différentes reprises.

L'Yoshino et l'Omine se trouvent dans la partie la plus septentrionale du site, près de Nara. Yoshino, ou partie nord du site, était considéré au milieu du Xe  siècle comme la plus importante montagne sacrée du Japon, et sa réputation a atteint la Chine. Elle faisait l'objet d'un culte shinto à la montagne aux VIIe et VIIIe  siècles et devint, plus tard dans le VIIIe  siècle, l'un des principaux lieux sacrés de la secte Shugen du bouddhisme ascétique. Omine, au sud, était également associé à la secte Shugen, et notamment avec les pratiques ascétiques liées à son âpre environnement montagneux. Le site consiste en groupes d'édifices construits dans ce qui est considéré comme un style architectural unique, conçu comme une matérialisation de la fusion religieuse entre shintoïsme et bouddhisme.

Kumano Sanzan . Les édifices de ce complexe, situé à l'extrémité sud, sont considérés comme sans rivaux dans l'architecture en bois. Le site comporte trois sanctuaires et deux temples reliés les uns aux autres par une route de pèlerinage. Ils se rattachent aux sectes Shinto et Shugen du shinto-bouddhisme, et étaient étroitement associés à la recherche de la « terre de Pureté » bouddhique dans la mer du Sud.

Koyasan . Ce site, au sud de Nara, est en partie un bassin « alpin » situé à une altitude de 800 m, et en partie un site de piémont. Il est très fréquenté lors des festivals annuels ou pour les rites consacrés à la divinité du pays, ainsi que pour ceux de la secte bouddhique Shingon.

Routes de pèlerinage. Lorsque les sites sacrés commencèrent à être fréquentés, aux XIe et XIIe  siècles, une série de routes de pèlerinage se développa pour relier les sites à Kyoto et à d'autres villes du Japon ; certaines d'entre elles reprennent des itinéraires plus anciens. Les routes de montagne étaient volontairement tracées pour être difficiles à parcourir, le voyage étant moins un moyen d'atteindre une fin qu'une partie de l'expérience religieuse. La plupart des routes ne sont pas larges de plus de un mètre, et sont en terre ; des escaliers ou des dallages de pierre ont été construits en certains points, comme un tronçon de 34 km de pavement de pierre qui traverse la forêt, sur la route de Kumano Sankeimichi, entre Kumano Sanzen et Ise Jungu.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Du IIIe au IIe siècle avant J.-C., lorsque la culture du riz fut introduite au Japon et que les peuplements commencèrent à se développer dans les basses terres, la religion shintoïste, où les grands éléments de la nature comme les montagnes, les forêts, les rochers et les arbres étaient révérés à l'égal de dieux, fut adoptée - peut-être comme lien avec d'anciens sites d'habitation dans les collines. On croyait que les dieux de la montagne contrôlaient l'eau, essentielle à la culture du riz dans les plaines, et le minerai d'or, nécessaire au développement des villes. On croyait également que le dieu qui invita le premier empereur à construire Nara, première capitale, résidait dans les montagnes. La religion shintoïste devint ainsi influente non seulement dans les zones rurales, mais aussi dans les villes, au fur et à mesure de leur formation.

L'introduction du bouddhisme au milieu du VIe siècle coïncida avec le développement par le gouvernement d'un système centralisé de lois, d'après l'exemple de la Chine et de la péninsule coréenne. Le gouvernement adopta le bouddhisme comme religion garante de la stabilité de la nation et, au milieu du VIIIe siècle, des temples furent construits dans chaque province du Japon. Parallèlement, le concept de la Terre de Pureté associée aux monts Kii commença à gagner du terrain et les gens commencèrent des apprentissages dans les montagnes.

Au VIIIe siècle, la capitale fut transférée à Kyoto et au siècle suivant, la secte bouddhiste ésotérique Mikkyo fut importée au Japon depuis la Chine, ce qui souligna la croyance selon laquelle les montagnes sont des lieux de formation pour atteindre l'éveil. De là naquit la secte locale Shingon et beaucoup de nouveaux temples furent construits dans les monts Kii. L'essor de Mikkyo/Shingon coïncida avec l'ascension au pouvoir des aristocrates dont l'autorité reposait sur la possession des terres. Ils embrassèrent la nouvelle secte, tout comme l'empereur qui accueillit divers rites religieux dans ce qui allait devenir les monts sacrés Kii. La nouvelle secte présentait également des interactions avec le shinto, une fusion existant depuis le VIIIe siècle et, de cette interaction, la religion shinto-bouddhiste purement japonaise émergea, force puissante jusqu'au XIXe siècle.

L'essor du nombre de pèlerins visitant les sites des monts Kii semble avoir coïncidé avec l'essor de l'agitation sociale autour de la capitale du IXe au Xe siècle. C'est à cette époque que beaucoup des chemins de pèlerinage furent tracés.

Durant les deux siècles qui suivirent, le XIe et le XIIe siècle, l'expansion japonaise distincte de pratiques bouddhistes, et les édifices associés à ces croyances, furent renforcés par la décision du gouvernement de mettre un terme à l'envoi de délégations en Chine. La consécration des trois grands sites des monts Kii était en cours, obtenant un soutien considérable auprès du peuple qui cherchait à s'échapper de conditions sociales en pleine dégradation, caractérisées par des conflits entre samouraïs. La famille impériale, les aristocrates et les samouraïs devinrent tous les bienfaiteurs de nouveaux temples et de nouvelles terres pour les soutenir, comme un moyen de leur garantir une vie meilleure après la mort, et un empereur retiré fit un premier pèlerinage à Koyasan et à Kumano Sanzan à la fin du XIe siècle - encourageant d'autres à le suivre toujours plus nombreux. Cela marqua l'apparition d'hospices, l'amélioration des sanctuaires et des temples, la construction de sanctuaires Oji le long des chemins principaux, et le financement par la famille impériale et des aristocrates de la gestion des sites.

Les sites des monts Kii ont donc été établis à la fin du XIIe siècle comme les principaux sites de montagnes sacrées du Japon, et leur statut perdure à ce jour.

À la fin du XIIe siècle, le gouvernement fut transféré à Kamkura - bien que la famille régnante demeura à Kyoto. Du XIVe au XVIe siècle, le conflit entre factions impériales, la puissance des samouraïs et les batailles entre seigneurs féodaux entraînèrent un affaiblissement de l'autorité impériale et centralisée mais, parallèlement, l'essor d'une économie monétaire et l'amélioration des méthodes de production firent apparaître une nouvelle classe aisée, les pèlerinages s'étendant alors à tous ceux qui pouvaient s'offrir le voyage.

Du XVIIe siècle à 1868, un puissant gouvernement féodal fut établi à Edo (qui devint plus tard Tokyo), et une grande partie de la terre associée aux temples fut absorbée par le gouvernement. Toutefois, le gouvernement et les gens du peuple continuèrent d'apporter leur soutien aux temples. Dans le même temps, l'amélioration des routes rendant le voyage plus facile, le nombre de pèlerins augmenta, de même que celui des simples touristes.

En 1868, l'empereur reprit le contrôle au gouvernement féodal et la capitale impériale fut transférée à Tokyo. Le nouveau gouvernement introduisit des mesures de contrôle des religions au Japon, et publia le décret de séparation du shinto et du bouddhisme en 1868, interdisant les activités liées au syncrétisme shinto-bouddhiste, et les statues du Bouddha furent enlevées des sanctuaires. Cependant, du fait du grand soutien apporté par la société dans son ensemble aux montagnes Kii et à leurs sanctuaires, beaucoup survécurent. Tant de biens sortirent du Japon en conséquence de cette loi qu'en 1897 le gouvernement promulgua la loi de préservation des anciens temples et sanctuaires, la renforçant en 1929, et l'étendant en 1919 aux sites naturels.

Après la Seconde Guerre mondiale, avec la revitalisation de l'économie, les visiteurs revinrent aux monts Kii, les visitant en grand nombre.

Source : évaluation des Organisations consultatives