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Quebrada de Humahuaca

Quebrada de Humahuaca

Quebrada de Humahuaca follows the line of a major cultural route, the Camino Inca, along the spectacular valley of the Rio Grande, from its source in the cold high desert plateau of the High Andean lands to its confluence with the Rio Leone some 150 km to the south. The valley shows substantial evidence of its use as a major trade route over the past 10,000 years. It features visible traces of prehistoric hunter-gatherer communities, of the Inca Empire (15th to 16th centuries) and of the fight for independence in the 19th and 20th centuries.

Quebrada de Humahuaca

Quebrada de Humahuaca suit un itinéraire culturel important, le Camino Inca, le long de la spectaculaire vallée du Rio Grande, depuis sa source dans les hauts plateaux désertiques et froids des Hautes Andes à sa confluence avec le Rio Leone, quelque 150 kilomètres plus au sud. La vallée offre des indices importants de son utilisation comme grande voie commerciale depuis 10 000 ans, et notamment des traces de chasseurs-cueilleurs préhistoriques, de l’Empire inca (XVe-XVIe siècle) et des combats pour l’indépendance (XIXe-XXe siècle).

كيبرادا دي هوماهواكا

تتبع كيبرادا دي هوماهواكا طريقاً ثقافياً مهماً واسمه "كامينو إنكا" (طريق الإنكا) على طول وادي وادي ريو غراندي الخلاب، منذ مصدره في السفوح العليا الصحراوية والباردة في الأند العليا حتى انضمامه إلى ريو ليوني على مسافة 150 كيلومتراً جنوباً. يعرض الوادي مؤشرات مهمة لاستعمال هذا الطريق كطريق تجارية كبرى منذ 10000 سنة، لا سيما آثار الصيادين- القطّافين التي تعود إلى فترة ما قبل التاريخ، وإلى إمبراطورية الإنكا (القرنان الخامس عشر والسادس عشر) ومعارك الاستقلال (القرنان التاسع عشر والعشرين).

source: UNESCO/ERI

塔夫拉达•德乌玛瓦卡

塔夫拉达•德乌玛瓦卡遗产地沿一条主要的文化路线——卡米诺印加分布。其源头起自安蒂恩高原(the High Andean lands)上寒冷的荒原,沿格兰德河谷 (the Rio Grande) 延伸,直到南部150公里与莱昂河(the Rio Leone) 汇合处。山谷里的遗迹向世人展示了过去一万年间,它被作为主要的商业通道的历史。有多出明显的遗迹表明,这里曾先后是史前的狩猎军体聚集地,还是印加帝国时代(公元15-16世纪)和19至20世纪人们为独立而斗争的战场。

source: UNESCO/ERI

Древний путь Кебрада-де-Умауака

Кебрада-де-Умауака следует линии важного культурно-исторического пути, который назывался «Дорога Инки» (Camino Inca) и был проложен вдоль живописной долины Рио-Гранде, от ее истока на холодном пустынном плато Андского высокогорья до слияния с Рио-Леоне в 150 км к югу. В долине сохранились свидетельства ее использования в качестве главного торгового пути в течение последних 10 тыс. лет - следы доисторических сообществ охотников-собирателей, империи инков (XV-XVI вв.) и периода борьбы за независимость в XIХ-XХ вв.

source: UNESCO/ERI

Quebrada de Humahuaca

Este sitio se extiende a lo largo de un importante itinerario cultural, el Camino del Inca, que sigue el curso del Río Grande y su espectacular valle, desde su nacimiento en el altiplano desértico y frío de los Altos Andes hasta su confluencia con el Río Leone, unos 150 kilómetros más al sur. En el valle hay huellas importantes de su utilización como vía comercial importante desde 10.000 años atrás, así como de las actividades de grupos de cazadores-recolectores prehistóricos. También hay vestigios del imperio inca (siglos XV y XVI) y de los combates de los republicanos por la independencia de Argentina (siglos XIX y XX).

source: UNESCO/ERI

ケブラーダ・デ・ウマワーカ 

source: NFUAJ

Quebrada de Humahuaca vallei

De Quebrada de Humahuaca vallei maakt deel uit van een belangrijke culturele route – de Camino Inca – langs de Rio Grande. De rivier die van de bron op het koude woestijnplateau van de Hoge Andes voert tot aan de plek waar zij 150 kilometer zuidelijker samenvloeit met de Rio Leone. De Quebrada de Humahuaca-vallei laat duidelijk zien dat zij de afgelopen 10.000 jaar gebruikt is als een belangrijke handelsroute. Zo zijn er zichtbare sporen van prehistorische jager-verzamelaargemeenschappen, van het Incarijk – 15e tot de 16e eeuw –, evenals van de strijd voor onafhankelijkheid in de 19e en 20e eeuw.

Source : unesco.nl

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Quebrada de Humahuaca © Philipp Schinz
Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

La Quebrada de Humahuaca, située dans la province de Jujuy, est une longue et étroite vallée de montagne aride, flanquée par le haut plateau de la Puna et bordée à l’Est d’espaces boisés. Elle est située dans la partie nord-ouest de la République d’Argentine et suit un itinéraire culturel important, le Camino Inca, le long de la spectaculaire vallée du Rio Grande, depuis sa source dans les hauts plateaux désertiques et froids des Hautes Andes à sa confluence avec le Rio Leone, quelque 150 kilomètres plus au sud, en formant un superbe corridor naturel où coule le Rio Grande de Jujuy.

C’est un exemple hautement représentatif de vallée du Sud des Andes, possédant un réseau exceptionnel de voies de communication et une coordination économique, sociale et culturelle. Il constitue le plus important lien matériel entre les hautes terres des Andes et les vastes plaines tempérées du Sud-Est de l’Amérique du Sud. Son magnifique environnement naturel est resté quasiment intact, avec des centaines de sites archéologiques et architecturaux qui témoignent de sa longue et riche histoire. La vallée montre encore à l’évidence d’importants indices de son utilisation comme grande voie commerciale depuis 10 000 ans : elle est parsemée d’importants vestiges des peuplements successifs qui ont créé et utilisé ces voies linéaires. Parmi eux, des communautés de chasseurs-cueilleurs préhistoriques et les premières communautés d’agriculteurs (de 9000 av. J.-C. à 400 apr. J.-C.), de grandes sociétés agraires bien structurées (400-900 apr. J.-C.), de florissants villages et villes préhispaniques (entre 900 et 1430-1480), l’Empire inca (entre 1430-1480 et 1535), des villes, villages et églises espagnols (entre1535-1593 et 1810), ainsi que des traces des luttes républicaines pour l'indépendance (de 1810 au XXe siècle). On remarque tout particulièrement d’importants vestiges de champs aménagés sur des terrasses de pierre à Coctaca, qui remonteraient à 1500 ans environ, et qui sont encore utilisés aujourd'hui ; ils sont associés à un réseau de villes fortifiées connues sous le nom de pucaras. Le système de champs et les pucaras marquent fortement le paysage, tout à fait unique en Amérique du Sud. La vallée conserve aussi plusieurs églises et chapelles, et témoigne d'une remarquable tradition d'architecture vernaculaire.

La population actuelle, pour sa part, conserve ses traditions dans un paysage culturel exceptionnel. Ainsi, la Quebrada de Humahuaca constitue un système patrimonial extrêmement complexe, caractérisé par des éléments très divers insérés dans un paysage étonnant, imposant et coloré. L’interaction entre le système géo-écologique et les sociétés et cultures successives qui l’ont occupé depuis 10 000 ans montre une continuité espace-temps rare en d’autres lieux. Séparés de l’ensemble, seuls quelques biens peuvent être considérés comme uniques et exceptionnels. La combinaison d’éléments naturels et culturels a cependant créé ici un site incomparable à tous égards.

Critère (ii): La vallée de la Quebrada de Humahuaca a été utilisée sur plus de 10 000 ans en tant que passage essentiel pour le transport des populations et la transmission des idées depuis les hautes terres des Andes jusqu’aux plaines.

Critères (iv) et (v):La vallée de la Quebrada de Humahuaca reflète la façon dont sa position stratégique a favorisé les peuplements, l’agriculture et le commerce. Ses peuplements différences préhispaniques et pré-incas, en tant que groupe, avec leurs systèmes de champs associés, renforcent de façon spectaculaire le caractère du paysage que l’on peut qualifier de remarquable.

Intégrité

Les attributs justifiant la valeur universelle exceptionnelle de la Quebrada de Humahuaca sont présents à l’intérieur des limites du bien inscrit et de sa zone tampon, ce qui assure la représentation complète de son importance en tant que paysage évolutif et dynamique. La Quebrada de Humahuaca offre une combinaison de différents aspects de peuplements et de voies de transport dont l’ensemble constitue l’itinéraire culturel et le paysage culturel. Dans l’ensemble, la vallée conserve un haut degré d’intégrité mais cela résulte d’une association d’éléments discrets, qu’il convient d’évaluer séparément. Les sites archéologiques sont bien préservés, tout comme les techniques de construction et les caractéristiques des églises hispaniques. La plupart des vestiges des peuplements plus tardifs abandonnés sont également raisonnablement intacts et possèdent un haut degré d’intégrité. Une exception : la Pucara de Tilcara, partiellement reconstruite dans les années 1940 et présentant donc une faible intégrité. Nombre des systèmes de champs associés aux pucaras sont toujours utilisés et conservent donc leur intégrité dans le cadre du maintien d’un système agricole. La vulnérabilité du site est due à la faiblesse des politiques publiques et de la législation concernant la planification territoriale, ce qui pourrait menacer l’intégrité de ce bien.

Authenticité

Les attributs apparents du bien préservent leur authenticité, maintiennent sa technologie, son utilisation et ses traditions, tout en intégrant de nouveaux éléments sans affecter son harmonieuse relation avec l’environnement. Le bien continue en même temps à remplir ses fonctions millénaires d’espace de communication, d’échanges et de peuplements humains. L’authenticité de ce bien en tant que paysage culturel évolutif se manifeste dans l’équilibre entre usages et traditions au niveau local et l’introduction de matériaux et techniques modernes. Les églises espagnoles conservent leur forme globale et leurs techniques de construction particulières, même si certaines semblent avoir été trop restaurées. Le centre des principaux lieux de peuplement possède toujours son caractère distinctif, avec des bâtiments peu élevés et un plan urbain traditionnel. Cependant, l’authenticité diminue vers les périphéries, en raison des pressions du développement immobilier. En revanche, l’utilisation de matériaux modernes est contrecarrée par un intérêt croissant pour l’utilisation de matériaux et techniques traditionnels locaux, qui permettent d’affirmer l’identité.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Le cadre juridique de la Quebrada de Humahuaca comprend la loi provinciale sur les paysages protégés n° 5206/00 et son décret 789/004, divers règlements concernant la protection de biens particuliers, ainsi qu’une législation municipale. La Constitution nationale de 1994 prévoit un cadre obligatoire pour la protection du patrimoine culturel et naturel, par la mise en place d’un droit de protection, visant à assurer un environnement non pollué et équilibré. Parmi d’autres lois importantes, citons le décret national n° 1012/00 qui confère le statut de monuments historiques aux vestiges archéologiques de Coctaca, Los Amarillos, el Pucara de Tilcara et La Huerta ; la résolution n° 242 de 1993 du Secrétariat national au Tourisme, en vertu de laquelle la Quebrada de Humahuaca et la totalité de ses villages ont été déclarés d’intérêt national ; le décret national de 1975, classant sites historiques les deux villages de Purmamarca et Humahuaca ; le décret national de 1941, qui protège les six chapelles et églises principales en leur donnant le statut de monuments historiques ; la loi n° 25743/03, qui protège les vestiges archéologiques et paléontologiques en leur donnant le statut de biens d’intérêt scientifique. En outre, des lois provinciales protègent le folklore et l’artisanat ainsi que le patrimoine important à l’échelon des provinces. Plus spécifiquement, un décret de 2000 donne la priorité à la procédure d’inscription de la Quebrada en tant que site du patrimoine mondial, et une résolution définit la composition de l’équipe de support technique pour le site proposé au patrimoine mondial. Globalement, la Quebrada est donc bien protégée par une législation générale et spécifique, conçue pour préserver les éléments de son patrimoine culturel discret. Il existe également un cadre juridique pour la structure de gestion chargée de la coordination.

Le plan de gestion de la Quebrada de Humahuaca est l’outil de protection et de préservation de ses valeurs ; il vise à établir une administration d’ensemble, à résoudre les problèmes d’autorité, de juridiction et de domination qui peuvent se poser dans un bien caractérisé par sa vaste étendue, sa complexité et son dynamisme. La Quebrada de Humahuaca est considérée comme un site à l’identité renforcée, planifié sur le plan territorial et protégé contre les dangers naturels, bénéficiant d’une diversité de production soutenue par une législation, d’un environnement équilibré et d’une amélioration de la qualité de la vie de ses habitants.

Dans ce cadre, les outils de gestion prennent en compte les différentes perspectives concernant l’organisation sociale de la population. Cela permettra un fonctionnement équilibré et harmonieux, les communautés reconnaissant leur diversité ethnique et culturelle, ce qui bénéficiera aux habitants et les soutiendra. La mise en œuvre de politiques participatives va permettre un échange de connaissances entre les populations, ainsi qu’une nouvelle appréciation de l’éducation, intégrant les caractéristiques complémentaires et réciproques de la pensée cosmique à tous les niveaux. Résultat de ces mesures, les habitants se sentiront soutenus et fermement enracinés dans leur terre et dans leur territoire, en préservant et en protégeant les ressources naturelles renouvelables et non renouvelables. De nos jours, toutes ces ressources sont devenues vulnérables à cause du développement démographique et de l’émergence de nouveaux besoins et de nouveaux concepts essentiellement liés aux valeurs de la modernité, ce qui constitue une menace pour les coutumes traditionnelles.

Les organes responsables de la gestion du bien incluent la commission du site, le comité consultatif, le conseil des notables, l’unité technique et les commissions locales du site. 

Description longue

La Quebrada de Humahuaca suit un axe culturel majeur, le Camino Inca, le long de la spectaculaire vallée du Río Grande, depuis sa source dans les hauts plateaux désertiques et froids des Hautes Andes jusqu'à son confluent avec le Río Leone, quelque 150 km plus au sud. La vallée a manifestement été empruntée comme voie commerciale majeure depuis 10 000 ans. On note tout au long d'importants restes d'établissements humains remontant à différentes époques, dont les habitants ont créé et utilisé ces voies rectilignes : les chasseurs-cueilleurs préhistoriques et les premières communautés de fermiers sédentaires (de 9000 av. J.-C. à 400 apr. J.-C.), de grandes sociétés agraires bien structurées (400-900 apr. J.-C.), de florissants villages et villes préhispaniques (entre 900 et 1430-1480), l'Empire inca (entre 1430-1480 et 1535), des villes, des villages et des églises espagnols (entre1535-1593 et 1810), ainsi que les traces des luttes républicaines pour l'indépendance (de 1810 au XXe  siècle). D'importants vestiges de champs aménagés sur des terrasses de pierre à Coctaca remonteraient à 1500 ans environ, et sont encore utilisés aujourd'hui ; ils sont associés à un réseau de villes fortifiées connues sous le nom de pucaras . Le système de champs et les pucaras ont ensemble un impressionnant impact sur le paysage, qui est tout à fait unique en Amérique du Sud. La vallée conserve aussi plusieurs églises et chapelles, et témoigne d'une remarquable tradition d'architecture vernaculaire.

La Quebrada de Humahuaca est une vallée longue et étroite creusée par le Río Grande. Elle est flanquée de hauts massifs montagneux, et s'étend du haut plateau désertique et froid des Hautes Andes jusqu'à la vallée humide et large de Jujuy, au sud-est. Elle a constitué une voie naturelle fondamentale pour le passage des hommes et des idées depuis le temps des chasseurs-cueilleurs jusqu'à nos jours. Ses vallées secondaires relient à la route principale les nombreux sentiers tracés dans les aires boisées, qui acheminent les biens des hauteurs en direction des plaines. L'aspect fondamental de ce site est le réseau d'axes viaires qui traversent la vallée ; il peut s'agir aussi bien des vestiges d'anciens sentiers, de routes empierrées, d'une ligne ferroviaire ou, en tout dernier lieu, de routes goudronnées.

Les 26 sites d'art rupestre de la vallée connus à ce jour témoignent de la présence de grottes et d'abris depuis l'époque des chasseurs-cueilleurs jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Dans certaines grottes, on trouve d'anciens pétroglyphes et pictogrammes de formes géométriques et zoomorphes, des représentations d'êtres humains, d'animaux, ainsi que celles d'Espagnols à cheval affrontant des guerriers à pied.

Dans son ensemble, la vallée témoigne de la manière dont une position stratégique spécifique a engendré une logique propre d'implantation humaine, d'agriculture et de commerce. Les habitats préhispaniques et préincas reflètent une stratégie territoriale complexe visant à établir ces sites de manière avantageuse tout au long de la vallée, et à permettre le développement d'une agriculture intensive au travers de techniques d'irrigation sophistiquées.

Source : UNESCO/CLT/WHC
Description historique

L’histoire de la vallée commence avec les sociétés de chasseurs-cueilleurs installés dans des grottes et abris sous-roche vers 10 000 avant notre ère, qui prirent probablement part à des migrations saisonnières.  

La détérioration du climat entre le VIe et le IIIe millénaire avant notre ère, qui annonçait une période de sécheresse, semble avoir découragé l’implantation de nouveaux peuplements, jusqu’à ce qu’un accroissement des précipitations après 2 500 avant J.-C. incite d’autres groupes humains à recoloniser certaines des grottes d’origine.  

Ces nouveaux colons associaient la chasse à l’agriculture, ce qui limitait leur mobilité. Après environ 100 après J.-C., des villages firent leur apparition, favorisant une circulation entre les peuplements et entre les différentes régions écologiques. Des caravanes de lamas commencèrent à acheminer des biens tels que l’obsidienne, la turquoise, les céramiques et le cebil , une drogue hallucinogène provenant des forêts de l’est.  

Après 700 environ, l’augmentation de la population, liée à l’amélioration des techniques agricoles, conduisit au développement de larges peuplements à proximité du fleuve. Les excédents agricoles étaient échangés avec les régions voisines, et peut-être beaucoup plus loin. Ces peuplements reflétaient certainement l’essor de la puissance de l’État de Tiwanaku, autour du lac Titicaca ; le commerce entre les deux zones est d’ailleurs attesté.  

Après 1000, et peut-être sous l’effet de l’effondrement de l’État de Tiwanaku, commença une nouvelle période de mutations sociales, qui annonçait l’épanouissement final de la culture locale Quebrada. Les peuplements à faible altitude furent abandonnés, et des villes furent bâties sur des affleurements rocheux plus élevés. Ces pucaras (forteresses) étaient caractérisées par des groupes d’habitations denses abritant une population en plein développement. Les pucaras étaient peut-être les sièges des chefs des différents groupes ethniques de la vallée.  

L’accroissement de la population et le développement considérable du commerce entraînèrent la culture de vastes superficies dans la vallée et sur les pentes les moins élevées des montagnes. La circulation des caravanes s’intensifia en termes de volume et d’étendue ; la vallée fut reliée aux forêts, à la vallée de Jujuy, au sud de la Bolivie et aux régions voisines du Chili.  

Entre 1430 et 1480, l’expansion de l’Empire inca mit un frein à ce développement local. Il est presque certain que les conquérants incas arrivèrent précisément par les routes commerciales qu’ils cherchaient à contrôler. Les Incas souhaitaient exploiter des minéraux et installer de vastes exploitations agricoles pour exporter des produits vers leurs deux capitales. Ils établirent de nouveaux peuplements pour faciliter ce commerce et améliorèrent les structures de transport par la construction d’un réseau élaboré de routes de conception nouvelle, reliant la Quebrada au formidable système de transport qui traversait l’empire inca, de l’Équateur au Chili et à l’Argentine, sur une distance de quelque 8 000 kilomètres.  

Au XVIe siècle, la vallée tomba progressivement aux mains de nouveaux envahisseurs, les Espagnols. Comme les Incas, les Espagnols souhaitaient contrôler les voies commerciales stratégiques et convoitaient les ressources de la vallée. Le commerce s’accrut sur le réseau routier existant, fondé sur des exportations d’argent, de bétail et de coton et des importations de marchandises européennes.  

Des mutations démographiques considérables eurent lieu : les autochtones succombèrent à des maladies inconnues jusqu’alors, et des immigrants en provenance d’Espagne commencèrent à s’installer dans de nouveaux peuplements de la vallée. Le commerce poursuivit son développement ; au XVIIIe siècle, une ligne de malles-postes fut établie sur la route principale le long de la vallée et au-delà, dans le cadre de la liaison entre Buenos Aires et la région du Haut Pérou.  

Pendant 14 ans, à partir de 1810, la Quebrada joua un rôle crucial dans le transfert des troupes et de l’armement depuis et vers le Haut Pérou, lors de la lutte pour l’indépendance, obtenue en 1816, puis pendant les « guerres civiles » et les accrochages frontaliers entre les nouveaux États. Puis, lors des périodes de paix au XIXe siècle, le commerce reprit son essor, en particulier après l’ouverture des mines de salpêtre du désert andin. L’arrivée de la voie ferrée dans la vallée en 1900 modifia ensuite notablement les caractéristiques de ce commerce.  

Enfin, au XXe siècle, la route principale de la vallée devint une composante de la route nord-sud panaméricaine ; la vallée continue donc à jouer un rôle essentiel dans les liaisons entre l’Atlantique et le Pacifique.

Source : évaluation des Organisations consultatives