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Quebrada de Humahuaca

Brève description

Quebrada de Humahuaca suit un itinéraire culturel important, le Camino Inca, le long de la spectaculaire vallée du Rio Grande, depuis sa source dans les hauts plateaux désertiques et froids des Hautes Andes à sa confluence avec le Rio Leone, quelque 150 kilomètres plus au sud. La vallée offre des indices importants de son utilisation comme grande voie commerciale depuis 10 000 ans, et notamment des traces de chasseurs-cueilleurs préhistoriques, de l’Empire inca (XVe-XVIe siècle) et des combats pour l’indépendance (XIXe-XXe siècle).

Justification d'inscription

Critère (ii): La vallée Quebrada de Humahuaca a été utilisée sur plus de 10 000 ans en tant que passage essentiel pour le transport des populations et la transmission des idées depuis les hautes terres des Andes jusqu’aux plaines.

Critères (iv) et (v): La vallée Quebrada de Humahuaca reflète la façon dont sa position stratégique a favorisé les peuplements, l’agriculture et le commerce. Ses peuplements pré-hispaniques et pré-incas, en tant que groupe avec leurs systèmes de champs associés, renforcent de façon spectaculaire le caractère du paysage que l’on peut qualifier de remarquable.

Description longue

La Quebrada de Humahuaca suit un axe culturel majeur, le Camino Inca, le long de la spectaculaire vallée du Río Grande, depuis sa source dans les hauts plateaux désertiques et froids des Hautes Andes jusqu'à son confluent avec le Río Leone, quelque 150 km plus au sud. La vallée a manifestement été empruntée comme voie commerciale majeure depuis 10 000 ans. On note tout au long d'importants restes d'établissements humains remontant à différentes époques, dont les habitants ont créé et utilisé ces voies rectilignes : les chasseurs-cueilleurs préhistoriques et les premières communautés de fermiers sédentaires (de 9000 av. J.-C. à 400 apr. J.-C.), de grandes sociétés agraires bien structurées (400-900 apr. J.-C.), de florissants villages et villes préhispaniques (entre 900 et 1430-1480), l'Empire inca (entre 1430-1480 et 1535), des villes, des villages et des églises espagnols (entre1535-1593 et 1810), ainsi que les traces des luttes républicaines pour l'indépendance (de 1810 au XXe  siècle). D'importants vestiges de champs aménagés sur des terrasses de pierre à Coctaca remonteraient à 1500 ans environ, et sont encore utilisés aujourd'hui ; ils sont associés à un réseau de villes fortifiées connues sous le nom de pucaras . Le système de champs et les pucaras ont ensemble un impressionnant impact sur le paysage, qui est tout à fait unique en Amérique du Sud. La vallée conserve aussi plusieurs églises et chapelles, et témoigne d'une remarquable tradition d'architecture vernaculaire.

La Quebrada de Humahuaca est une vallée longue et étroite creusée par le Río Grande. Elle est flanquée de hauts massifs montagneux, et s'étend du haut plateau désertique et froid des Hautes Andes jusqu'à la vallée humide et large de Jujuy, au sud-est. Elle a constitué une voie naturelle fondamentale pour le passage des hommes et des idées depuis le temps des chasseurs-cueilleurs jusqu'à nos jours. Ses vallées secondaires relient à la route principale les nombreux sentiers tracés dans les aires boisées, qui acheminent les biens des hauteurs en direction des plaines. L'aspect fondamental de ce site est le réseau d'axes viaires qui traversent la vallée ; il peut s'agir aussi bien des vestiges d'anciens sentiers, de routes empierrées, d'une ligne ferroviaire ou, en tout dernier lieu, de routes goudronnées.

Les 26 sites d'art rupestre de la vallée connus à ce jour témoignent de la présence de grottes et d'abris depuis l'époque des chasseurs-cueilleurs jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Dans certaines grottes, on trouve d'anciens pétroglyphes et pictogrammes de formes géométriques et zoomorphes, des représentations d'êtres humains, d'animaux, ainsi que celles d'Espagnols à cheval affrontant des guerriers à pied.

Dans son ensemble, la vallée témoigne de la manière dont une position stratégique spécifique a engendré une logique propre d'implantation humaine, d'agriculture et de commerce. Les habitats préhispaniques et préincas reflètent une stratégie territoriale complexe visant à établir ces sites de manière avantageuse tout au long de la vallée, et à permettre le développement d'une agriculture intensive au travers de techniques d'irrigation sophistiquées.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

L’histoire de la vallée commence avec les sociétés de chasseurs-cueilleurs installés dans des grottes et abris sous-roche vers 10 000 avant notre ère, qui prirent probablement part à des migrations saisonnières.  

La détérioration du climat entre le VIe et le IIIe millénaire avant notre ère, qui annonçait une période de sécheresse, semble avoir découragé l’implantation de nouveaux peuplements, jusqu’à ce qu’un accroissement des précipitations après 2 500 avant J.-C. incite d’autres groupes humains à recoloniser certaines des grottes d’origine.  

Ces nouveaux colons associaient la chasse à l’agriculture, ce qui limitait leur mobilité. Après environ 100 après J.-C., des villages firent leur apparition, favorisant une circulation entre les peuplements et entre les différentes régions écologiques. Des caravanes de lamas commencèrent à acheminer des biens tels que l’obsidienne, la turquoise, les céramiques et le cebil , une drogue hallucinogène provenant des forêts de l’est.  

Après 700 environ, l’augmentation de la population, liée à l’amélioration des techniques agricoles, conduisit au développement de larges peuplements à proximité du fleuve. Les excédents agricoles étaient échangés avec les régions voisines, et peut-être beaucoup plus loin. Ces peuplements reflétaient certainement l’essor de la puissance de l’État de Tiwanaku, autour du lac Titicaca ; le commerce entre les deux zones est d’ailleurs attesté.  

Après 1000, et peut-être sous l’effet de l’effondrement de l’État de Tiwanaku, commença une nouvelle période de mutations sociales, qui annonçait l’épanouissement final de la culture locale Quebrada. Les peuplements à faible altitude furent abandonnés, et des villes furent bâties sur des affleurements rocheux plus élevés. Ces pucaras (forteresses) étaient caractérisées par des groupes d’habitations denses abritant une population en plein développement. Les pucaras étaient peut-être les sièges des chefs des différents groupes ethniques de la vallée.  

L’accroissement de la population et le développement considérable du commerce entraînèrent la culture de vastes superficies dans la vallée et sur les pentes les moins élevées des montagnes. La circulation des caravanes s’intensifia en termes de volume et d’étendue ; la vallée fut reliée aux forêts, à la vallée de Jujuy, au sud de la Bolivie et aux régions voisines du Chili.  

Entre 1430 et 1480, l’expansion de l’Empire inca mit un frein à ce développement local. Il est presque certain que les conquérants incas arrivèrent précisément par les routes commerciales qu’ils cherchaient à contrôler. Les Incas souhaitaient exploiter des minéraux et installer de vastes exploitations agricoles pour exporter des produits vers leurs deux capitales. Ils établirent de nouveaux peuplements pour faciliter ce commerce et améliorèrent les structures de transport par la construction d’un réseau élaboré de routes de conception nouvelle, reliant la Quebrada au formidable système de transport qui traversait l’empire inca, de l’Équateur au Chili et à l’Argentine, sur une distance de quelque 8 000 kilomètres.  

Au XVIe siècle, la vallée tomba progressivement aux mains de nouveaux envahisseurs, les Espagnols. Comme les Incas, les Espagnols souhaitaient contrôler les voies commerciales stratégiques et convoitaient les ressources de la vallée. Le commerce s’accrut sur le réseau routier existant, fondé sur des exportations d’argent, de bétail et de coton et des importations de marchandises européennes.  

Des mutations démographiques considérables eurent lieu : les autochtones succombèrent à des maladies inconnues jusqu’alors, et des immigrants en provenance d’Espagne commencèrent à s’installer dans de nouveaux peuplements de la vallée. Le commerce poursuivit son développement ; au XVIIIe siècle, une ligne de malles-postes fut établie sur la route principale le long de la vallée et au-delà, dans le cadre de la liaison entre Buenos Aires et la région du Haut Pérou.  

Pendant 14 ans, à partir de 1810, la Quebrada joua un rôle crucial dans le transfert des troupes et de l’armement depuis et vers le Haut Pérou, lors de la lutte pour l’indépendance, obtenue en 1816, puis pendant les « guerres civiles » et les accrochages frontaliers entre les nouveaux États. Puis, lors des périodes de paix au XIXe siècle, le commerce reprit son essor, en particulier après l’ouverture des mines de salpêtre du désert andin. L’arrivée de la voie ferrée dans la vallée en 1900 modifia ensuite notablement les caractéristiques de ce commerce.  

Enfin, au XXe siècle, la route principale de la vallée devint une composante de la route nord-sud panaméricaine ; la vallée continue donc à jouer un rôle essentiel dans les liaisons entre l’Atlantique et le Pacifique.

Source : évaluation des Organisations consultatives