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Mausolée de Khoja Ahmad Yasawi

Brève description

Le mausolée de Khoja Ahmad Yasawi, dans la ville de Yasi, aujourd’hui appelée Turkestan, fut construit à l’époque de Tamerlan, de 1389 à 1405. Dans ce bâtiment, dont certaines parties demeurèrent inachevées, les maîtres constructeurs perses expérimentèrent de nouvelles solutions architecturales et structurelles qui furent ensuite adoptées pour la construction de Samarkand, capitale de l’Empire timuride. C’est aujourd’hui l’une des constructions les plus grandes et les mieux conservées de l’époque timuride.

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Justification d'inscription

Critère i Le mausolée de Khoja Ahmad Yasawi est une réalisation exceptionnelle de l’architecture timuride ; il a contribué de manière importante au développement de l’architecture religieuse islamique. Critère iii Le mausolée et son site représentent un témoignage exceptionnel de la culture de la région d’Asie centrale et du développement de la technologie de la construction. Critère iv Le mausolée de Khoja Ahmad Yasawi fut un modèle pour le développement d’un type majeur de construction sous la période timuride, devenant une référence importante dans l’histoire de l’architecture timuride.

Description longue

Le mausolée de Khoja Ahmad Yasawi et son site représentent un témoignage exceptionnel de la culture de l'Asie centrale et du développement des techniques de construction. Il fut un prototype pour le développement de modèles architecturaux majeurs de l'époque timuride, et devint ainsi un point de référence fondamental dans l'histoire de cette architecture, tout en contribuant de manière significative au développement de l'architecture religieuse islamique.

Les origines de la ville moderne de Turkestan remontent au début du Moyen Âge. D'abord appelée Yasi, c'était un faubourg de Shavgar, dans la région de Syr Daria, à la croisée de cultures agraires et nomades. Shavgar devint un grand centre d'artisanat et de commerce, mais Yasi le supplanta à partir du XIIe  siècle. Le pèlerinage sur la tombe d'Ahmad Yasawi contribua également à son développement. Dans les années soixante-dix du XIVe  siècle, Tamerlan (1328-1405) devint le nouveau souverain de l'Asie centrale, et son règne s'étendit de la Mésopotamie et de l'Iran à la Transoxiane. Sa capitale se trouvait à Samarkand.

La politique menée par Tamerlan prévoyait entre autres la construction d'édifices publics et de lieux de culte (mosquées, mausolées, medersas ) dans des régions comme le Syr Daria, où les villes, mais aussi le mausolée d'Ahmad Yasawi, étaient des avant-postes fondamentaux à la frontière nord de son territoire. Tamerlan voulait contribuer ainsi à la diffusion de l'islam, mais plus encore réaliser des objectifs politiques bien précis. Le mausolée de Khoja Ahmad Yasawi, un distingué maître soufi du XIIe  siècle, se trouve au sud du Kazakhstan, dans la ville de Turkestan (Yasi). Le mausolée a été construit dans l'aire de l'ancienne citadelle, au nord-est de la ville ancienne, qui est aujourd'hui un site archéologique ouvert. Une zone de protection de la nature se trouve au sud, tandis que la ville de Turkestan entoure les autres côtés du bien, qui se limite au mausolée d'Ahmad Yasawi ; la zone tampon couvre la partie archéologique de la ville ancienne.

La construction du mausolée, effectuée pour l'essentiel entre 1389 et 1399, se poursuivit jusqu'à la mort de Tamerlan, survenue en 1405. Les parties inachevées de l'édifice - son entrée, et certaines salles internes - nous renseignent sur les techniques de construction alors en vigueur. Au XVIe  siècle, le principal portail du mausolée fit l'objet de réparations et d'une reconstruction ; son arc fut réparé par Abdullah Khan, le gouverneur de Bokhara. Entre cette époque et le XIXe  siècle, Turkestan demeura la résidence des khans du Kazakh. Au cours du XIXe  siècle, le khan Kokand transforma le mausolée en forteresse, et construisit tout autour un mur défensif en briques d'argile crue.

Le mausolée est l'un des plus grands construits au cours de l'époque timuride. Il existe quelques autres édifices aux environs, notamment des mausolées consacrés à des personnages importants, de petites mosquées et un établissement de bains médiéval. Vers le nord, le mausolée est séparé de la ville neuve par un tronçon de l'ancien mur d'enceinte, qui y a été reconstruit. L'édifice est fait de briques cuites liées au mortier de gypse mélangé à de l'argile (ganch). Les fondations étaient formées, à l'origine, de couches d'argile, mais elles ont été récemment reconstruites en blocage. L'entrée principale se trouve au sud-est, où l'iwan mène dans une salle principale carrée, le Kazandyk , couverte par une coupole hémisphérique qui est la plus grande d'Asie centrale, avec ses 18,20 m. Le centre de cette salle est occupé par un chaudron en bronze utilisé à des fins rituelles (kazan ), et daté de 1399. La tombe de Khoja Ahmad Yasawi (Gur khana), qui est la salle la plus importante, se trouve sur l'axe central, à l'extrémité nord-ouest de l'édifice ; le sarcophage est placé au centre.

L'édifice comporte aussi des salles destinées à différents usages : salles de réunions, réfectoire (Ash khana), bibliothèque (Kitab khana) et mosquée. Cette dernière est la seule salle qui ait conservé des lambeaux de ses peintures murales d'origine, formées de motifs géométriques et floraux peints en bleu clair. L'intrados des coupoles est décoré de stalactites d'albâtre (muqarnas). Le parement externe des murs est revêtu de carreaux vernissés qui présentent de grands dessins géométriques et des décors épigraphiques, caractéristiques de l'architecture timuride.

Les murs sont ornés de belles inscriptions coufiques, et le tambour des coupoles de textes du Coran. L'édifice, qui était encore inachevé à la mort de Tamerlan, ne fut jamais terminé, si bien que la finition des murs de l'entrée principale n'a jamais été faite, et que les deux minarets prévus n'ont jamais été construits.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Le soufisme (tassawwuf du mot « laine » en arabe) est un mouvement mystique musulman. Il se développa en tant que mouvement psycho-spirituel et mystique de l'Islam dès le IXe et le Xe siècle. Les idées soufies évoluèrent surtout aux XIIe et XIIIe siècles dans la pensée et les écrits de personnages tels que Attar (mort en 1221), Ibn Arabi (1165-1240) et Jalal al-Din Rumi (1207-1273).

Au début du XIIe siècle, le soufisme se développa en plusieurs écoles régionales, dont la branche turque fut dirigée par Khoja Ahmad Yasawi. Le soufisme fut l'une des forces qui soutint la propagation de l'Islam, empêchant son effondrement, en particulier durant la période difficile qui suivit l'invasion mongole au XIIe siècle. Yasawi est né à Yasi ou Ispidjab (Sairam) en 1103. Après une première instruction reçue de son père, il étudia à Boukhara, un des principaux centres de l'Islam à l'époque. Il passa la plus grande partie de sa vie à Yasi et y mourut en 1166. Sa contribution fut fondamentale pour l'Asie centrale où il popularisa le soufisme et contribua à la propagation de l'Islam.

La ville de Turkestan : La ville moderne de Turkestan est liée aux anciennes villes kazakhes, et son origine remonte au début du Moyen Âge. Jusqu'au XVIe siècle, on l'appela Yasi. Au début, elle fut une banlieue de Shavgar, dans la région du Syr Daria, au croisement des cultures nomades et agricoles. Shavgar se développa en un grand centre artisanal et commercial ; à partir du XIIe siècle, Yasi la supplanta. Ce fut aussi un des quelques lieux qui ne semble pas avoir été détruit par les Mongols au XIIIe siècle. Le pèlerinage au sépulcre de Ahmad Yasawi fut un facteur supplémentaire qui contribua au développement de la ville.

Dans les années 1370, Tamerlan (1328-1405) domina l'Asie centrale et son empire s'étendit de la Mésopotamie à l'Iran et à la Transoxiane. Sa capitale fut Samarkand. La politique de Tamerlan comprenait aussi un volet concernant la construction d'édifices publics et cultuels monumentaux (mosquées, mausolées, médersas) dans des régions comme le Syr Daria où les villes étaient des avantpostes vitaux sur la frontière nord de son empire ; le mausolée de Ahmad Yasawi faisait partie de cette politique. En effet, le souhait de Tamerlan était de contribuer à la diffusion de l'Islam, mais encore plus de remplir des objectifs politiques spécifiques. Considérant que les ordres soufis déterminaient le soutien des tribus nomades des steppes, la construction de ce remarquable sanctuaire visait à gagner le soutien des Soufis et de la grande communauté nomade, qui, autrement, auraient pu présenter un risque pour son pouvoir. On dit qu'il participa personnellement à la conception du mausolée, qui fut construit en même temps que la mosquée de Samarkand. Pour la première fois en ce lieu, Tamerlan utilisa une équipe de maîtres constructeurs immigrés de Chiraz et Ispahan. L'architecture de l'édifice présentait une innovation de l'organisation spatiale, de nouveaux types de voûtes et de coupoles, repris par la suite dans les différentes capitales.

Du XVIe au XVIIIe siècle, Turkestan fut la capitale et la résidence du Khanat du Kazakh, devenant le plus grand centre commercial et artisanal. Le mausolée d'Ahmad Yasawi était le monument remarquable de la ville et plusieurs puissantes personnalités furent enterrées à proximité. Toutefois, les luttes politiques et le déclin des routes commerciales terrestres au profit des routes maritimes entraînèrent le déclin de la vie de la cité. En 1864 Turkestan fut envahie par l'armée russe. La vieille ville fut détruite et désertée. Une nouvelle gare ferroviaire fut construite à l'écart de la ville ancienne, devenant le nouveau centre de développement. Quelques habitations vernaculaires ont été construites près de la vieille ville appelée « Eski Turkistan ». Aujourd'hui, la vieille ville est un site archéologique et l'un des 14 sites de réserve muséale au Kazakhstan.

Le mausolée: la construction fut réalisée entre 1389 et 1399 et se poursuivit jusqu'à la mort de Tamerlan en 1405. L'édifice demeura inachevé au niveau de l'entrée et de certaines parties de l'intérieur, fournissant ainsi des informations visuelles sur les méthodes de travail de l'époque. Au XVIe siècle, le portail principal fut restauré et reconstruit et la voûte réparée sur l'ordre d'Abdullah Khan, gouverneur de Boukhara. De cette époque jusqu'au XIXe siècle, Turkestan fut la résidence des khans du Kazakh. Au XIXe siècle, le khan de Kokand transforma le mausolée en forteresse et l'encercla d'un mur de défense en briques de terre. En 1864, lorsque l'armée russe prit le Turkestan, l'édifice était en très mauvais état. En 1872, les autorités décidèrent de le préserver. À partir de 1938 l'édifice a été régulièrement entretenu et, depuis 1945, plusieurs campagnes de restauration se sont succédées, la dernière datant de 1993 à 2000. Pendant la période soviétique, ce monument fut considéré comme un bâtiment historique et un musée. Depuis l'indépendance du Kazakhstan en 1991, sa fonction spirituelle a prévalu et il en est même venu à symboliser l'identité nationale.

Source : évaluation des Organisations consultatives