Paysage culturel historique de la région viticole de Tokaj
Brève description
Le paysage culturel de Tokaj témoigne de façon vivante de la longue tradition de production viticole dans cette région de collines, rivières et vallées. Ce réseau complexe de vignobles, fermes, villages et petites villes avec son labyrinthe historique de caves à vin, illustre toutes les facettes de la production des fameux vins de Tokaj, dont la qualité et la gestion sont strictement contrôlées depuis presque trois siècles.
Justification d'inscription
Critère (iii) La région du vin de Tokay est le reflet d’une tradition viticole unique, existant depuis au moins mille ans et qui est, à ce jour, restée intacte. Critère (v) L’intégralité du paysage culturel de la région viticole de Tokay, comprenant les vignobles ainsi que des établissements humains installés de longue date, illustre de manière vivante la forme particulière d’occupation traditionnelle du sol qu’il représente
Description longue
Tout le paysage de la région viticole de Tokay, y compris les vignobles et les habitats anciens, illustre de manière remarquable une forme spécialisée d'exploitation traditionnelle du sol, et présente une tradition vitivinicole spécifique remontant à plus d'un millénaire, et qui s'est conservée intacte jusqu'à nos jours.
Les tribus magyares qui pénétrèrent dans cette zone à la fin du IXe siècle accordaient une importance particulière à cette région dont ils pensaient, non sans raison, qu'elle avait été le centre de l'empire du Hun Attila, auquel elles s'identifiaient étroitement. Elle devint un refuge pour les Hongrois au cours des siècles qui suivirent, marquée par les invasions des Mongols ou d'autres peuples, ainsi qu'un important carrefour commercial pour les marchands polonais qui se rendaient dans les Balkans ou ailleurs. L'immigration y fut encouragée dès le XIIe siècle, lorsque Wallons et Italiens furent invités à y rejoindre les Allemands qui s'y trouvaient depuis la naissance du royaume hongrois. Au cours du XVIe siècle, la région passa sous la domination des hussites de Bohême au cours d'une courte période, mais elle fut réunie au royaume hongrois par le dernier grand roi de Hongrie, Hunyadi Matyas (Mathias Corvin). C'est au cours de la période ottomane que fut produit pour la première fois le Tokay Aszu qui valut à cette région une célébrité mondiale. Selon la légende, c'est la peur des incursions des Turcs qui retarda la récolte dans le domaine de Lorantffy Mihaly, jusqu'au moment où les raisins flétris furent attaqués par le botrytis générateur de la pourriture noble ; malgré tout, le pasteur Szepsi Laczko Mate en fit du vin, qu'il présenta à la fille de son seigneur.
La douceur du climat, la qualité des sols et l'exposition des pentes rendaient le Tokay particulièrement adapté à la production de vin. L'occupation du sol et la physionomie de la région du vin de Tokay procèdent des caractéristiques morphologiques et hydrographiques de cette zone. Elle comporte deux principaux secteurs de peuplement, l'un le long du cours de la Bodrog, l'autre sur le Szerencs et sur le Hernád, à l'ouest. La rive droite de la Bodrog, au point où elle forme un méandre au pied de la chaîne de montagnes de Zemplen, est occupée par une série d'habitats.
L'occupation humaine intéresse également les vallées des torrents qui se jettent dans la Bodrog, qui rejoint la Tisza à Tokay, où la rivière principale était franchissable par un ancien gué. Le Szerencs ouvre largement sur la Takta, et présente des habitations sur ses deux rives. Le nom de Tokay dérive d'un terme arménien signifiant « la grappe » qui était passé dans la langue hongroise dès le Xe siècle, ce qui nous permet de dater l'occupation de cette zone. Différents témoignages attestent également que la viticulture y était déjà pratiquée à cette époque.
Le patrimoine monumental de cette région reflète son histoire et sa structure socio-économique. Il comporte des églises romaines catholiques médiévales (une dans chaque agglomération), des églises orthodoxes des XVIIIe -XIXe siècles et des synagogues juives, des demeures ou des châteaux princiers ou aristocratiques, ainsi que des maisons plus modestes, des débits de vin ou des ateliers. L'église romane de Bodrogalszi (dans la zone tampon), du XIIe siècle, témoigne de l'occupation précoce de la zone. La zone inscrite sur la liste comporte des châteaux en ruine du XIVe siècle à Tokay et Tallya, ainsi qu'à Monok, Sarospatak et Szerencs, dans la zone tampon. Tarcal, ainsi que la zone tampon renferment de nobles demeures des XVIIIe et XIXe siècles.
Les structures les plus caractéristiques de Tokay sont ses caves à vin : celle du roi Kalman à Tarcal est attestée dès 1110. Il existe dans la région de Tokay deux principaux types de caves à vin : voûtée ou creusée. Les premières sont essentiellement formées par un espace ouvert aménagé avant la construction d'une maison au-dessus, et accessible depuis son porche ; les raisins étaient traités dans une salle située derrière la maison, immédiatement au-dessus de la cave. Les caves creusées n'étaient pas directement liées à des habitations ; depuis la surface, on n'en voit qu'une entrée construite en pierre avec une porte en bois ou métal ajouré ; les caves creusées dans le tuf volcanique n'ont pas besoin de voûte. De 80 à 85 % des caves de Tokaj sont de ce type.
Les caves en labyrinthe creusées sur plusieurs niveaux, avec des sols situés à plusieurs hauteurs, dans lesquelles le vin était stocké et vieilli dans des fûts de chêne rouvre, sont également particulièrement intéressantes. La plus célèbre d'entre elles est le réseau de caves du district Ungvari de Satoraljaujhely, qui relie entre elles non moins de 27 caves creusées sur différents niveaux.
Source : UNESCO/CLT/WHCDescription historique
Les premiers signes de peuplement humain continu dans la région de Tokay remontent à l'ère néolithique. Toutefois, ce sont les tribus magyares qui s'y installèrent à la fin du IXe siècle qui donnèrent à la région son importance particulière, puisqu'ils croyaient en effet (avec quelque raison) qu'elle était au coeur de l'empire d'Attila le Hun, avec lequel ils s'identifiaient. Face aux pressions venues des invasions mongoles et autres, elle devint un refuge pour les Hongrois dans les siècles qui suivirent.
Elle était aussi un important carrefour commercial pour les marchands polonais en route vers les Balkans et ailleurs. Des colons s'y installèrent dès le XIIe siècle, immigrants wallons et italiens invités par les rois hongrois, et rejoignant les Germains présents depuis l'avènement du royaume de Hongrie.
Au XVIe siècle, la région tomba pendant un bref laps de temps aux mains des Hussites de Bohême, mais fut reconquise par le dernier grand roi hongrois, Hunyadi Matyas (Mathias Ier Corvin). La région de Tokay fut épargnée par l'occupation ottomane, qui portait pourtant sur une grande partie de la Hongrie, mais elle n'en demeurait pas moins une zone frontalière dangereuse, exposée à des raids fréquents.
La région de Tokay a été plantée de vignobles au moins dès le XIIe siècle. On suppose que la viticulture vient de l'est. Peut-être a-t-elle été introduite par la tribu kabar, qui s'installa dans la région des Carpates avec les Hongrois au IXe ou au Xe siècle. Ce n'est toutefois qu'à l'époque ottomane que le « Tokay Aszu » qui a fait la renommée mondiale de la région fut produit pour la première fois. Selon la légende, la crainte de raids turcs retarda la récolte dans le domaine Lorantffy Mihaly, tant et si bien que les raisins se flétrirent et que la Botrytis Cirenea s'installa, créant la « pourriture noble ». Cela n'empêcha pas le pasteur Szepzi Laczko Maté de fabriquer du vin avec ces raisins bothrytisés et de présenter le résultat à la fille du seigneur.
Le vin de Tokay fut une source de revenus importante pour la dynastie transylvanienne des Rakoczi, qui prit le pouvoir au début du XVIIe siècle. Il joua un rôle important dans le combat pour l'indépendance hongroise que mena Ferenc II Rakoczi, qui le présenta aux autres souverains européens, tels Louis XIV, et assura ainsi l'élargissement de sa réputation. Lors de la défaite finale de Ferenc II Rakoczi et de son exil, en 1717, les Habsbourg reprirent ses domaines.
Sous l'empire austro-hongrois, la région de Tokay fut prospère, grâce au renom grandissant de son vin. En 1870, la population vivant au pied des collines de la région était la plus dense du pays, et supérieure à celle de la France ou des États allemands les plus développés. Des immigrants originaires des régions avoisinantes - Slovaquie, Ruthénie et Macédoine grecque - s'installaient à Tokay. Les Macédoniens de Grèce étaient pour la plupart des négociants en vins ; à partir de la fin du XVIIIe siècle, ils furent progressivement remplacés, dans leur grande majorité, par des Juifs polonais, qui jouèrent un rôle décisif dans le commerce du vin de Tokay.
Cependant, le XIXe siècle fut le témoin d'un lent déclin, allant de pair avec le rétrécissement du marché du vin de Tokay. La situation se détériora encore avec la destruction quasi totale des vignobles de Tokay, décimés par le phylloxéra au tournant du XIXe siècle. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la région viticole de Tokay était au plus bas : l'Holocauste avait décimé la communauté juive, et le régime de la communauté avait aboli la propriété privée des familles nobles et bourgeoises. Le moteur du succès de la région disparut brusquement, et ce n'est qu'avec les changements politiques de 1990 en Hongrie que commença la lente mais régulière réhabilitation de la viticulture et de la production du vin de Tokay.
Source : évaluation des Organisations consultatives
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