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Ville portugaise de Mazagan (El Jadida)

Brève description

Les fortifications portugaises de Mazagan, qui font aujourd’hui partie de la ville d’El Jadida, à 90 km au sud-ouest de Casablanca, furent édifiées comme colonie fortifiée sur la côte atlantique au début du XVIe siècle. La colonie fut reprise par les Marocains en 1769. Les fortifications, avec leurs bastions et remparts, constituent un exemple précoce de l’architecture militaire de la Renaissance. Les édifices portugais encore visibles sont la citerne et l’église de l’Assomption, construite dans le style manuélin (gothique tardif). La ville portugaise de Mazagan, l’un des premiers établissements en Afrique occidentale des explorateurs portugais qui faisaient route vers l’Inde, offre un témoignage exceptionnel des influences croisées entre les cultures européenne et marocaine, qui apparaissent clairement dans l’architecture, la technologie et l’urbanisme.

© OUR PLACE The World Heritage Collection

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

La Ville portugaise de Mazagan (El-Jadida), un des premiers établissements créés en Afrique par les explorateurs portugais qui faisaient route vers l'Inde, offre un exemple exceptionnel des influences croisées entre les cultures européenne et marocaine du XVIe au XVIIIe siècle, qui apparaissent clairement dans l'architecture, la technologie et l'urbanisme. Mazagan fut édifiée comme colonie fortifiée sur la côte atlantique au début du XVIe siècle. Située à 90 km au sud de Casablanca, elle domine une baie naturelle d'une grande beauté. Les frères Francisco et Diogo de Arruda construisirent la première citadelle en 1514. Celle-ci fut agrandie en 1541- 1548 et transformée en forteresse en forme d'étoile par Joao Ribeiro et Juan Castillo selon les plans de l'architecte italien Benedetto da Ravenna.

La forteresse de Mazagan avec son fossé et ses remparts infléchis est l'un des premiers témoins dans le monde lusitanien de l'application des nouvelles conceptions architecturales de la Renaissance adaptées à l'avènement de l'arme à feu par une technologie portugaise. Témoin intégral et unique au Maroc de l'avènement de ce nouveau style, Mazagan est mieux conservée que les autres fortifications portugaises du Maroc, alors que la plupart des comptoirs portugais dans le monde ont subi beaucoup de changements.

Après le départ des Portugais en 1769 et l'abandon qui s'ensuivit, la forteresse fut réhabilitée au milieu du XIXe siècle et appelée El-Jadida (la nouvelle), devenant un centre commercial et une société multiculturelle comptant des habitants musulmans, juifs et chrétiens.

La forme et la physionomie de la forteresse ont été bien préservées et représentent un exemple exceptionnel de cette catégorie de bâtiment. Le tissu historique à l'intérieur de la forteresse reflète les différents changements et influences au cours des siècles. Les monuments existants de la période portugaise sont : les remparts et leurs bastions, la citerne, un exemple exceptionnel de ce type de structure, et l'église catholique de l'Assomption, représentant l'architecture gothique tardive, le style manuélin du début du XVIe siècle. 

Critère (ii) : La ville portugaise de Mazagan est un exemple exceptionnel de l'échange d'influences entre les cultures européennes et la culture marocaine du XVIe au XVIIIe siècle, et l'un des tout premiers peuplements des explorateurs portugais en Afrique de l'Ouest sur la route de l'Inde. Ces influences se reflètent clairement dans l'architecture, la technologie et l'urbanisme de la ville.

Critère (iv) : La ville fortifiée portugaise de Mazagan est un exemple exceptionnel et l'un des premiers de la réalisation des idéaux de la Renaissance intégrés aux techniques de construction portugaises. Parmi les constructions les plus remarquables de la période portugaise figurent la citerne et l'église de l'Assomption, bâties dans le style manuélin du début du XVIe siècle.

Intégrité (2009)

La délimitation de la zone tampon et de la zone de protection de la ville portugaise de Mazagan telle que définie dans les documents soumis au Comité du patrimoine mondial renferme tous les éléments nécessaires à son intégrité. Les fortifications portugaises de Mazagan, construites en deux phases (1510-1514 et 1541-1548), sont imposantes par leur monumentalité et leurs styles. Elles ont conservé leur structure d'origine et leur homogénéité architecturale jusqu'à ce jour. Les monuments emblématiques (remparts, bastions, citerne, églises) sont bien conservés.

La silhouette de la ville dominant les vues au-dessus de la zone portuaire est une caractéristique essentielle qu'il convient de préserver. La zone urbaine entourant la vieille ville de Mazagan doit être surveillée avec soin de manière à contrôler tout changement ou nouvelle construction.

Authenticité (2009)

Toujours habitée, la cité présente toutes les conditions d'authenticité qui ont justifié son inscription sur la Liste du patrimoine mondial. Beaucoup de monuments ont été réhabilités en leur donnant une nouvelle fonction compatible dans l'esprit d'un programme intégré de sauvegarde mené par le Ministère de la Culture, la Province et l'Agence Urbaine. La population de la ville s'y sent très impliquée et s'approprie le souci de conservation et d'animation de ce haut lieu d'histoire maroco-portugaise, consciente que ce patrimoine appartient désormais à toute l'humanité.

Besoins en matière de protection et de gestion (2009)

Les mesures de protection relèvent essentiellement des différentes lois de classement des monuments historiques et des sites, particulièrement la loi 22-80 (1981) relative à la conservation du patrimoine marocain. La zone de l'ancien fossé des fortifications, aujourd'hui comblé, a été déclarée zone non aedificandi, sur une largeur de 50m. Depuis son inscription en 2004, le Cahier des prescriptions architecturales fut adopté pour renforcer la législation en vigueur. La cité a toujours connu des travaux de restauration selon un programme régulier. Les travaux d'aménagement du port commencés en octobre 2008 permettront son animation et une meilleure visibilité de la forteresse et de libérer le côté est des fortifications afin de révéler les douves. Le Centre d'Études et de Recherches du Patrimoine Maroco-Lusitanien (CERPML), première institution chargée de la gestion du bien, a déjà entrepris l'élaboration du plan de gestion et la constitution d'un comité de gestion en coordination avec ses partenaires.

Le maintien de l'intégrité visuelle par rapport à la zone urbaine d'El-Jadida et la relation harmonieuse entre la ville portugaise et la ville moderne qui l'entoure sont un souci constant qui nécessite le contrôle de la hauteur des constructions à l'intérieur comme à l'extérieur de la zone tampon.

Description longue

[Uniquement en anglais]

The Portuguese city of Mazagan, one of the early settlements of the Portuguese explorers in West Africa, on the route to India, illustrates the interchange of influences (well reflected in architecture, technology and town planning) between European and Moroccan cultures. It illustrates the realization of the Renaissance ideals integrated with Portuguese construction technology.

Mazagan is situated on the Atlantic coast, about 90 km south-west of Casablanca, and faces a natural bay of great beauty. The modern part of the city of El Jadida has developed around the landward side of the Mazagan fortress. Today the city is of great economic and tourist interest, situated as it is in a region rich in production, and also rich in heritage related to the Portuguese period.

The Portuguese first settled the site of Mazagan in 1502, after it had been a Portuguese protectorate since 1486. The only construction on the site was a tower called el-Brija. They decided in 1514 to build a citadel, designed by Francisco and Diogo de Arruda, who also worked on other fortifications in Moroccan medinas. In 1541, after the loss of Agadir, the citadel was enlarged into a fortification. The design was entrusted to a team of engineer-architects - the Portuguese João Ribeiro, the Spaniard Juan Castillo and the Italian Benedetto da Ravenna. Mazagan underwent rapid urban development, including the construction of religious ensembles, responding to the requirements of this period of religious confrontation. By the end of the century, there were four churches and several chapels within the fortification.

The design of the Fortress of Mazagan is a response to the development of modern artillery in the Renaissance. At the present time the fortification has four bastions: the Angel Bastion in the east, St Sebastian in the north, St Antoine in the west, and the Holy Ghost Bastion in the south. The fifth, the Governor's Bastion at the main entrance, is in ruins, having been destroyed by the Portuguese in 1769. The fort had three gates: the Sea Gate, forming a small port with the north-east rampart; the Bull Gate in the north-west rampart; and the main entrance with a double arch in the centre of the south rampart, originally connected to land via a drawbridge. During the French Protectorate the ditch was filled with earth and a new entrance gate opened leading to the main street, the Rua da Carreira and the Sea Gate. Along this street are the best-preserved historic buildings, including the Catholic Church of the Assumption and the cistern.

Two Portuguese religious ensembles are still preserved in the citadel. Our Lady of the Assumption is a parish church built in the 16th century; it has a rectangular plan, a single nave, a choir, a sacristy and a square bell tower. The second structure is the chapel of St Sebastian sited in the bastion of the same name.

The 19th-century mosque in front of the Church of the Assumption delimits the urban square, the Praça Terreiro, which opens towards the entrance of the city. The minaret is an adaptation of the old Torre de Rebate, originally part of the cistern, showing historical continuity. The design of the cistern building, also part of the ensemble, is attributed to João Castilho. It consists of an almost square plan, with three halls on the north, east and south sides, and four round towers: Torre da Cadea (of the prison) in the west, Torre de Rebate in the north, the Tower of the Storks in the east, and the ancient Arab tower of El-Brija in the south. There is also a partly underground central hall constructed with stone pillars and brick vaults in the Manueline manner. The waters are conducted to the cistern through a system of channels from the citadel. The terrace of the ensemble held the Residence of the Captain, a small hospital, and the small Church of the Misericordia, of which only the ruins of the bell tower remain.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Les Portugais s'installèrent pour la première fois sur le site de Mazagan en 1502, placé sous protectorat de la couronne portugaise dès 1486. Le nom de Mazagan apparaît dans des documents arabes et étrangers depuis le XIe siècle, prononcé « Mazagao » en portugais. La seule construction sur le site fut d'abord une tour appelée El-Brija. Après quelques années d'occupation passées dans des constructions temporaires, les Portugais décidèrent de construire une citadelle (1514) conçue par les frères Francisco et Diogo de Arruda qui travaillèrent aussi sur des fortifications de médinas marocaines. En 1541, après la perte d'Agadir, les Portugais décidèrent d'agrandir la citadelle et de construire des fortifications. La conception fut confiée à une équipe d'ingénieurs et architectes composée du portugais Joao Ribeiro, de l'espagnol Juan Castillo et de l'italien, Benedetto di Ravenna. De 1541 à 1548, le gouverneur de la forteresse fut Louis de Loureiro, qui avait déjà été en poste à Ceuta (Brésil) et Mogador (Timor). À cette époque, la ville de Mazagan connut un développement rapide, avec la construction d'ensembles religieux, d'une grande importance à cette époque de confrontations religieuses. À la fin du XVIe siècle, les fortifications abritaient quatre églises et plusieurs chapelles.

Après plus de deux siècles et demi d'occupation, la période lusitanienne de Mazagan, dernière des forteresses portugaises au Maroc, prit fin en 1769. Suite au traité de paix signé avec le sultan Sidi Mohamed Ben'Abdallah (1757- 1790), les Portugais furent contraints de quitter la place par la porte de la Mer dans la plus grande hâte sans emporter aucun de leurs biens ; ils trouvèrent cependant le temps de miner l'entrée principale du fort qui explosa lorsque les Marocains forcèrent l'entrée. Ces explosions firent de nombreuses victimes parmi les Marocains et provoqua la destruction du bastion du Gouverneur et d'une grande partie du rempart. La ville resta vide pendant près d'un demisiècle ; on l'appela al-Mahdouma, « la ruinée ». Au milieu du XIXe siècle, le sultan Moulay Abderrahman ordonna au pacha de la région de relever les parties détruites des fortifications (dans un style quelque peu différent du reste), de construire une mosquée et de restaurer l'ancienne ville portugaise. Le nom de Mazagan fut interdit et la ville s'appela « al Jadida », « la Nouvelle » ou « la Neuve ».

La mosquée d'El Jadida devint un signe de purification, mais ne signifia pas pour autant la destruction des témoignages et des lieux de culte de la période précédente. Musulmans et juifs, Marocains et ressortissants d'autres nationalités cohabitèrent à l'intérieur des remparts, l'église portugaise resta devant la mosquée, même si elle ne servait plus au culte, et des synagogues furent érigées dans la ville. La pluralité raciale et religieuse s'étendit avec l'arrivée de nouveaux Européens, marchands, missionnaires et ambassadeurs, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, dans cette ville que les Français surnommèrent « Le Deauville marocain », en référence à la fameuse station balnéaire française.

Source : évaluation des Organisations consultatives