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Décisions du Comité

37 COM 8B.29

Mont Fuji, lieu sacré et source d’inspiration artistique (Japon)

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné les documents WHC-13/37.COM/8B, WHC-13/37.COM/INF.8B1 et WHC-13/37.COM/INF.8B4,

2.  Inscrit le Mont Fuji, lieu sacré et source d’inspiration artistique, Japon , sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (iii) et (vi)  ;

3.  Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante :

Brève synthèse

Le Fujisan (mont Fuji), cône volcanique solitaire, souvent couronné de neige, s’élevant au-dessus de villages, de la mer et de lacs bordés d’arbres, a inspiré les artistes et les poètes et a été l’objet d’un pèlerinage depuis des siècles. Le mont Fuji est un stratovolcan à environ 100 km au sud-ouest de Tokyo qui s’élève à 3 776 mètres d’altitude. Ses pentes sud descendent jusqu’aux rivages de la mer dans la baie de Suruga.

Le respect et la crainte qu’inspirent la forme majestueuse du mont Fuji et l’activité volcanique intermittente donnèrent naissance à des pratiques religieuses qui associent le shintoïsme et le bouddhisme, les hommes et la nature, la mort et la renaissance symboliques avec l’ascension et la descente rituelles de la montagne formalisées par des chemins, des sanctuaires et des auberges au pied de la montagne. La forme conique quasi parfaite du mont Fuji couronné de neige a inspiré les artistes au début du XIXe siècle, qui ont produit des images qui transcendent les cultures et ont permis de faire connaître la montagne à travers le monde et d’avoir une profonde influence sur le développement de l’art occidental.

Depuis les temps anciens, des pèlerins portant un long bâton commençaient l’ascension de la montagne depuis les sanctuaires Sengenjinja du bas de la montagne pour atteindre le cratère à son sommet, où, selon les croyances, résidait la divinité shintô Asama no Okami. Au sommet, les pèlerins pratiquaient un rite appelé ohachimeguri (littéralement : « tourner autour du bol »), cheminant entre différents points élevés autour du cratère. Il y avait deux sortes de pèlerins, ceux qui étaient conduits par les ascètes de la montagne et, à partir du XVIIe siècle, ceux, en plus grand nombre, qui appartenaient aux sociétés Fuji-ko qui se développèrent sous l’ère d’Edo qui fut stable et prospère.

Les pèlerinages devenant plus populaires à partir du XVIIIe siècle, des organisations furent créées pour aider les pèlerins, des chemins menant au sommet furent dessinés, des refuges de montagne, des sanctuaires bouddhistes et divers équipements furent construits. Les curiosités volcaniques naturelles créées au pied de la montagne par l’écoulement de la lave après les éruptions devinrent des sites sacrés révérés, les lacs et les sources furent utilisés par les pèlerins pour faire leurs ablutions froides, Mizugori, et purifier leur corps avant de gravir la montagne. La pratique du circuit des huit lacs, Hakkaimeguri – comprenant les cinq lacs du Fujigoko – devint un rituel pratiqué par les nombreux adhérents des Fuji-ko. Les pèlerins progressaient dans leur ascension à travers ce qu’ils reconnaissaient comme trois zones : les herbages du bas de la montagne, la forêt puis, au-delà, la montagne brûlée, ou chauve, de son sommet.

À partir du XIVe siècle, les artistes firent un grand nombre de représentations du mont Fuji. Du XVIIe au XIXe siècle, la forme du mont Fuji devint un motif très important, non seulement en peinture mais aussi en littérature, dans l’art des jardins et d’autres métiers d’art, en particulier les estampes sur bois multicolores telles que les Trente-Six Vues du mont Fuji, qui eurent une influence profonde sur l’art occidental au XIXe siècle et permirent à la forme du mont Fuji d’être reconnue comme un symbole du Japon « oriental ».

Le bien en série comprend le sommet de la montagne et, répartis sur les pentes et au pied de la montagne, sept sanctuaires, deux auberges et un groupe de phénomènes naturels révérés composé de huit sources, une chute d’eau, une pinède sur une plage de sable et des arbres moulés dans la lave, qui conjointement forment un témoignage exceptionnel sur la vénération religieuse dont le mont Fuji fut l’objet, et englobe une partie assez significative de sa forme majestueuse pour exprimer sa beauté telle qu’elle a été dépeinte par les artistes et qui eut une profonde influence sur l’évolution de l’art occidental.

Critère (iii) : La forme majestueuse du mont Fuji, stratovolcan solitaire, associée à son activité volcanique intermittente, a inspiré une tradition de culte voué à la montagne depuis les temps anciens jusqu’à nos jours. Par la vénération-ascension jusqu’au sommet et le pèlerinage aux sites sacrés au bas de ses pentes, les pèlerins aspiraient à s’imprégner des pouvoirs spirituels des dieux et des bouddhas qui, selon les croyances, résidaient dans la montagne. Ces associations religieuses relèvent d’une profonde adoration du mont Fuji qui inspira un nombre incalculable d’œuvres d’art dépeignant ce qui était considéré comme une forme parfaite, la gratitude pour sa nature généreuse et une tradition qui insistait sur la coexistence avec l’environnement naturel. La série des sites est un témoignage exceptionnel sur une tradition culturelle vivante centrée sur la vénération du mont Fuji et de sa forme presque parfaite.

Critère (vi) : Les images du mont Fuji, stratovolcan solitaire s’élevant au-dessus de la mer et des lacs, est source d’inspiration pour les poètes, les écrivains et les peintres depuis les temps anciens. En particulier, les représentations du mont Fuji des estampes Ukiyo-e de Katsushika Hokusai et Utagawa Hiroshige datant du début du XIXe siècle ont eu un impact exceptionnel sur l’évolution de l’art occidental et ont permis de faire connaître à travers le monde la forme majestueuse du mont Fuji, toujours appréciée de nos jours.

Intégrité

La série comprend tous les éléments nécessaires pour exprimer la majesté du mont Fuji et ses associations spirituelles et artistiques. Toutefois, en raison du développement de la partie basse de la montagne, la relation entre les chemins de pèlerinage et les sanctuaires et auberges associés n’est plus appréciable à première vue. Le bien en série n’apparaît donc pas comme un tout et ne permet pas non plus de percevoir clairement comment chaque site contribue à l’ensemble d’une manière substantielle. Il est nécessaire de renforcer l’interconnexion entre les sites qui composent le bien et de mettre en place une interprétation qui permette une meilleure compréhension de la valeur de l’ensemble et les fonctions des différentes parties du bien par rapport au pèlerinage.

En termes d’intégrité spirituelle, la pression du très grand nombre de pèlerins durant les deux mois d’été et de l’infrastructure qui les accueille, à savoir les refuges de montagne, les chemins où passent les tracteurs pour l’approvisionnement des refuges et les grandes barrières qui protègent les chemins des chutes de pierres, vont à l’encontre de l’atmosphère spirituelle de la montagne. Les cinq lacs (Fujigoko) et, en particulier les deux plus grands lacs - lac Yamanaka et lac Kawaguchi - sont confrontés à une pression croissante due au tourisme, de même que les sources et les étangs sont menacés par les constructions basses qui envahissent les abords des sites.

Authenticité

Du point de vue de la capacité de la série dans son ensemble à exprimer sa valeur spirituelle et esthétique, celle-ci est actuellement limitée par la manière dont les sites individuels transmettent leur signification par rapport aux autres sites et par rapport à la montagne dans sa totalité. Les parties constitutives doivent être mieux intégrées dans l’ensemble du bien et les liens entre les sanctuaires, les auberges et les chemins de pèlerinage doivent être clairement définis.

Du point de vue de l’authenticité des sites individuels, les attributs physiques des chemins d’altitude, des sanctuaires et des auberges est intacte. La rénovation périodique des sanctuaires est une tradition vivante. Le sanctuaire Ise est rénové tous les 20 ans tandis que d’autres sanctuaires (ou des parties de sanctuaires) associés au mont Fuji sont restaurés tous les 60 ans. Cela signifie que leur authenticité repose sur leur situation, leur conception, leurs matériaux et leurs fonctions plutôt que sur l’ancienneté de leurs parties constitutives. Toutefois, l’emplacement et l’environnement de certains sites - par exemple entre les lacs, les étangs, la chute d’eau et une pinède - sont compromis par le développement qui interfère avec la visibilité entre les sites.

Mesures de gestion et de protection

Différentes parties du bien ont été officiellement classées bien culturel important, lieu de beauté pittoresque spéciale, monument naturel spécial, site historique, lieu de beauté pittoresque, en plus de la désignation comme parc national. Le paysage du sommet du mont Fuji est protégé au sein du parc national Fuji-Hakone-Izu qui comprend les arbres de lave et les lacs Yamanaka et Kawaguchi. La plupart des sites constitutifs, dont les chemins d’ascension, les sanctuaires et les lacs du sommet de la montagne, bénéficient depuis deux ans d’une protection nationale en tant que biens culturels importants, sites historiques ou lieux de beauté pittoresque. Les sanctuaires Sengen-jinja Murayama et Fuji et les sources d’Oshino Hakkai sont protégés depuis septembre 2012.

La protection de la zone tampon est assurée par la loi sur les paysages et les orientations sur les projets d’occupation des sols (et législation associée). Toutes les parties constitutives et les zones tampons seront couvertes par les plans paysagers vers 2016. Ces derniers offrent le cadre dans lequel les municipalités entreprennent le contrôle du développement.

Il reste à éclaircir la manière dont ces différentes lois contrôlent en pratique l’échelle et l’emplacement des constructions susceptibles d’avoir un impact sur les sites. En principe, elles sont liées à la nécessité d’un développement harmonieux (du point de vue de la couleur, de la conception, de la forme, de la hauteur, des matériaux et parfois de l’échelle). Toutefois, les contrôles les plus stricts semblent s’appliquer d’abord à la couleur et à la hauteur. Il est nécessaire d’établir des contrôles plus stricts de l’échelle et de l’emplacement des constructions, en particulier pour les hôtels, sur les premiers contreforts de la montagne.

Les préfectures de Yamanashi et Shizuoka et les municipalités concernées ont mis en place le Conseil du patrimoine culturel mondial du mont Fuji afin de créer un système de gestion global du bien. Ces organismes travaillent aussi en étroite collaboration avec les principales agences nationales concernées que sont l’Agence pour les affaires culturelles, qui est l’autorité compétente chargée de la préservation et de la gestion des biens du patrimoine culturel du Japon, le ministère de l’Environnement et l’Agence forestière. Ce Conseil reçoit des éléments du Comité académique d’experts pour la recherche, la préservation et la gestion du mont Fuji.

Le Plan de gestion et de préservation global du mont Fuji a été établi en janvier 2012 pour coordonner les actions de toutes les parties, y compris celles des habitants. Le plan définit non seulement des méthodes de préservation, de gestion, d’entretien et d’utilisation pour la totalité du bien mais aussi pour chaque site individuel ; il définit les rôles respectifs des organismes publics locaux et nationaux et d’autres organisations concernées. De plus, il existe des plans pour les parcs dans le cadre de la Loi sur les parcs et des plans de gestion forestiers dans le cadre de la Loi sur l’administration et la gestion  des forêts nationales qui prévoient des mesures de gestion du paysage visuel depuis d’importants points de vue.

Le bien est soumis à des besoins contradictoires : l’accès et les loisirs d’une part et le maintien des qualités esthétiques et spirituelles d’autre part. Une « vision » pour le bien sera adoptée d’ici à la fin 2014, qui définira les approches pour traiter cette fusion nécessaire et pour montrer comment la série entière peut être gérée globalement en tant que paysage culturel qui rassemble les relations entre les éléments et insiste sur leurs liens avec la montagne. Cette vision garantira la manière dont le bien est géré en tant que paysage culturel et orientera la révision de plan de gestion vers la fin 2016.

Une approche globale de la conservation des chemins d’altitude et des refuges associés est nécessaire afin de stabiliser les voies, de gérer l’érosion causée par les visiteurs et l’eau et de gérer l’acheminement des provisions et de l’énergie.

Le Conseil du patrimoine culturel mondial du mont Fuji prévoit d’achever le développement d’une stratégie de gestion des visiteurs et de l’adopter d’ici à la fin 2014. Cette stratégie est nécessaire pour servir de base aux décisions concernant la capacité d’accueil des chemins d’altitude très fréquentés, les parcs de stationnement, les bâtiments de service et les interférences visuelles, mais aussi pour faire partager aux visiteurs une perception cohérente des sites et de leurs associations. Cela est particulièrement crucial pour les sites du bas de la montagne, dont les relations avec les chemins de pèlerinage doivent être clarifiées. Une stratégie d’interprétation sera adoptée vers la fin 2014.

4.  Recommande que l’État partie rende opérationnel le système de gestion afin de gérer le bien en tant qu’entité et paysage culturel compte tenu de ce qui suit :

a)  mettre en place une vision globale du bien en fonction des besoins contradictoires que sont l’offre d’accès et de loisirs et le maintien des qualités esthétiques et spirituelles,

b)  définir les chemins de pèlerinage du bas de la montagne par rapport aux sanctuaires et aux auberges ainsi qu’aux chemins d’ascension d’altitude, et montrer comment ces voies peuvent être perçues et comprises,

c)  développer une stratégie de gestion des visiteurs basée sur des recherches sur les capacités d’accueil des chemins d’accès d’altitude,

d)  développer une approche globale de la conservation pour les chemins d’accès d’altitude et leurs refuges associés ainsi que les chemins d’approvisionnement,

e)  développer une stratégie d’interprétation qui explique comment chaque site individuel peut être apprécié et compris au sein du bien dans son ensemble et par rapport aux chemins de pèlerinage du haut et du bas de la montagne, afin d’orienter le développement des centres de visiteurs et l’interprétation des sites individuels,

f)   renforcer les indicateurs de suivi afin de refléter les aspects spirituels et esthétiques du paysage;

5.  Demande à l’État partie de soumettre un rapport sur l’état de conservation au Centre du patrimoine mondial d’ici au 1er février 2016 afin de faire le point sur les progrès réalisés dans le développement d’une vision globale du bien, d’une stratégie du tourisme, d’une approche de la conservation des chemins d’accès, d’ une stratégie d’interprétation, d’une stratégie de la gestion des risques ainsi que sur la révision globale du plan de gestion pour refléter une approche de paysage culturel, et le soumettre pour examen au Comité du patrimoine mondial à sa 40e session en 2016 et encourage l’État partie demander les conseils de l’ICOMOS concernant ces approches.

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial, Valeur universelle exceptionnelle
Etats Parties : Japon
Session : 37COM