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Décisions du Comité

37 COM 8B.23

Site archéologique d’Al Zubarah (Qatar)

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné les documents WHC-13/37.COM/8B.Add et WHC-13/37.COM/INF.8B1.Add,

2.  Inscrit le Site archéologique d’Al Zubarah, Qatar , sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (iii), (iv) et (v) ;

3.  Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante :

Brève synthèse

La ville côtière d’Al Zubarah, entourée de son enceinte, a prospéré pendant une courte période d’une cinquantaine d’années à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.

Fondée par des marchands Utub venus du Koweït, sa prospérité est liée au commerce de matières premières de grande valeur, en particulier l’exportation des perles. Au sommet de sa prospérité, Al Zubarah entretenait des liens commerciaux avec l’océan indien, l’Arabie et l’ouest de l’Asie.

Al Zubarah s’inscrit dans une longue ligne de villes marchandes fortifiées et prospères qui furent fondées le long de la côte du golfe Persique, dont une partie se trouve aujourd’hui au Qatar, à partir du début de la période islamique autour du IXe siècle, et qui établirent une relation symbiotique avec des établissements de l’arrière-pays. Au fils des siècles, ces villes marchandes furent probablement concurrentes les unes des autres dans le commerce qu’elles pratiquèrent dans l’Océan indien.

Al Zubarah fut détruite en grande partie en 1811 et finalement abandonnée au début du XXe siècle, les bâtiments en pierre et mortier se sont écroulés et furent recouverts progressivement d’une couche de sable protectrice venant du désert. Une petite partie de la ville a été fouillée. Le bien comprend les restes de la ville, avec ses palais, ses mosquées, ses rues, ses maisons à patios et ses cabanes de pêcheurs, son port et sa double enceinte défensive et, du côté de la terre, un canal, deux murs de protection et des cimetières. À quelque distance de là se trouvent les vestiges du fort de Qal’at Murair, avec des traces de gestion et de distribution de l’eau dans le désert ainsi qu’un autre fort construit en 1938.

Ce qui distingue Al Zubarah des autres villes marchandes du Golfe est premièrement que sa durée de vie a été relativement courte, deuxièmement qu’elle a été abandonnée, troisièmement qu’elle est restée largement intacte car elle a été recouverte par le sable du désert et quatrièmement que son environnement est encore lisible grâce aux restes des petits établissements satellites et aux vestiges de villes probablement concurrentes le long des côtes.

Le plan urbain d’Al Zubarah a été préservé sous le sable du désert. L’ensemble de la ville, encore insérée dans son arrière-pays désertique, est une image vivante du développement d’une société marchande de la région du Golfe et son interaction avec le paysage désertique environnant.

Al Zubarah n’est pas exceptionnelle parce qu’elle était unique ou qu’elle se distinguait d’une quelconque manière des autres établissements mais plutôt par la manière dont elle peut être envisagée comme un témoignage exceptionnel d’une tradition de ville marchande et de pêche perlière qui fit vivre les grandes villes côtières de la région du début de la période islamique jusqu’au XXe siècle, et un exemple parmi la série des villes qui ont réécrit la carte politique et démographique du Golfe aux XVIIIe et XIXe siècles et ont conduit au développement de petits États indépendants qui prospérèrent hors du contrôle des empires ottoman, européen et perse et qui ont conduit à l’émergence des États modernes du Golfe.

Critère (iii) : La ville abandonnée d’Al Zubarah, en tant que seul site à avoir conservé un plan urbain complet d’une ville perlière et marchande d’Arabie, est un témoignage exceptionnel de la tradition perlière et commerçante du golfe Persique aux XVIIIe et XIXe siècles, presque la dernière manifestation d’une tradition florissante qui fit vivre les grandes villes côtières de la région depuis le début de la période islamique, ou des temps plus reculés, jusqu’au XXe siècle.

Critère (iv) : Al Zubarah, en tant que ville fortifiée liée à des établissements de son arrière-pays donne une image de la série de créations urbaines qui a réécrit la carte politique et démographique du Golfe aux XVIIIe et au début du XIXe siècles par sa construction sur un site stratégique de la région en tant que nœud commercial. Al Zubarah peut donc être considérée comme un exemple des petits États indépendants qui furent créés et qui prospérèrent aux XVIIIe et au début du  XIXe siècle indépendamment de la domination des empires ottoman, européen et perse. Cette période peut aujourd’hui être considérée comme une phase importante de l’histoire humaine, lorsque furent fondés les États du Golfe qui existent toujours.

Critère (v) : Al Zubarah apporte un témoignage unique sur l’interaction humaine à la fois avec la mer et avec l’environnement hostile du désert. Les poids des pêcheurs de perles, la description des boutres, les nasses, les puits et les activités agricoles et les céramiques importées montrent comment la ville s’est développée par les échanges et le commerce et à quel point les habitants de la ville étaient liés à la mer et au désert de l’arrière-pays.

Le paysage urbain d’Al Zubarah, son paysage maritime relativement intact et son arrière-pays désertique ne sont pas intrinsèquement remarquables ou uniques par rapport aux autres établissements du Golfe ; ils ne mettent pas non plus en évidence des techniques de gestion des terres originales. Ce qui les rend exceptionnels est le témoignage qu’ils apportent du fait du complet abandon du site depuis trois générations. Ils sont ainsi appréhendés comme un témoignage fossile de la manière dont les villes côtières marchandes tiraient leurs ressources de la mer et de l’arrière-pays désertique à une époque donnée.

Intégrité

Al Zubarah est restée en ruines après sa destruction en 1811. Seule une petite partie de la ville d’origine a été réoccupée à la fin du XIXe siècle. Il en résulte que l’aménagement urbain du XVIIIe siècle a été presque entièrement préservé in situ.

Le site proposé pour inscription comprend la totalité de la ville et son arrière-pays immédiat, tandis que la zone tampon englobe une partie bien plus vaste du désert environnant. Les limites du bien comprennent par conséquent tous les attributs qui expriment la localisation et les fonctions du site.

Les vestiges physiques sont très vulnérables à l’érosion, autant ceux qui n’ont pas été perturbés par des fouilles que ceux qui ont été fouillés. Toutefois, les  études et les expériences approfondies, menées actuellement ou lors des quelques saisons passées, traitent la stabilisation optimale et l’approche de la protection. Le site est entièrement entouré d’une solide barrière. L’intégrité de ses environs est protégé de manière adéquate.

Authenticité

Seule une petite partie de la ville a été fouillée en trois phases : au début des années 1980, entre 2002 et 2003, et depuis 2009. Les travaux de restauration effectués dans les années 1980 impliquaient quelques reconstructions de murs et, dans certains cas, l’utilisation de ciment qui a eu un effet destructeur. Le manque d’entretien du site avant 2009 a entraîné une dégradation importante des murs exposés. L’authenticité des vestiges révélés par les premières fouilles est, dans une certaine mesure, compromise. Mais ceux-ci ne représentant qu’un très faible pourcentage de l’ensemble des vestiges, l’impact global reste limité.

Depuis 2009, les nouvelles fouilles sont systématiquement enfouies sous le sable. Depuis 2011, un projet vise à stabiliser les murs grâce à des méthodes conçues après des essais et des recherches utilisant les dernières technologies disponibles. Ces méthodes devraient permettre de fouiller des zones à consolider afin de les rendre visibles aux visiteurs.

Eléments requis en matière de gestion et de protection

Al Zubarah est classé comme site archéologique selon la Loi sur les antiquités no. 2 de 1980 et son amendement, la Loi no. 23 de 2010. En tant que tel, c’est un bien légalement protégé.

La zone tampon est aujourd’hui légalement approuvée par le ministère de la municipalité et de l’urbanisme du Qatar. Cela signifie qu’aucun permis ne sera accordé pour aucun développement économique ou projet de construction dans la zone tampon.

La réserve de biosphère d’Al Reem et le parc du patrimoine national du nord du Qatar, où se trouve le site archéologique d’Al Zubarah, ont le statut de zones protégées par la loi. Ces deux entités étendent effectivement la protection à la zone environnante. Le plan de structure de Madinat Ash Shamal qui doit être approuvé en 2013 garantira la protection du site de tout empiètement urbain du côté nord-est.

Le plan directeur national du Qatar (QNMP) stipule que la protection des sites culturels, dont le site archéologique d’Al Zubarah est le plus important, est d’une importance cruciale pour tout le Qatar (Politique BE 16). Les « zones de conservation » sont définies afin d’assurer cette protection et les mesures spécifiques stipulent expressément que cela concerne la région côtière du Nord du Qatar (zone de protection côtière) et la zone comprise entre Al Zubarah et Al Shamal (zone de conservation d’Al Shamal). Le plan précise aussi que la croissance sera limitée par les zones protégées et que le réseau routier prévu évitera la zone tampon.

Une unité de gestion de site sera dirigée conjointement par le projet QIAH et le QMA jusqu’en 2015. Un gestionnaire de site nommé par le QIAH travaille en collaboration avec un gestionnaire de site adjoint nommé par le QMA. Un Comité national chargé du bien comprend des représentants de diverses parties prenantes, notamment la communauté locale, plusieurs ministères et les universités du Qatar et de Copenhague ; il est présidé par le Vice-président du QMA. Son but est de faciliter le dialogue et de conseiller le QMA sur la protection et le suivi du bien.

Un plan de gestion approuvé sera mis en œuvre en trois phases sur une période de neuf ans. La première phase (2011-2015) est axée sur les fouilles archéologiques, la conservation et la préparation d’un plan directeur pour le développement du tourisme, comprenant la planification et la conception d’un centre pour les visiteurs qui devrait ouvrir en 2015 et le renforcement des capacités ; la seconde phase (2015–2019) est une stratégie à moyen terme pour la présentation et le renforcement des capacités qui comprendra des recherches archéologiques supplémentaires ; pendant la troisième phase (2019 et après), le QMA prendra l’entière responsabilité de la gestion du site qui devrait, d’ici là, avoir fait l’objet de mesures de conservation et de présentation.

Le projet QIAH (Qatar Islamic Archaeology and Heritage Project) a été lancé conjointement par le QMA et l’Université de Copenhague en 2009. Ce programme de dix ans vise à mener des recherches sur le site et son arrière-pays et à préserver ses fragiles vestiges.

Une stratégie de conservation est spécialement adaptée aux caractéristiques de la construction en terre et a été mise au point pour répondre aux exigences posées par les ruines d’Al Zubarah. Son but est de protéger et de renforcer les vestiges de la ville afin de les préserver pour les générations futures ; d’accueillir un quota annuel de visiteurs ; et de leur permettre d’être lisible comme un livre ouvert sur l’histoire de la ville. Il est entendu qu’en raison des conditions environnementales  et de la composition des bâtiments historiques, le travail de conservation ne peut pas stopper complètement le processus de détérioration et qu’un programme d’entretien et de suivi régulier est prévu. Un livret de la conservation a été préparé, qui comprend le Concept de la conservation et le Manuel de la conservation et qui permet de mettre les recherches, les analyses et la stratégie de conservation adoptée à la disposition de tous, de manière simple, facilement accessible et cependant hautement professionnelle.

Un groupe d’experts rassemblés au sein du Groupe de stratégie pour la conservation du patrimoine se réunit au moins trois par an afin de suivre les activités de conservation et d’optimiser la mise en œuvre de la stratégie de conservation. Un programme de formation aux techniques de la conservation a débuté afin de former le personnel à toutes les activités de restauration entreprises sur le site.

Les défis de la conservation de vestiges extrêmement vulnérables dans un climat hostile est immense. L’approche choisie pour étudier, analyser et conserver le site ainsi que la gestion des visiteurs visent à l’exemplarité.

4.  Recommande que l’État partie prenne en considération les points suivants :

a)  effectuer une étude d’impact sur le patrimoine pour tous les grands projets d’infrastructure au voisinage du bien afin de garantir que ceux-ci n’ont pas d’impact négatif sur la ville et son arrière-pays désertique,

b)  poursuivre les études, les recherches et les analyses qui sont menées à grande échelle sur l’environnement du bien et, plus particulièrement, ses relations avec les autres villes côtières et les établissements de l’arrière-pays.

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial, Valeur universelle exceptionnelle
Etats Parties : Qatar
Session : 37COM