jump to the content

Décisions du Comité

35 COM 8B.42

Biens Culturels - Centre historique de Bridgetown et sa garnison (Barbade)

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné les documents WHC-11/35.COM/8B et WHC-11/35.COM/INF.8B1,

2. Inscrit le Centre historique de Bridgetown et sa garnison, Barbade, sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (ii), (iii) et (iv);

3. Prend note de la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle provisoire suivante:

 

Brève synthèse

Connue comme l'une des toutes premières villes avec un port fortifié dans le réseau caribéen des avant-postes militaires maritimes et commerciaux britanniques de l'Atlantique, le centre historique de Bridgetown et sa garnison fut le moteur de l'expansion anglaise basée sur le commerce dans les Amériques. Au XVIIe siècle, la cité portuaire fortifiée put manifester sa suprématie en développant le commerce britannique outre-Atlantique d'une denrée de base tropicale, le sucre. Elle servait à entreposer les marchandises et les personnes réduites en esclavage envoyées à la Barbade et dans le reste des Amériques.

Les modes de peuplement irréguliers de la ville historique de Bridgetown et le tracé des rues XVIIe siècle, de type médiéval anglais, sont attribués à son développement spontané. Le schéma organique des rues sinueuses a contribué à l'épanouissement et à la transformation des formes créolisées d'architecture tropicale, dont le style géorgien des Caraïbes, qui se sont greffées sur le plan urbain inchangé. 

Les espaces du port fortifié de Bridgetown étaient reliés le long de Bay Street par un passage menant du centre historique à la garnison Sainte-Anne. La position de l'île, la plus au vent des territoires caribéens, mais aussi premier port d'escale de la traversée transatlantique, conféra à la colonie des avantages commerciaux et militaires non négligeables au plus fort du conflit impérial au XVIIIe siècle. La baie de Carlisle, port naturel du bien, était parfaitement bien placée comme base de lancement pour la projection et la défense de la puissance de l'Empire britannique pour défendre et développer les intérêts commerciaux de la Grande-Bretagne dans la région et le monde atlantique. Utilisée comme base de commandement et de contrôle amphibies, la garnison du centre historique de Bridgetown fut établie dans les années 1650 en un système complexe de gouvernement de garnison qui allait devenir ultérieurement la garnison coloniale britannique structurellement la plus aboutie et la plus fonctionnelle du monde atlantique aux XVIIIe et XIXe siècles.

Critère (ii) : Le centre historique de Bridgetown est conçu selon un plan de rues du XVIIe siècle semblable à celui des premières cités médiévales ou de négoce anglaises, avec sa configuration de ruelles et de rues étroites et sinueuses. Au cours de sa période initiale de peuplement, la ville connut un développement spontané et ne tarda pas à devenir un port très actif de l'Atlantique. La cité historique a conservé son empreinte originale pendant près de quatre siècles. Le fait d'avoir conservé le tracé des rues historique a également permis de soutenir en permanence la préservation et l'évolution des fonctions dans l'espace urbain colonial et postcolonial dont l'usage à des fins administratives, commerciales, culturelles et résidentielles est encore relativement intact. Les communautés qui occupaient la ville ont laissé leur empreinte sur le paysage urbain à travers leur architecture tropicale et leurs  monuments. Le centre historique de Bridgetown et sa garnison a pris une part active au négoce international, non seulement des marchandises, mais aussi à la transmission des idées et des cultures qui caractérisaient l'entreprise d'expansion coloniale outre Atlantique. Au cours du XVIIe siècle, des relations commerciales s'établirent avec l'Angleterre, l'Amérique du Nord, l'Afrique et les colonies caribéennes, faisant du port un centre cosmopolite de commerce, de peuplement et d'exploitation.

Critère (iii) : Dans la période ayant précédé l'émancipation, l'orientation maritime et mercantile de la ville produisit une culture cosmopolite composée de personnes libres et asservies, vivant dans une matrice urbaine qui soutenait et alimentait l'économie dominante de l'île basée sur les plantations. La stratification sociale de Bridgetown est bien documentée et apporte un témoignage exceptionnel sur plusieurs groupes professionnels, religieux, ethniques, libres et asservis, qui ont contribué à soutenir, mais aussi parfois à contester les intérêts commerciaux de l'économie rurale des plantations et du commerce international. La rencontre des cultures dans ce contexte a créé une culture créole hybride dans les Caraïbes anglophones qui, sans abandonner totalement les usages européens ou africains, a trouvé une expression dans les nouvelles relations sociales, la langue, la mode et l'architecture qui se sont adaptées au cadre de vie caribéen. Ces traditions perdurent dans la manière dont l'espace urbain fonctionne aujourd'hui et est utilisé par les personnes qui le visitent, y travaillent et y habitent. La ville historique de Bridgetown demeure un centre pour l'administration, le commerce et la culture. La tension entre l'ordre et l'ingéniosité se manifeste à travers le patrimoine matériel et immatériel du centre historique de Bridgetown et sa garnison.

Critère (iv): La garnison Sainte-Anne et ses fortifications qui protégeaient la ville et son port constituent le plus bel ensemble de garnison en brique du monde atlantique britannique. Elle constitue un paysage urbain semi-planifié intégré avec un thème dominant d'architecture en brique et représente une garnison presque complète des XVIIIe-XIXe siècles. Le reste du paysage et son système de fortifications, qui est resté quasiment inchangé pendant 200 ans, donne une excellente idée d'une période charnière de la puissance de l'Empire britannique et du rôle de la garnison en tant que base d'opérations avancée pour le commandement et le contrôle amphibies, chargée de défendre et promouvoir les intérêts britanniques dans le monde atlantique, en particulier pendant la Guerre d'indépendance américaine. Le centre historique de Bridgetown et sa garnison possède une formidable collection d'entrepôts et de docks de l'époque coloniale. Construits pour résister aux cyclones et entreposer les marchandises et les protéger contre les dommages auxquels les exposent l'environnement tropical, les entrepôts des XVIIIe et XIXe siècles le long du Carénage et de Hincks Street figurent parmi les lieux de stockage de denrées coloniales les mieux conservés des territoires britanniques outre Atlantique. Édifiée entre 1889 et 1893, la cale sèche de Bridgetown symbolise la puissance de la technologie navale du temps de la marine à voile et à vapeur, où des milliers de navires étrangers faisaient escale à Bridgetown et mouillaient dans la baie de Carlisle pour se ravitailler et faire les réparations nécessaires.

Intégrité

Les premiers chemins et routes du XVIIe siècle constituent encore la base du plan de rues organique de Bridgetown. L'histoire architecturale de l'île et, en particulier, des édifices qu'on trouve dans le centre historique de Bridgetown et sa garnison, est bien développée et offre une expression unique des styles vernaculaires dans l'évolution de l'architecture caribéenne. La persistance du plan urbain irrégulier, la présence de bâtiments administratifs, maritimes, mercantiles, religieux et autres édifices culturels, notamment les bâtiments publics, les lieux de culte et d'enseignement, les immeubles résidentiels et les « chattel houses » du centre historique de Bridgetown sont autant d'éléments qui ajoutent à son caractère. La garnison a conservé une proportion d'attributs physiques remarquablement élevée, qui illustre une période marquante de l'histoire et du patrimoine militaire colonial britannique. Ces bâtiments et ces espaces, en particulier la garnison, continuent de remplir aujourd'hui les mêmes fonctions pour les habitants du bien qu'à l'époque coloniale.

Authenticité

La configuration médiévale anglaise des rues et des ruelles sinueuses du centre historique de Bridgetown lui confère une authenticité palpable qui permet d'en retracer les origines au début du XVIIe siècle. Ce plan urbain a été conservé en dépit de la transformation de la cité portuaire fortifiée maritime et mercantile en une ville tropicale contemporaine cosmopolite qui demeure le centre national de l'île. Bay Street, l'une des plus vieilles rues de la Barbade et sûrement des Caraïbes anglophones, continue de relier le centre historique de Bridgetown à sa garnison. Le tracé des rues et le paysage urbain environnant qui ont été préservés apportent un témoignage de près de quatre siècles d'évolution et d'adaptation dans un contexte tropical.

Mesures de gestion et de protection

La gestion, la protection légale et la conservation sont les trois piliers sur lesquels repose le plan de gestion du bien. Cet instrument garantit l'entière protection du bien en lui assurant un développement durable et harmonieux. Le plan de gestion est complété par une structure de planification bien documentée et réussie et un système d'appui intégré de la législation et des politiques générales. Toutes les structures pertinentes ont été répertoriées et constituent l'élément central d'une base de données de gestion. La gestion du site sera confiée au secteur public à travers le Cabinet du gouvernement de la Barbade qui est chargé en dernier ressort de la gestion du bien. L'autorité a été officiellement conférée au Comité du patrimoine mondial de la Barbade. La gestion sera partagée et suppose un effort de collaboration de plusieurs organisations non gouvernementales et de la société civile, y compris d'un certain nombre de propriétaires de biens qui ont des responsabilités et des intérêts à l'intérieur du bien. Le Comité du patrimoine mondial de la Barbade joue un rôle prépondérant dans l'administration du plan de gestion et veille à l'application de la Convention. Il émet des recommandations sur les politiques et les programmes pour la conservation et la gestion du bien, évalue et suit toutes les questions relatives à la protection et à la gestion du bien et, surtout, continue à travailler sans relâche pour faire en sorte que les systèmes de gestion maintiennent et préservent la valeur universelle exceptionnelle du bien.

 

4. Recommande que l'État partie:

a) établisse un programme d'études et de formation dans le domaine de la construction traditionnelle, de l'artisanat, des matériaux et de la conservation, en collaboration avec les institutions tertiaires locales,

b) mette en œuvre également un programme qui lui permettra de mesurer et de documenter tous les bâtiments qui se trouvent dans le site;

5. Demande à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial un rapport sur les recommandations ci-dessus, d'ici le 1er février 2012, en particulier sur la mise en œuvre du nouveau plan de gestion pour la conservation du bien, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012.

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial
Etats Parties : Barbade
Session : 35COM