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Décisions du Comité

35 COM 8B.18

Biens Culturels - Paysage culturel du pays konso (Éthiopie)

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné les documents WHC-11/35.COM/8B.Add et WHC-11/35.COM/INF.8B1.Add,

2. Inscrit le Paysage culturel du pays konso, Éthiopie, sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (iii) et (v) ;

3. Prend note de la Déclaration provisoire de valeur universelle exceptionnelle suivante:

 

Brève synthèse

Le Paysage culturel du pays konso se caractérise par de vastes terrasses en pierre sèche qui témoignent de la lutte séculaire de l'homme pour exploiter un environnement hostile, aride et accidenté, qui a donné ces superbes alignements de terrasses en pierre sèche. Les terrasses préviennent l'érosion des sols, maximisent la rétention d'eau, laissent s'écouler l'excédent et créent des selles utilisées pour l'agriculture. Elles représentent la caractéristique principale du paysage konso et les versants des collines sont constitués par les terrasses en pierre sèche qui atteignent par endroits jusqu'à 5 mètres de haut.

Les villages aux murs de pierre sèche (paleta) du pays konso sont implantés au sommet de hautes collines choisies pour leurs qualités stratégiques et défensives. Ces villages sont diversement entourés de un à six murs de défense concentriques faits de pierres sèches extraites dans la région.

Les places culturelles ou moras aménagées dans les villages fortifiés, conservent un rôle important et central dans la vie du pays konso. Certains villages fortifiés peuvent compter jusqu'à 17 moras. La tradition de la daga-hela, stèle en pierre érigée pour chaque génération, extraite, transportée et dressée selon un rituel établi, en fait l'une des dernières populations mégalithiques.

Les forêts sacrées servent de sites funéraires aux chefs du rituel qui les utilisent dans les cérémonies à des fins rituelles et pour leurs plantes médicinales. Des statues de bois anthropomorphiques, les wakas, sculptées dans un bois dur et représentant le défunt, sont érigées comme marqueurs funéraires. Leurs réservoirs d'eau ou hardas sont communément édifiés dans le paysage et conservés à des fins culturelles.

Critère (iii) : Les Konsos pourraient être qualifiés de peuples mégalithiques pour leur usage intensif et systématique de la pierre. Le paysage culturel konso se compose avant tout de terrasses en pierre sèche dont la réalisation est la plus spectaculaire au monde, toujours activement utilisées par le peuple même qui les a créées. Cet extraordinaire paysage en terrasse témoigne de la lutte de l'homme pour exploiter un environnement pourtant hostile sur plus de 230 km², qui se pose aujourd'hui en exemple d'une réalisation majeure de l'humanité. Le paysage culturel présente également une tradition vivante d'édification de stèles. Les Konsos dressent des pierres/stèles tous les sept et onze ans pour commémorer et marquer le transfert de responsabilité de l'ancienne à la jeune génération, et érigent des arbres « génération » pour commémorer un cycle complet de transfert de génération tous les 18 ans. Par ailleurs, ils dressent également des stèles en pierre ou daga-diruma sur les tombes. Les Konsos figurent peut-être parmi les derniers peuples à ériger des stèles dans le monde et à ce titre ils « apportent un témoignage unique ou pour le moins exceptionnel d'une tradition culturelle ou d'une civilisation vivante ou disparue ». Le système funéraire konso comprend la tradition de momification des chefs rituels (poqola). Ce rituel, ainsi que la sculpture et la pose d'une statuette anthropomorphique en bois stylisé (waka) représentant le défunt, constituent un témoignage vivant exceptionnel de traditions qui sont sur le point de disparaître.

Critère (v) : Le paysage culturel du pays konso, avec son schéma de peuplement, d'exploitation d'un milieu hostile et ses structures sociales extrêmement organisées, est forgé par une forte tradition qui repose sur des valeurs communes ayant abouti à la création du tissu culturel et socio-économique konso. Les terrasses de pierre sèche qui constituent l'élément dominant du paysage konso montrent la stratégie d'adaptation des Konsos à l'environnement aride. La main-d'œuvre requise pour la construction des terrasses a dû nécessiter une forte cohésion et une unification des liens entre tous les clans. L'organisation sociale qui a permis aux forces de travail d'exécuter la construction des terrasses et l'application des savoir-faire technologiques autochtones ont imposé certaines divisions du travail qui subsistent encore de nos jours dans le système traditionnel konso. Les Konsos effectuent régulièrement des travaux d'entretien et de conservation. Ils restent profondément attachés à leurs traditions d'exploitation de leur environnement selon un véritable savoir-faire autochtone des techniques de conservation des sols et de l'eau. Cela a servi de leçon en matière de protection environnementale aux populations vivant dans le même type d'environnement en Ethiopie et de fréquentes visites au konso sont effectuées par les fermiers et les étudiants en agriculture de tout le pays.

Intégrité

La démarcation du périmètre du paysage culturel konso a été établie en tenant compte de l'histoire socio-économique, culturelle et visuelle du peuple konso. Le paysage en terrasses est considéré dans son intégralité. Le paysage est délimité par des marqueurs naturels et culturels. C'est ainsi qu'a été maintenue l'intégralité du site.

Authenticité

Le paysage culturel du pays konso conserve encore largement sa forme et sa conception d'origine. Les matériaux utilisés pour la construction initiale des terrasses et des fortifications sont extraits sur place et leur conservation est assurée par les membres de la communauté. Les terrasses continuent de remplir leur usage et leurs fonctions initiales. Les villages fortifiés sont habités par les communautés et organisés selon le système traditionnel. Les forêts sacrées traditionnelles sont encore protégées et utilisées pour des rituels et des funérailles. Les réservoirs sont toujours en usage et bénéficient d'un entretien régulier. La conservation des terrasses, des villages fortifiés, des forêts et des réservoirs continue de se pratiquer selon des techniques ancestrales. La tradition des stèles rituelles de génération, des pierres et des arbres « génération » selon le « système de classification » des générations par l'âge se pratique activement. Le groupe d'âge actif utilise encore les maisons culturelles collectives (moras). Les statues en bois continuent d'être érigées sur les tombes.

Les communautés observent le code traditionnel de respect de la culture et l'adhésion au groupe d'âge (hela) et le gardien (kanta) reste chargé de la protection et de la conservation des villages fortifiés, des réservoirs, des moras et des terrasses en pierre sèche.

Mesures de protection et de gestion

Le bien est protégé par des lois coutumières, régionales et fédérales. Le code traditionnel de gestion du paysage culturel est appliqué parallèlement au système administratif contemporain. Les membres élus de la communauté et les anciens assurent la protection et la gestion des biens culturels. Des comités de gestion sont constitués à tous les niveaux de responsabilité locale et de district, et impliquent toutes les parties prenantes. Un Bureau de gestion du paysage culturel du pays konso (avec six agents de l'administration gouvernementale) a été mis en place afin d'assumer le travail de planification, de financement, de supervision et de conservation. La Constitution (Proclamation No. 1/1995), la politique culturelle adoptée par la Chambre des Représentants (Parlement) de la République fédérale démocratique d'Éthiopie en octobre 1997, la loi fédérale qui met en place la législation en matière de protection et de conservation, la Proclamation régionale du paysage culturel, la Proclamation No. 209/2000, la Proclamation No.53/2003 sur l'administration et l'utilisation des terres rurales et la "Proclamation en faveur de la protection du patrimoine du paysage culturel du pays konso" confèrent au bien la protection juridique nécessaire. Les villages fortifiés sont tous protégés par le dernier décret en vertu duquel aucun projet d'aménagement ne doit être entrepris dans un rayon de 50 mètres au-delà des murailles extérieures. Le problème de l'interface entre la ville de Karat et les villages Dokatu, et autres villes traditionnelles voisines, est résolu par la nouvelle proclamation et les poteaux de démarcation qui sont en place pour définir les limites du site.

 

4. Recommande à l'État partie de:

a) entreprendre et considérer qu'un inventaire plus détaillé et des recherches devraient être effectués dans le Paysage culturel du pays konso afin d'étayer l'information sur ce paysage exceptionnel, en particulier les questions relatives aux villages fortifiés,

b) réviser le plan de gestion existant pour inclure les membres de la communauté, en plus du comité de gestion de district, à partir de la zone élargie ajoutée,

c) entreprendre des travaux de recherche plus poussés afin de justifier pleinement le critère (vi) pour son éventuelle prise en considération à l'avenir;

5. Encourage l'État partie à inviter une mission de conseil afin de fournir l'assistance nécessaire pour déterminer une révision possible des limites afin de se conformer aux attributs qui portent la valeur universelle exceptionnelle.

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial
Etats Parties : Éthiopie
Session : 35COM