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Décisions du Comité

35 COM 8B.7

Biens Naturels - Côte de Ningaloo (Australie)

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné les documents WHC-11/35.COM/8B et WHC-11/35.COM/INF.8B2,

2. Inscrit la Côte de Ningaloo, Australie, sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (vii) et(x), en prenant note du fait que les limites adoptées englobent le Parc marin de Ningaloo (Eaux du Commonwealth), le Parc marin de Ningaloo (Eaux de l'État) et la Zone de gestion marine des îles Muiron (comprenant les îles Muiron), le Parc côtier de Jurabi, le Parc côtier de Bundegi, le Parc national Cape Range, la Air Weapons Range de Learmonth, et demande à l'Etat partie de soumettre une révision en conséquence de la carte topographique à échelle 1:250 000 d'ici le 1er Novembre 2011;

3. Renvoie les zones restantes de la proposition d'inscription pour permettre à l'Etat partie d'envisager de collaborer davantage avec les parties prenantes, y compris avec les concessionnaires privés de ces zones. Ces zones pourraient être prises en compte dans le cadre d'une modification mineure des limites;

4. Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante:

 

Brève synthèse

La Côte de Ningaloo se trouve sur le littoral reculé d'Australie occidentale, le long de l'océan Indien oriental. L'océan et la côté aride interconnectés ont donné naissance à des paysages terrestres et marins exceptionnels du point de vue esthétique. Dans les eaux côtières, on trouve un système récifal proche du rivage d'importance capitale et un système karstique calcaire directement adjacent, avec les habitats et les espèces associées, le long d'un littoral aride. Les espèces terrestres du bien présentent un taux d'endémisme élevé et les espèces marines une diversité et une abondance élevées. On estime que 300 à 500 requins-baleines se rassemblent chaque année au moment des phénomènes massifs de reproduction corallienne et des augmentations saisonnières localisées de la productivité. La portion marine du bien contient des habitats extrêmement divers, notamment des lagons, des récifs, la haute mer, la pente continentale et le plateau continental. Des systèmes intertidaux tels que des berges rocheuses, des plages de sable, des estuaires et des mangroves sont également présents dans le bien. L'habitat marin dominant est le récif de Ningaloo qui abrite une faune et une flore marines, aussi bien tropicales que tempérées, comprenant des reptiles et des mammifères marins.

La principale caractéristique terrestre de la Côte de Ningaloo est le vaste système karstique et le réseau de grottes et de cours d'eau souterrains de Cape Range. Le système karstique comprend des centaines de caractéristiques distinctes telles que des grottes, des dolines et des masses d'eau souterraines où l'on trouve une riche diversité d'espèces souterraines hautement spécialisées. Au-dessus, la péninsule de Cape Range appartient à une écorégion aride reconnue pour ses taux élevés de richesse et d'endémisme des espèces, en particulier d'oiseaux et de reptiles.

Critère (vii) : Les paysages terrestres et marins du bien comprennent de très vastes milieux terrestres, côtiers et marins pratiquement intacts. Le panorama sous-marin luxuriant et coloré apporte un contraste marqué et spectaculaire par rapport aux terres arides et rudes. Le bien accueille des groupes rares et nombreux de requins-baleines (Rhincodon typus) ainsi que d'importantes agrégations d'autres espèces de poissons et de mammifères marins. Les agrégations de Ningaloo qui suivent la reproduction massive des coraux et les remontées de matières nutritives saisonnières entraînent un pic de productivité qui conduit quelque 300 à 500 requins-baleines à se rassembler pour former la plus gigantesque agrégation connue au monde. 

Critère (x) : Outre les agrégations remarquables de requins-baleines, le récif de Ningaloo abrite une diversité marine élevée de plus de 300 espèces coralliennes décrites, plus de 700 espèces de poissons de récifs, environ 650 espèces de mollusques et près de 600 espèces de crustacés ainsi que plus de 1000 espèces d'algues marines. Les effectifs nombreux de 155 espèces d'éponges et 25 nouvelles espèces d'échinodermes amplifient l'importance du site. À l'écotone, entre les eaux tropicales et tempérées, la Côte de Ningaloo accueille une diversité inhabituelle d'espèces de tortues marines qui, selon les estimations, viennent creuser 10'000 nids le long de la côte chaque année. La majeure partie des espèces souterraines terrestres, y compris les espèces aquatiques des grottes inondées, sont rares, diverses sur le plan taxonomique et impossibles à trouver ailleurs dans l'hémisphère Sud. L'association d'une faune relictuelle de forêts ombrophiles et de petits invertébrés intégralement aquatiques dans les mêmes réseaux de grottes est exceptionnelle. La faune souterraine de la péninsule est très diverse et présente la plus haute diversité pour une faune cavernicole (troglomorphique) en Australie et l'une des plus élevées du monde. Au-dessus, la diversité des reptiles et des plantes vasculaires des terres arides est également remarquable.

Intégrité

Le bien est enchâssé dans un réseau juridique complet conçu pour les différentes aires protégées et tous les autres territoires. En tant que bien du patrimoine national, il est soumis à la loi fédérale de protection de l'environnement et de conservation de la biodiversité de 1999 (EPBC) selon laquelle toutes les activités proposées qui pourraient avoir des impacts importants sur les valeurs du bien nécessitent une évaluation. L'EPBC est applicable aux activités qui se déroulent en dehors des limites du bien. Aucune zone tampon officielle n'a été établie mais la loi sert de « zone tampon » juridique. Les limites englobent les valeurs marines et terrestres clés et les parties exclues sont de petite taille et ne portent pas préjudice au maintien des valeurs à condition que celles-ci soient correctement gérées.

L'intégrité des secteurs marins et terrestres pourrait faire face à un certain nombre de menaces. Les installations de la zone d'essais militaires de Learmonth, situées dans le bien, comprennent un ancien complexe récifal et une faune cavernicole d'importance exceptionnelle. C'était l'une des zones d'essais de bombardement les plus actives d'Australie jusque vers les années 1990 et de nouvelles activités de bombardement pourraient constituer une menace, en particulier pour l'entonnoir de Bundera qui se trouve sur les terres du Ministère de la défense. Le tourisme augmente, apportant son lot de menaces : dommages causés à la végétation, pêche illicite, déversement d'eaux usées et de déchets et perturbations causées aux espèces sauvages. Des programmes de gestion exhaustifs et une stratégie globale de développement du tourisme sont en place, de même que des mesures appropriées qui nécessitent d'être consolidées, en prévision de l'expansion future du tourisme. D'autres préoccupations concernent la demande d'eau qui croît et conduit à prélever de l'eau avec des effets potentiels sur les systèmes souterrains comme on peut le constater dans les zones arides où le nombre de visiteurs augmente de manière abrupte.

Le feu, qui fait partie des modes de gestion historiques des communautés autochtones locales, est une menace potentielle pour la végétation terrestre et appelle un suivi et un contrôle. L'élevage sur les concessions pastorales continue d'être une utilisation importante des sols, compatible avec la conservation de la nature à condition d'être correctement gérée.

Dans la région qui entoure le bien, une exploitation potentielle des hydrocarbures off-shore nécessite une étude rigoureuse afin d'empêcher une pollution et des perturbations potentielles. La longueur du littoral et sa nature isolée posent des défis majeurs s'il faut réagir à des incidents de pollution, ce qui suggère qu'il est nécessaire d'investir encore dans les mesures d'urgence.

L'élévation du niveau de la mer et l'augmentation des températures de l'eau de mer associées aux changements climatiques ont eu comparativement peu d'effets sur le bien. La bonne intégrité globale dénote une résilience plus élevée que celles de systèmes perturbés placés sous stress additionnel. Quoi qu'il en soit, un suivi rigoureux est hautement recommandé.

Une autre préoccupation concerne aussi bien les secteurs marins que terrestres du bien et nécessite suivi et gestion continus. Il s'agit des espèces exotiques envahissantes et surtout des renards, des chats, des chèvres et des plantes adventices dans les secteurs terrestres, et de certaines espèces marines.

Mesures de protection et de gestion

Grâce à son isolement et à la faible densité démographique, la Côte de Ningaloo bénéficie d'un degré élevé de protection naturelle. Le bien entier, appartenant principalement à l'État, est protégé et géré de manière intégrale, notamment par un cadre de gestion stratégique global. Compte tenu des divers paliers gouvernementaux concernés et de la différenciation entre les secteurs terrestres et marins du bien, la coordination effective des multiples plans, dans un cadre de gestion global, est d'importance critique. Il faut assurer la coopération pleine et entière entre les organismes, y compris ceux qui sont responsables des pêches, pour garantir la gestion et l'application des lois dans les zones terrestres et marines vastes et isolées de tout. Il serait bon d'augmenter le financement apporté au niveau fédéral et de l'État, ainsi que les effectifs du personnel, tels qu'ils étaient au moment de l'inscription.

Il est nécessaire de gérer les pêcheries de manière continue et de planifier rigoureusement l'exploitation des ressources avec un suivi correspondant et une préparation aux catastrophes pour protéger les valeurs du bien.

La communication, la consultation et les efforts conjoints avec les acteurs locaux et autochtones, y compris la négociation des droits fonciers des autochtones et des concessions pastorales sont des éléments indispensables d'une gestion efficace et de l'acceptation des efforts de conservation au niveau local. Compte tenu de l'immensité de la région et des ressources humaines et financières limitées, l'approche de cogestion avec les acteurs locaux constitue une option prometteuse. La mise en place d'un « Comité consultatif du patrimoine mondial de la Côte de Ningaloo », ou d'un organe semblable, rassemblant les représentants des propriétaires traditionnels, du gouvernement local, des experts scientifiques et des membres de la communauté, a un rôle important à jouer à cet égard. 

Le nombre de touristes devrait augmenter, ce qui nécessitera des efforts de gestion additionnels. Une augmentation de l'exploitation de l'eau, y compris par la demande d'un tourisme en expansion, pourrait affecter les habitats aquatiques souterrains fragiles et les communautés d'espèces nécessiteront une surveillance et une gestion constantes.

 

5. Félicite l'État partie pour ses efforts de conservation et de gestion de la Côte de Ningaloo, ycompris pour les programmes novateurs d'administrateurs bénévoles et de suivi des tortues, l'éradication d'espèces terrestres envahissantes et la gestion du nombre croissant de touristes.

6. Recommande à l'État partie:

a) d'augmenter le budget général et les ressources de gestion, en se concentrant spécifiquement sur les zones isolées du bien, d'augmenter les capacités sur le terrain, de renforcer les dispositions de cogestion et de consolider le suivi et l'application des lois tant en milieu terrestre que marin,

b) de renforcer les liens de travail avec le Département des pêches afin de regrouper les ressources et de renforcer le suivi, la surveillance et l'application, compte tenu de l'immensité de l'océan et du milieu terrestre,

c) d'utiliser les modèles de gestion existants et qui ont fait leurs preuves pour d'autres biens marins du patrimoine mondial dans d'autres États d'Australie, par exemple l'Autorité du Parc marin du récif de la Grande Barrière, pour améliorer le cadre et la capacité de gestion de la Côte de Ningaloo,

d) de renforcer les programmes novateurs de bénévoles pour gérer et surveiller la vaste superficie du bien,

e) d'envisager de préparer une nouvelle proposition d'inscription du bien au titre du critère (ix),

f) d'envisager d'inclure le golfe d'Exmouth sur la base des liens écologiques unissant le récif de Ningaloo et le golfe, en particulier les vastes peuplements de mangroves et autres habitats d'eaux peu profondes qui servent de nurseries et de zones de nourrissage des adultes pour de nombreuses espèces ;

7. Note avec satisfaction l'assurance donnée par l'État partie que l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial ne portera pas préjudice au statut des terres sous concession ni aux droits fonciers des autochtones concernant le bien et les zones adjacentes.

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial
Etats Parties : Australie
Session : 35COM