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Décisions du Comité

37 COM 8B.24

Paysage culturel des rizières en terrasses des Hani de Honghe (Chine)

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné les documents WHC-13/37.COM/8B et WHC-13/37.COM/INF.8B1,

2.  Inscrit le Paysage culturel des rizières en terrasses des Hani de Honghe , Chine , sur la Liste du patrimoine mondial en tant que paysage culturel sur la base des critères (iii) et (v)  ;

3.  Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante :

Brève synthèse

Sur la rive sud de la rivière Rouge dans le relief montagneux sud du Yunnan, les rizières en terrasses des Hani de Honghe s’étagent sur les pentes escarpées des monts Ailao. Ménagées dans une forêt dense depuis 1 300 ans par le peuple Hani qui s’installa dans cette région en provenance du nord-ouest, les terrasses irriguées supportent des rizières perchées au-dessus de vallées étroites. En certains endroits, on peut voir jusqu’à 3 000 terrasses suspendues sur les pentes entre la vallée et la limite inférieure de la forêt.

Répondant aux difficultés et aux opportunités de cet environnement de hautes montagnes et de vallées étroites traversées de ravines, dans un climat subtropical au niveau de précipitations extrêmement élevé (environ 1 400 mm), le peuple Hani a fait d’une forêt dense un système extraordinairement complexe de rizières en terrasses accrochées aux flancs des montagnes.

Le bien occupe une vaste zone d’environ 1 000 kilomètres carrés. Trois ensembles de terrasses - Bada, Duoyishu et Laohuzui - dans trois bassins fluviaux - respectivement Malizhai, Dawazhe et Amengkong-Geta reflètent différentes caractéristiques géologiques. La pente des terrasses de Bada est douce, celle de Duoyishu est plus raide et celle de Laohuzui est très abrupte.

Le paysage reflète un système intégré de quatre éléments : forêts, distribution d’eau, terrasses et maisons. Les forêts des sommets montagneux sont l’élément vital des terrasses car elles captent et fournissent l’eau nécessaire à l’irrigation. Il y a quatre types de forêts ; la forêt ancienne de « recharge en eau », la forêt sacrée, la forêt de consolidation et la forêt du village pour l’approvisionnement en bois de construction et de chauffe. Les forêts sacrées ont encore de fortes connotations. Au-dessus des villages se situent des lieux pour le dieu du village « Angma » (l’âme du village) et pour le dieu de la protection de la terre, « Misong », où les villageois prient pour la paix, la santé et la prospérité.

Des failles dans la roche canalisent l’eau de pluie, et la couche de grès en contrebas des montagnes de granit piège l’eau puis la libère lorsqu’elle jaillit de sources. Un système complexe de rigoles a été creusé pour répartir l’eau dans les rizières et entre les différentes vallées. Quatre canaux principaux et 392 fossés qui totalisent 445,83 km en longueur sont entretenus en commun.

Quatre-vingt-deux villages de taille relativement petite, la plupart comprenant 50 à 100 foyers, sont construits au-dessus des terrasses et juste en dessous des forêts qui couronnent les sommets des montagnes. Les édifices vernaculaires traditionnels sont construits avec des murs en pisé, briques d’adobe et pierres sous un grand toit en croupe recouvert de paille qui donne aux maisons une forme de « champignon » caractéristique. Au moins la moitié des maisons des villages sont essentiellement ou partiellement faites de matériaux traditionnels.

Chaque maisonnée cultive une ou deux « parcelles » de rizière en terrasses. La culture du riz fait partie d’un système complexe et varié d’agriculture et d’élevage qui implique des bovins, buffles, cochons, canards, poissons et anguilles. Ce système est soutenu par des structures religieuses et sociales traditionnelles et anciennes, basées sur des relations symbiotiques entre les plantes et les animaux, qui renforcent les obligations communales et le caractère sacré de la nature et reflètent une dualité d’approche entre l’individu et la communauté et entre les hommes et les dieux, se renforçant mutuellement.

Les rizières en terrasses des Hani de Honghe sont un exemple exceptionnel de système de gestion de la terre résistant qui optimise les ressources sociales et environnementales et manifeste une extraordinaire harmonie entre les hommes et leur environnement en termes visuels et écologiques, basé sur le respect spirituel pour la nature et le respect à la fois de l’individu et de la communauté, par un système de double interdépendance connu comme « système social de l’unité homme-dieu ».

Critère (iii) : Les terrasses des Hani de Honghe sont un reflet exceptionnel de systèmes élaborés et bien adaptés d’agriculture et de distribution de l’eau qui sont renforcés par un système socio-économique et religieux distinctif et établi depuis longtemps.

Le riz rouge, principale culture des terrasses, est cultivé au sein d’un solide système intégré de production alimentaire, les canards fertilisent les jeunes plants de riz, tandis que les poulets et les cochons contribuent à fertiliser les plants plus mûrs et les buffles d’eau labourent les champs pour préparer les plantations de l’année suivante et les escargots qui vivent dans l’eau des terrasses consomment divers organismes nuisibles. La riziculture est soutenue par des systèmes socio-économiques et religieux élaborés qui renforcent le lien des habitants avec l’environnement, au travers de leurs obligations envers leurs propres terres et envers la communauté plus large, et affirment le caractère sacré de la nature. Ce système de double interdépendance connu comme « système social de l’unité homme-dieu » et sa manifestation physique sous la forme des terrasses illustrent une tradition culturelle exceptionnelle encore vivante.

Critère (v) : Les terrasses des Hani de Honghe sont un reflet exceptionnel d’une interaction spécifique avec l’environnement relayée par des systèmes intégrés d’agriculture et de gestion de l’eau et sous-tendue par des systèmes socio-économiques et religieux qui expriment le double rapport entre les hommes et les dieux et entre les individus et la communauté, qui dure depuis au moins un millénaire, comme en témoignent les abondantes sources documentaires.

Intégrité

La délimitation globale définit une zone appropriée au sein de laquelle l’ensemble du système des terrasses peut être apprécié, et tous ses attributs, forêts, distribution d’eau, villages et terrasses sont présents à un degré suffisant. Aucun des attributs physiques essentiels n’est menacé et le système traditionnel est actuellement solide et bien protégé. La zone tampon protège l’environnement visuel et renferme assez d’espace pour permettre un développement économique et social coordonné.

Les terrasses auraient une forte résistance face au changement climatique et à la sécheresse – comme cela a été démontré lors de la grande sécheresse de 2005. En revanche, elles sont vulnérables aux glissements de terrain car, en moyenne, les terrasses sont construites sur des pentes à 25 %.

Il existe une vulnérabilité globale du système intégré d’exploitation agricole et forestière, par rapport à sa capacité à faire vivre correctement les fermiers et à leur permettre de rester sur leurs terres. Le système agricole est également vulnérable par rapport aux variations du prix du riz rouge, mais des stratégies en place permettent d’augmenter le prix des produits de l’agriculture biologique.

Actuellement, le tourisme naissant n’entraîne pas d’effets négatifs et certains villages sont encore en dehors des circuits touristiques. Mais la fréquentation touristique augmente rapidement et il est reconnu que la construction d’équipements touristiques et la définition d’une gestion globale du tourisme sont des défis que le bien doit relever afin que les villages ne soient pas submergés par les effets très dommageables du tourisme.

Authenticité

Le paysage en terrasses a conservé son authenticité concernant la forme traditionnelle des éléments du paysage, la continuité de la fonction du paysage, des pratiques et des savoirs traditionnels, ainsi que la pérennité des rituels, des croyances et des coutumes.

Il est un domaine où l’authenticité est ou pourrait être vulnérable : il s’agit des matériaux traditionnels pour les maisons traditionnelles, car ceux-ci seraient difficiles à obtenir. De nouveaux matériaux utilisés dans les maisons – les briques de béton qui remplacent l’adobe ou les tuiles à la place des toits de chaume – commencent à avoir un effet visible sur l’image globale des villages dans le paysage car la couleur ainsi que les formes des constructions s’en trouvent modifiées. Il existe d’éventuels conflits entre d’une part l’entretien des maisons traditionnelles et l’utilisation de matériaux et de techniques traditionnelles et d’autre part les aspirations modernes en matière d’espaces résidentiels. Ces dernières décennies, des styles d’architecture externes ont fait leur apparition dans les villages, ayant quelques effets négatifs.

Les pratiques agricoles traditionnelles sont aussi vulnérables face aux attentes croissantes qui poussent les habitants à quitter les villages, et face aux effets potentiels du tourisme qui actuellement ne dispose pas d’une stratégie globale qui assure son développement durable.

Mesures de gestion et de protection

Le bien est protégé par la loi en tant que Site protégé en priorité par l’État classé par le Conseil des affaires d’État chinois. Le bien a été classé en 2008 en tant que site historique protégé par le gouvernement populaire du comté de Yuanyang.

Comme tous les biens en Chine qui sont inscrits, le bien est protégé par les Mesures pour la conservation et la gestion des sites du patrimoine mondial, préparées par le ministère de la Culture, et la législation suprême, publiée par les autorités nationales chinoises. Cet instrument légal s’associe aux plans de conservation et de gestion, lois et réglementations spéciales locales et règlements des villages pour constituer un système complet pour l’identification, la conservation, la gestion et le suivi des sites du patrimoine mondial. Cela signifie que ces sites doivent être gérés conformément aux exigences du ministère de la Culture.

Le gouvernement local a promulgué les Mesures pour la protection et la gestion des villages et résidences du paysage culturel des rizières en terrasses des Hani de Honghe et les Orientations pour la conservation, la rénovation et le traitement environnemental des maisons traditionnelles des Hani de Honghe. Ces deux documents légaux définissent les normes techniques à suivre dans tous les villages afin de contrôler le développement et la construction. Ils concernent les rizières en terrasses, les forêts, les systèmes d’irrigation, les villages traditionnels et les résidences et la culture traditionnelle de la région. Ces mesures sont un moyen de faire exécuter les obligations de protection nationale pour le patrimoine mondial. Les nouveaux projets de construction prévus dans le bien seront strictement examinés et contrôlés par l’autorité provinciale. Les Orientations ont été mises au point en association avec l’École d’architecture de l’université Tsinghua. Elles insistent sur la nécessité de reconnaître que les bâtiments dans les différents villages et secteurs possèdent des caractéristiques propres qu’il convient de respecter. Il est prévu que des bâtiments qui ne respectent pas le style traditionnel sans pour autant menacer sérieusement le paysage dans son ensemble seront progressivement améliorés conformément aux Orientations .

Chaque village est administré par les comités de village. Le système de chefferie autochtone Tusi joue toujours un rôle important dans la culture en terrasses dans les monts Ailao. Deux gouvernements Tusi, le gouvernement Mengnong et le gouvernement Zongwazhai du comté de Yuanyang, sont impliqués dans la zone planifiée. En tant qu’unité de base de la société des Hani, chaque village a développé une série de lois coutumières pour gérer les ressources naturelles et résoudre les conflits internes entre les villageois et les conflits avec d’autres villages.

Un plan de gestion a été rédigé pour le bien. Après approbation légale, il sera accepté en tant que document juridique et technique pour la protection, la conservation et la gestion du bien et sera inclus dans le Plan de système urbain, plan directeur pour les villes de la préfecture autonome Hani et Yi de Honghe et dans les plans de développement économique et social local y afférent. Le plan s’étale de 2011 à 2030 et est divisé entre des objectifs à court terme, de 2011 à 2012, à moyen terme, de 2013 à 2020, et à long terme, de 2021 à 2030. L’Administration des rizières en terrasses des Hani du comté de Yuanyang est responsable de la mise en œuvre du plan. Elle comprend des membres de nombreux départements de la préfecture de Honghe. L’Administration des rizières en terrasses des Hani de la préfecture de Honghe, créée en 2007 avec 12 membres travaille pour le Comité, supervise la gestion quotidienne au niveau du comté et fait la liaison avec les parties prenantes locales.

Les autorités locales mettent au point un plan spécifique pour la gestion du tourisme et le développement de la région qui devrait être achevé d’ici à la fin 2013. Un grand centre d’information se construit dans la ville de Xinjie, qui sera consacré aux terrasses et à leurs structures sociales et religieuses et sera achevé d’ici à 2020.

De manière à garantir une bonne compréhension de ce qui doit faire l’objet d’un soutien et de la manière dont les touristes peuvent soutenir le processus global de gestion, il serait souhaitable que le plan de gestion soit accompagné par une stratégie détaillée d’écotourisme durable pour le bien et sa zone tampon et par une stratégie d’interprétation qui permette de comprendre les systèmes complexes d’agriculture et de gestion de l’eau et les systèmes socio-économiques et religieux distinctifs des communautés Hani.

4.  Recommande que l’État partie prenne en considération les points suivants :

a)  mettre en place une stratégie d’écotourisme durable pour le bien et sa zone tampon,

b)  fournir une stratégie d’interprétation qui permette de comprendre les systèmes complexes d’agriculture et de gestion de l’eau et les systèmes socio-économiques et religieux distinctifs des communautés Hani;

5.  Demande à l’État partie de soumettre d’ici le 1er février 2015 un rapport au Centre du patrimoine mondial exposant les progrès réalisés dans la mise en œuvre des recommandations susmentionnées qui sera examiné par le Comité du patrimoine mondial lors de sa 39e session en 2015, étant donné la pression considérable à laquelle les rizières en terrasses pourraient être confrontées en raison de l’augmentation du tourisme;

6.  Recommande également d’envisager l’organisation d’un atelier international sur la gestion de vastes paysages en terrasses de manière à pouvoir partager le travail réalisé pour mettre en place une gestion durable des terrasses des Hani de Honghe avec d’autres biens en Asie qui sont confrontés à des défis similaires. 

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial, Valeur universelle exceptionnelle
Etats Parties : Chine
Session : 37COM