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Décisions du Comité

37 COM 8B.14

Parc national tadjik (montagnes du Pamir) (Tadjikistan)

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné les documents WHC-13/37.COM/8B et WHC-13/37.COM/INF.8B2,

2.  Inscrit le Parc national tadjik (montagnes du Pamir), Tadjikistan , sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (vii) et (viii)  ;

3.  Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante :

Brève synthèse

Le Parc national tadjik (d’une superficie de 2.61.674 ha) englobe presque toutes les montagnes du Pamir qui est le troisième écosystème de montagne le plus haut du monde, après les chaînes de l’Himalaya et du Karakorum. Les montagnes du Pamir se trouvent au centre du ‘nœud du Pamir’, un terme utilisé par les géographes pour décrire l’enchevêtrement des plus hautes chaînes de montagnes de l’Eurasie. Des forces tectoniques formidables, produites par la collision entre la plaque indo‑autralienne et la plaque eurasienne, ont progressivement relevé l’Himalaya, le Karakoram, l’Hindu Kush, le Kunlun et le Tian Shan – des chaînes qui rayonnent toutes depuis les montagnes du Pamir. Avec les montagnes du Karakoram, la région du Pamir est un des lieux les plus actifs du monde sur le plan tectonique.

Le Parc national tadjik se distingue par le fait qu’il s’agit d’une très grande aire protégée au paysage rude, sans arbres, d’une beauté naturelle exceptionnelle. Les valeurs paysagères exceptionnelles sont renforcées par la juxtaposition de hauts sommets extrêmement glacés et de hauts plateaux au caractère de désert alpin. Le bien présente plusieurs phénomènes naturels remarquables, notamment : le glacier Fedchenko (le plus long glacier du monde en dehors des régions polaires) ; le lac Sarez (un lac très haut, profond, fermé depuis un peu plus d’un siècle par un grave tremblement de terre qui a généré un énorme glissement de terrain ayant formé le barrage Usoi, le plus haut barrage naturel du monde) ; et le lac Karakul qui est probablement le plus haut grand lac du monde d’origine météorique.

Critère (vii) : Le Parc national tadjik est une des plus grandes aires protégées de haute montagne du domaine paléarctique. Le glacier Fedchenko, le plus grand glacier de vallée de l’Eurasie et le plus long du monde en dehors des régions polaires, est un exemple unique et spectaculaire au niveau mondial. L’association visuelle de certaines des gorges les plus profondes du monde, cernées de sommets glacés et accidentés, d’un désert alpin et de lacs des hauts plateaux du Pamir donne une zone de nature sauvage alpine de beauté naturelle exceptionnelle. Le lac Sarez et le lac Karakul sont des phénomènes naturels exceptionnels. Le lac Sarez, fermé par le plus haut barrage naturel du monde, présente un énorme intérêt géomorphologique. Le lac Karakul est probablement le plus haut grand lac du monde d’origine météorique.

Critère (viii) : Les montagnes du Pamir constituent un centre principal de glaciation sur le continent eurasien et l’on trouve au sein d’une seule aire protégée, le Parc national tadjik, une juxtaposition exceptionnelle de nombreuses hautes montagnes, de nombreux glaciers de vallée et de gorges fluviales profondes avec le milieu de désert continental froid du haut plateau du Pamir. Le lac Sarez est une caractéristique exceptionnelle du terrain géologiquement dynamique du bien : créé par un glissement de terrain à la suite d’un tremblement de terre qui aurait déplacé six milliards de tonnes de matériel, c’est sans doute le lac alpin d’eaux profondes le plus jeune du monde. Il est d’importance internationale pour la science et pour le risque géomorphologique qu’il représente en raison des processus géologiques en cours qui influencent sa stabilité et le genre d’écosystème lacustre qui évoluera avec le temps. Le Parc national tadjik offre en outre une occasion unique d’étudier les phénomènes de tectonique des plaques et de subduction continentale pour contribuer à notre connaissance fondamentale des processus de construction de la Terre.

 Intégrité

Le bien comprend la superficie entière du Parc national tadjik et, vu sa grande taille, sa nature montagneuse et de désert alpin et son isolement par rapport aux établissements humains, le bien présente un niveau exceptionnellement élevé d’intégrité physique. En conséquence, il n’est pas nécessaire de créer une zone tampon officielle. La zone centrale définie du Parc national tadjik constitue près de 78% du bien, et les trois autres zones ‘à utilisation limitée’ durables se trouvent sur la périphérie du parc. Le Parc national tadjik appartient à l’État et, en sa qualité de parc national, bénéficie du plus haut niveau de protection juridique au Tadjikistan.

Mesures de gestion et de protection

Le cadre législatif et les dispositions de gestion concernant le bien sont complets et clairs et toutes les activités qui pourraient menacer l’intégrité du bien, y compris l’exploitation minière, sont interdites par la loi.

Le gouvernement a approuvé un plan de gestion à moyen terme et l’organisme d’État chargé des aires protégées naturelles est responsable de la coordination de toutes les activités dans le parc. La mise en œuvre du plan de gestion suppose la participation des communautés locales et leurs droits traditionnels en matière d’utilisation des ressources naturelles sont respectés. Le zonage du bien tient compte à la fois des besoins de conservation de la biodiversité et de l’utilisation traditionnelle. Le financement du parc provient essentiellement de sources nationales avec une contribution mineure de projets financés par des donateurs.

L’inscription sur la Liste du patrimoine mondial offre une possibilité accrue de développement de l’écotourisme pour l’État partie. En conséquence, les obligations de protection et de gestion à long terme pour le bien comprennent la nécessité d’éviter des impacts négatifs du tourisme tout en permettant un nombre de visites accru dans le bien grâce à la mise en place de services de qualité pour les visiteurs. 

Il importe d’obtenir un financement adéquat pour le Parc afin que celui-ci puisse appliquer pleinement le plan de gestion et mener les mesures d’application des lois. Les sources publiques étant limitées, il serait bon d’envisager des sources de financement de substitution. À cet égard, le concept de chasse aux trophées gérée doit être développé car la chasse aux trophées pourrait apporter un revenu supplémentaire important à la gestion du parc. Cependant, celle-ci devrait englober tous les éléments nécessaires d’une approche scientifique du gibier et de la gestion de l’habitat, impliquant des experts indépendants et être assortie d’un cadre réglementaire strict.

Le bien a besoin d’un programme de suivi à long terme, y compris d’indicateurs clés définis relatifs à la conservation et au bon état des habitats du bien.

4.  Félicite l’État partie pour les efforts permanents et actifs qu’il a déployés pour améliorer la protection et la gestion du bien, en particulier par l’élaboration et la mise en oeuvre future du plan de gestion ;

5.  Recommande à l’État partie de mettre en place les ressources financières et humaines nécessaires pour garantir une protection et une gestion efficaces à long terme conformes au plan de gestion du bien, et d’explorer des solutions pour obtenir une assistance financière internationale supplémentaire pour le renforcement des capacités ;

6.  Encourage l’État partie à coopérer avec l’État partie voisin, Kirghizistan, pour élaborer des programmes de tourisme renforcés et durables qui amélioreront les services aux visiteurs et le revenu, et qui soutiendront le développement d’un tourisme communautaire ;

7.  Encourage également l’État partie à coopérer avec les États parties voisins, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives pour entreprendre une étude régionale comparative de la biodiversité et de la géodiversité des hautes montagnes et des déserts d’Asie intérieure et pour mener un atelier régional d’experts dans le but de mettre sur pied des possibilités de futures propositions transnationales, éventuellement en série.

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial, Valeur universelle exceptionnelle
Etats Parties : Tadjikistan
Session : 37COM