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Décisions du Comité

36 COM 8B.34

Biens culturels - Ville de garnison frontalière d’Elvas et ses fortifications (Portugal)

Le Comité du patrimoine mondial,

1.    Ayant examiné les documents WHC-12/36.COM/8B et WHC-12/36.COM/INF.8B1,

2.    Inscrit la Ville de garnison frontalière d’Elvas et ses fortifications, Portugal, sur la Liste du patrimoine mondial sur la base du critère (iv) ;

3.    Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante :

Brève description

Gardant la frontière principale entre Lisbonne, la capitale du Portugal, et Madrid, la capitale de l’Espagne, la ville de garnison d’Elvas, implantée dans un paysage fluvial et vallonné, a été fortifiée entre le XVIIe et le XIXe siècle pour devenir le plus grand système défensif de remparts à douves sèches du monde, doté de forts extérieurs construits sur les collines environnantes pour répondre à l’évolution des besoins de la guerre de défense.

La ville était alimentée en eau par l’aqueduc d’Amoreira, long de 7 km, construit à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle et un élément essentiel permettant à la forteresse de tenir un long siège. Entre ses murs, la ville contient un grand nombre de casernes et autres bâtiments à fonctions militaires ainsi que des églises et des monastères, dont certains ont été adaptés à des usages militaires. Le bien est composé de sept éléments : le centre historique, l’aqueduc d’Amoreira, le fort de Santa Luzia et le chemin couvert le reliant au centre historique, le fort de Graça et les fortins de São Mamede, São Pedro et São Domingos.

Le centre historique, avec son château, ses murailles subsistantes et ses bâtiments religieux, montrent qu’Elvas s’est développée à l’intérieur de trois villes fortifiées successives, entre le Xe et le XIVe siècle, puis qu’elle a été incorporée aux grands travaux de fortification qui ont marqué la période de la guerre de restauration portugaise (1641-1668), lorsqu’une grande diversité de bâtiments militaires ont été construits pour servir son rôle de garnison.

Les remparts de la ville et les forts extérieurs de Santa Luzia et de Graça et les fortins de São Mamede, São Pedro et São Domingos illustrent l’évolution de l’ancien système de fortification hollandais vers un exceptionnel système défensif à fossés secs.

Ces fortifications subsistantes, commencées en 1643, comprennent douze forts insérés dans un polygone irrégulier dessinant à peu près un grand segment de cercle centré autour du château et tirant partie du paysage vallonné. Les remparts et talus sont entourés d’un fossé sec et d’une contrescarpe et protégés par des demi-lunes. Les fortifications furent conçues par le jésuite hollandais Cosmander, sur la base du traité de fortifications de l’ingénieur Samuel Marolois, dont les travaux, conjointement à ceux de Simon Stevin et d’Adam Fritach, lancèrent l’école hollandaise de fortification dans le monde. Cosmander appliqua la théorie géométrique de Marolois à la topographie irrégulière d’Elvas et produisit un système défensif considéré comme un chef-d’œuvre de son époque.

Au XVIIIe siècle, le fort de Graça et quatre autres fortins à l’ouest furent construits pour répondre au développement d’une artillerie de plus longue portée.

En tant que vestige d’une énorme forteresse de guerre, Elvas est un paysage militaire exceptionnel, avec une relation visuelle et fonctionnelle entre ses fortifications, représentant des développements dans l’architecture et la technologie militaires inspirés par les théories et les pratiques militaires hollandaise, italienne, française et anglaise. Elvas est une démonstration exceptionnelle du désir de possession de terres et d’autonomie du Portugal, représentant les aspirations universelles des États-nations européens des XVIIe et XVIIIe siècles.

Critère (iv) : Elvas est un exemple exceptionnel de ville de garnison et son système de défense de remparts et fossés secs qui s’est développé en réponse au déséquilibre des pouvoirs dans l’Europe du XVIIe siècle. Elvas peut être considérée comme représentant les aspirations universelles des États-nations européens aux XVIe et XVIIe siècles pour défendre leur autonomie et leur territoire.

Intégrité

Tous les éléments nécessaires à l’expression de la valeur universelle exceptionnelle du bien sont inclus dans les limites du bien. Un certain nombre de bâtiments sont inoccupés et fermés pour les protéger des occupations sauvages et du vandalisme et sont envahis par la végétation. En particulier, le fort de Graça est relativement isolé, inutilisé et vulnérable au vandalisme. Les vues des fortifications à distance et entre elles sont vulnérables à de nouveaux développements et l’intégrité visuelle du bien a besoin d’être protégée par une zone tampon légèrement élargie avec des contrôles adéquats.

Authenticité

L’importante collection de plans et dessins originaux, rapports militaires, photographies et descriptions témoigne de l’authenticité du bien. Globalement, la forme et les matériaux des fortifications sont encore pratiquement dans le même état que lorsque ces derniers sont devenus obsolètes au XIXe siècle. Les bâtiments militaires et religieux ont en grande partie conservé leur fonction ou un usage approprié leur a été attribué. Des grands mats de transmission ont un impact sur l’authenticité de l’environnement et de nouveaux développements le fragilisent.

Éléments requis en matière de protection et de gestion

Le bien sera déclaré monument national, soumis à la loi nationale n°107/2001 sur le patrimoine culturel d’ici fin 2012. La zone tampon sera déclarée zone de protection spécial, soumise aux contrôles du plan directeur municipal d’ici fin 2012. L’ensemble de cette zone comprenant le bien sera alors géré par la municipalité avec la contribution du ministère de la Culture via l’IGESPAR.

Il est nécessaire d’élargir légèrement la zone tampon afin de protéger les vues entre le fortin de Sāo Domingo et le fort de Graça.

Le Plan de gestion intégré des Fortifications d’Elvas (IMPFE) vise à rassembler les parties prenantes afin d’assurer l’intégrité du bien et d’en améliorer son usage potentiel. Il vise à contrôler la zone tampon ainsi que la zone du bien en se concentrant sur la coopération institutionnelle, l’implication des parties prenantes privées, les initiatives pédagogiques, scientifiques et culturelles et la diffusion de l’information. Le plan de gestion sera mis en œuvre par le Bureau des Fortifications d’Elvas dans la ville d’Elvas, une fois que ce Bureau aura été nommé par le maire.

Afin d’étayer le plan, il est nécessaire d’établir un inventaire complet des caractéristiques et des structures comme base pour la gestion et le suivi. Il est nécessaire également de préparer des orientations sur une conception appropriée pour des bâtiments nouveaux et réhabilités.

4.    Recommande que l’État partie prenne en considération les points suivants :

a)   progresser aussi vite que possible sur l’identification des ressources financières et des nouvelles utilisations des bâtiments inoccupés, en particulier le fort de Graça,

b)   établir un inventaire complet des caractéristiques et des structures du bien pour servir de base à la conservation, et étendre le système de suivi pour couvrir cette partie du plan de gestion. L’inventaire devrait être intégré au schéma directeur municipal,

c)   inclure des orientations dans le plan de gestion sur la conception appropriée pour les constructions nouvelles ou réaffectées dans le centre historique et hors des murs de la ville, et intégrer celles-ci dans le schéma directeur municipal. 

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial, Valeur universelle exceptionnelle
Etats Parties : Portugal
Session : 36COM