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Décisions du Comité

36 COM 8B.16

Biens culturels - Pays Bassari : paysages culturels Bassari, Peul et Bédik (Sénégal)

Le Comité du patrimoine mondial,

1.    Ayant examiné les documents WHC-12/36.COM/8B et WHC-12/36.COM/INF.8B1,

2.    Inscrit le Pays Bassari : paysages culturels Bassari, Peul et Bédik, Sénégal sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (iii), (v) et (vi) ;

3.    Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante :

Brève synthèse

Le paysage culturel Bassari est situé dans le sud-est du Sénégal, à proximité des frontières avec le Mali et la Guinée, dans une région de collines formée par les contreforts septentrionaux du massif Fouta Djalon. Le paysage comprend deux environnements géographiques distincts : la plaine alluviale et la pénéplaine au nord et les montagnes au sud. Le premier est couvert d’une mosaïque de parcelles cultivées, de prairies et de savane boisée, le second, relativement haut et abrupt, parsemé de grottes naturelles, a offert un environnement particulièrement propice à l’établissement de différents groupes culturels et à leur défense. Des vestiges archéologiques témoignent de l’occupation humaine ancienne de la région. Le bien comprend trois aires géoculturelles différentes : la région Bassari – Salémata, la région Bedik – Bandafassi et la région Peul – Dindéfello, chacune possédant des traits culturels et morphologiques spécifiques. Dans cette contrée peu accessible mais riche en ressources naturelles et en biodiversité, les peuples Bassari, Peul et Bédik se sont installés et ont développé des cultures spécifiques, vivant en symbiose avec l’environnement naturel. Leur économie a longtemps été basée sur l’agriculture de subsistence et l’élevage. Jusqu’au siècle dernier, les villages étaient regroupés et situés sur des hauteurs afin de contrôler les plaines, et consistaient en huttes circulaires en chaume rassemblées autour d’un espace central. Aujourd’hui, la dispersion et le caractère éphémère sont les principaux traits des établissements Bassari, les populations choisissant de vivre près des champs. Les anciens villages ne servent plus que périodiquement, pour des cérémonies rituelles ou des festivals.

Le bien et ses expressions culturelles associées apportent un témoignage exceptionnel de la spécificité culturelle et de l’interaction entre les peuples Bassari/Beliyan, Bedick et Peul dans leurs pratiques agro-pastorales, sociales, rituelles et spirituelles, et représentent une réponse exceptionnelle et originale aux contraintes imposées par l’environnement et aux pressions anthropiques afin d’utiliser rationellement les ressources limitées de la zone.

Critère (iii) : Le paysage culturel des Bassari représente un témoignage exceptionnel sur les interactions complexes entre les facteurs environnementaux, les pratiques d’utilisation des terres, les règles sociales, les croyances qui ensemble ont façonné un paysage culturel particulier et remarquablement conservé qui reflète de manière exceptionnelle la capacité de faire un usage respectueux et durable des ressources de la région.

Critère (v) : Le paysage culturel Bassari témoigne d'un usage particulier de la terre, notamment l’assolement et la fumure demeurent pratiqués ainsi que les semailles, le désherbage et les récoltes collectifs imposés par les systèmes agricoles traditionnels et par la rareté relative des ressources, représentant ainsi un exemple exceptionnel de l’interaction humaine avec un environnement vulnérable.

Critère (vi) : Le Pays Bassari ainsi que la dimension sacrée que les peuples Bassari, Peul et Bedik lui attachent, apportent un témoignage exceptionnel de l’ensemble interdépendant des pratiques, règles sociales, rites et croyances qui a aidé les Bassari à réguler l’interaction entre l’homme et son environnement et a produit un paysage culturel façonné et imprégné par les traditions culturelles et les significations spirituelles qui persistent dans une dynamique vivante de transmission.

Intégrité

Le bien en série inclut tous les éléments nécessaires pour rendre manifeste sa valeur universelle exceptionnelle telle que proposée. Chaque zone contribue à rendre évidente et à renforcer la valeur du système global et les profonds liens culturels entre l’homme et la nature. Leurs dimensions individuelles et globales sont aussi représentatives des caractéristiques et processus culturels véhiculant la valeur universelle exceptionnelle du bien. A long terme, pour soutenir l’intégrité du bien, il sera nécessaire de prendre des mesures afin de sauvegarder la culture Bassari de l’impact perturbateur d’une exposition excessive à des modèles culturels étrangers.

Authenticité

Les paysages, l’utilisation des terre et leur schéma d’établissement, ainsi que l’architecture traditionnelle, les forêts sacrées et les sanctuaires représentent des témoignages crédibles de l’ensemble du système culturel et socio-économique dans lequel des pratiques agricoles et sociales particulières, des rites, des pratiques sacrées et un système éducatif traditionnel ont contribué à rendre possible et durable l’établissement humain, grâce à l’utilisation durable et respectueuse des rares ressources de la région.

Éléments requis en matière de protection et de gestion

Le paysage culturel Bassari est couvert par des niveaux spécifiques de protection officielle découlant de la loi en vigueur. Des formes de protection et de gestion traditionnelles continuent d’être appliquées, complétées par l’action de plusieurs institutions et ONG nationales et locales. Globalement, l’association des mesures de protection juridique, institutionnelle et traditionnelle permet d’assurer la sauvegarde de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Toutefois, pour la garantir à long terme, il convient d’assurer une coordination étroite entre les autorités, les organisations et les communautés responsables à différents niveaux de la protection et la gestion de la région de Bassari, dans le cadre d’une stratégie globale de gestion qui doit intégrer tous les plans, mesures et projets en un unique plan/système de gestion. L’autorité transversale de gestion doit être confirmée dans ses structures comme dans ses moyens. Il doit en outre être porté une attention spécifique au contrôle des projets de développement économique de la région, du tourisme au sein du bien et à d’éventuels projets miniers ou forestiers dans les zones tampons. Une stratégie de la conservation du bien et de ses attributs doit être adjointe au Plan de gestion.

4.    Recommande que l’État partie prenne en considération les points suivants :

a)   mettre en place des mesures strictes pour contrer efficacement les feux, les incendies criminels, le braconnage, l’exploitation illicite du bois et le trafic d’objets culturels,

b)   fournir une carte montrant les délimitations des zones couvertes par la protection de l’arrêté ministériel n° 004510,

c)   élaborer et remettre une cartographie complète à l’échelle appropriée, incluant des inventaires des ressources du patrimoine associées aux attributs de la valeur universelle exceptionnelle du bien, aux fins de conservation et de suivi,

d)   développer une stratégie pour la conservation basée sur tous les différents projets et l’intégrer dans le plan de gestion,

e)   étudier une solution sur le moyen terme pour l’approvisionnement en eau des villages, particulièrement ceux situés sur les plateaux Bandafassi et Ethiolo, de façon à améliorer la qualité de vie de la population et à l’aider à continuer à vivre dans le bien,

f)    formaliser la structure de gestion, le rôle de chaque partie et instance et leurs tâches sous la forme d’un protocole d’accord,

g)   soutenir et faciliter les actions de conservation traditionnelles qui ont permis la survie du bien,

h)   expérimenter des banques culturelles afin d’éradiquer le trafic illicite d’objets culturels,

i)     renforcer le système de suivi sur la base d’un inventaire cartographique et le mettre en œuvre dans les plus brefs délais.

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial, Valeur universelle exceptionnelle
Etats Parties : Sénégal
Session : 36COM