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Décisions du Comité

35 COM 8B.14

Biens Mixtes - Delta du Saloum (Sénégal)

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné les documents WHC-11/35.COM/8B, WHC-11/35.COM/INF.8B1 et WHC-11/35.COM/INF.8B2,

2. Renvoie la proposition d'inscription du Delta du Saloum, Sénégal à l'État partie sur la base du critère (x)pour lui permettre à de poursuivre des études supplémentaires sur les espèces en danger et la diversité biologique au sein du bien ;

3. Inscrit le Delta du Saloum, Sénégal, en tant que paysage culturel sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (iii), (iv) et (v);

4. Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante:

 

Brève synthèse

La région du delta du Saloum témoigne de manière remarquable de la synergie entre un milieu naturel d'une grande biodiversité et un mode de développement humain toujours présent bien que fragile. Des pratiques durables du ramassage des coquillages et de la pêche en eaux saumâtres, du traitement de ces récoltes destiné à leur conservation et de leur exportation s'y sont développées. Les amas coquilliers et les amas à tumulus forment des paysages culturels spécifiques et exceptionnels.

Les nombreux amas coquilliers du delta du Saloum sont généralement bien conservés et ils ont parfois des dimensions imposantes. Ils témoignent directement de pratiques socioéconomiques durables et très anciennes. Au fil des siècles, ils ont permis de constituer de nombreux îlots artificiels contribuant à la stabilisation des terres et des bras d'eau du delta. Avec leur végétation caractéristique au sein du milieu naturel du delta, les amas coquilliers forment des paysages culturels typiques. Certains amas comportent des tumulus ; ils forment, avec leur végétation de baobabs et leurs formes collinaires, des sites funéraires aux paysages spécifiques.

Critère (iii) : Par ses nombreux amas coquilliers, par les paysages qui leur sont associés et par la présence d'un ensemble rare et bien conservé d'amas à tumulus funéraires, le delta du Saloum apporte un témoignage exceptionnel d'un mode de vie littoral, en milieu subtropical sahélien, aux eaux saumâtres riches en coquillages et en poissons.

Critère (iv) : L'ensemble des amas coquilliers accumulé tout au long d'un processus culturel bimillénaire a formé une structure physique d'îlots stables et de terres émergées au sein du delta du Saloum. Les paysages culturels formés sont exceptionnels et ils illustrent une longue période de l'histoire des peuplements humains le long des côtes de l'Afrique de l'Ouest.

Critère (v) : Le delta du Saloum constitue un exemple éminent d'établissement humain traditionnel. Il représente un mode de vie et de développement durable basé sur la cueillette des coquillages et sur la pêche, dans une interaction raisonnée avec un milieu naturel d'une grande biodiversité mais fragile.

Intégrité

Les conditions d'intégrité en termes culturels du delta du Saloum sont a priori assez satisfaisantes, même si certains amas coquilliers ont été endommagés, mais l'intégrité demeure fragile. Les amas coquilliers comme les paysages culturels et la biodiversité du milieu naturel peuvent être menacés par des comportements socio-économiques mal contrôlés.

Authenticité

Les conditions d'authenticité des amas, des amas à tumulus et de leurs paysages sont généralement satisfaisantes. Elles sont complétées par une authenticité anthropologique des pratiques de cueillette des coquillages et, à un moindre degré, de la pêche.

Mesures de protection et de gestion

La protection des amas coquilliers et des amas à tumulus est assurée par des mesures réglementaires appropriées. Toutefois, la protection active des biens culturels sur le terrain est récente et elle doit s'étendre à l'ensemble du bien, et ne pas seulement concerner le Parc national. Par ailleurs, la politique générale de la conservation du bien est en lien étroit avec la conservation des milieux naturels et avec les programmes de développement durable du delta dans son ensemble.

La gestion du bien s'appuie sur de nombreux acteurs de terrain. L'ensemble forme un système de gestion du bien satisfaisant, avec des acteurs principaux et des responsables bien identifiés, notamment le Parc national, les communautés rurales et le MDG-Fund des Nations unies. Toutefois, ce système de gestion est en évolution et la multiplicité des programmes et des intervenants tend à rendre certaines situations un peu confuses. Le Comité de gestion transversal reste à instituer (2011), ses moyens à confirmer, et le traitement homogène de la gestion-conservation pour l'ensemble du bien à améliorer.

 

5. Recommande que l'État partie prenne en considération les points suivants:

a) porter une attention prioritaire à la protection-conservation simultanée des éléments culturels du bien et des éléments naturels qui leur sont associés, dans le cadre du Plan de gestion comme dans le cadre des programmes de développement économiques et sociaux. Assurer à cette protection-conservation conjointe le même niveau sur l'ensemble du bien, en particulier par la généralisation des éco-gardes à l'ensemble du site,

b) confirmer la promulgation officielle du Plan de gestion (2010-2014) et la mise en place du Comité de gestion chargé de sa mise en œuvre et de sa coordination; indiquer les moyens humains et matériels du Comité de gestion ainsi que ses liens d'une part avec la Maison communautaire à Toubacouta, d'autre part avec le Parc national du Delta du Saloum,

c) envisager des mesures spécifiques de conservation pour les amas coquilliers menacés par l'érosion et/ou par les courants,

d) améliorer la gestion des déchets et des eaux usées afin de limiter la pollution de l'environnement pour préserver la santé des habitants et les modes de vie traditionnels, ainsi que les paysages culturels à proximité des lieux d'habitation,

e) porter une attention particulière à la gestion paysagère du développement touristique,

f) porter une attention particulière à l'intégration complète de la protection-conservation des éléments culturels du bien dans la gestion de ce dernier et les programmes de développement,

g) préciser la périodicité d'application et la responsabilité de la mise en œuvre du suivi. Il devrait être approfondi pour les paysages culturels les plus significatifs. La publication d'un rapport annuel de l'état de conservation culturel et paysager du bien est également souhaitable;

6. Recommande également, en relation aux valeurs naturelles associées du bien, à l'État partie de chercher une assistance dans le cadre du Programme de l'UNESCO pour l'homme et la biosphère et de la Convention de Ramsar pour garantir que la reconnaissance internationale du delta du Saloum, en tant que réserve de biosphère et Site Ramsar, renforce la conservation effective du site et aide à développer des approches bien planifiées et équitables de développement durable dans le bien et la région voisine, y compris par l'intermédiaire d'un tourisme durable;

7. Recommande en outre à l'État partie d'éclaircir et de renforcer la protection juridique du bien et d'augmenter les ressources humaines et financières disponibles pour garantir la protection et la conservation du site, ycompris la protection et la restauration, le cas échéant, des valeurs naturelles importantes de la région telles que l'habitat de mangroves de haute qualité, les zones de forêts sèches capables d'assurer la conservation du colobe bai, les zones importantes pour la conservation des oiseaux et des tortues sur l'Île aux Oiseaux, et de mettre en place un régime efficace de protection et de gestion pour garantir la conservation de l'île de Kousmar voisine;

8. Demande à l'État partie de soumettre au 1er février 2012 un rapport sur la mise en place de son système de protection et de gestion du bien, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012.

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial
Etats Parties : Sénégal
Biens : Delta du Saloum
Session : 35COM