Face à une prise de conscience grandissante du fait que la valeur universelle du patrimoine urbain va bien au-delà de la valeur de chacun des immeubles, la nécessité de mettre en place au niveau mondial des méthodes et des critères de préservation des centres historiques des villes se fait de plus en plus sentir.

Conservateurs, municipalités, architectes et urbanistes débattront de cette question à la Conférence sur le Patrimoine mondial et l’architecture contemporaine, que l’UNESCO et la Ville de Vienne organisent dans la capitale autrichienne avec le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) et le ministère autrichien de l’Education, des Sciences et de la Culture, du 12 au 14 mai. La décision de tenir cette conférence est née d’un débat occasionné par la construction potentielle de trois tours dans le centre historique de Vienne, débat qui s’est déroulé en juin 2003 au cours d’une réunion du Comité du patrimoine mondial à Paris.

Le passage à une approche plus holistique de la préservation du patrimoine urbain a trouvé un parfait exemple l’été dernier quand le Comité du patrimoine mondial a décidé de placer la Cathédrale de Cologne sur la Liste du patrimoine mondial en danger. Le problème n’était pas lié à l’état de la cathédrale mais plutôt à la construction de tours dans son voisinage, ce qui modifiait son inscription dans le paysage.

« La préservation du patrimoine culturel, explique le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, est essentielle pour deux raisons distinctes : d’une part pour sa valeur historique et esthétique universelle et d’autre part pour son rôle dans les sociétés et les cultures qui en ont la garde. Le patrimoine culturel relie passé et présent et accroît ainsi le sens de l’identité et de la cohésion sociale des individus et des communautés. De cette façon, il renforce les fondations sur lesquelles les communautés construisent leur futur ».

Préserver seulement des immeubles et des monuments tout en altérant leurs environnements urbains fait perdre à ces immeubles et à ces monuments leur sens et, en conséquence, une grande part de leur valeur, souligne le Comité du patrimoine mondial et les experts qui le conseillent. Ainsi, l’archevêché du XVIe siècle et d’autres remarquables illustrations de l’architecture baroque mexicaine du centre historique de Puebla (inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1987) pourront survivre à la construction de centres commerciaux et de parkings dans leur environ immédiat, mais l’identité de ce centre urbain unique, témoignage de la rencontre des forces créatives européennes et américaines n’y parviendra peut-être pas.

On peut trouver des exemples du même genre de Kyoto au Caire ou à Londres selon le Directeur du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, Francesco Bandarin, qui insiste sur le fait qu’il n’est pas dans l’intention de l’UNESCO de freiner le développement ou l’architecture moderne.

« Le désir des architectes de mettre leur griffe sur les immeubles qu’ils conçoivent sans tenir compte de leur environnement est le véritable problème », déclare Francesco Bandarin. « Nous voulons une conception architecturale qui respecte le contexte urbain dans sa durée. En tant que conservateurs, nous ne croyons pas plus à une construction qui dénature l’identité des centres urbains historiques qu’à une architecture maniériste qui singe le style des siècles écoulés. Les centres des villes qui se sont développés au cours des siècles ont besoin de rester lisibles, chaque strate de leur développement témoignant de la culture et du développement de la ville. L’identité de chaque strate doit être respectée tout comme l’identité de l’ensemble, qui est le fruit de l’interaction entre toutes ces strates ».

L’UNESCO et les participants à la conférence examineront les différentes façons d’assurer un développement durable des villes historiques, et de faire en sorte que les investissements en infrastructures et équipements modernes ne fassent pas perdre les atouts sociaux, culturels et économiques que leur patrimoine confère à ces villes.


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