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Développement durable

Le patrimoine a été absent des débats généraux sur le développement durable malgré son importance primordiale pour la société et la large reconnaissance de son grand potentiel à contribuer aux objectifs sociaux, économiques et environnementaux. Le patrimoine mondial peut fournir une plateforme pour développer et tester de nouvelles approches qui démontrent la pertinence du patrimoine pour le développement durable, en vue de son intégration dans le programme de développement après 2015 de l'ONU.

La Contribution du patrimoine mondial pour le développement durable

En dehors de l'Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD) N°7, sur l’environnement durable, qui réfère en partie à la nécessité de protéger la biodiversité et les ressources naturelles, les OMD adoptés par la communauté internationale en 2000, ne font aucune référence spécifique au patrimoine ou encore à la culture en général. Pourtant, la contribution du patrimoine à un développement humain durable est d’une importance majeure.

Certainement, la protection des biens exceptionnels du patrimoine, préservés par des peuples partout dans le monde, comme des grands paysages naturels et des monuments historiques, peut être considérée comme une contribution intrinsèque au bien-être de l’humanité. Il serait difficile d'imaginer nos pays, villes et paysages sans les traces connues de notre passé, témoins de la continuité à travers le temps qui passe et de la présence de la nature, pour nous inspirer un profond sentiment d'émerveillement et de joie.

Mais en plus de sa valeur intrinsèque pour les générations présentes et futures, le patrimoine mondial et le patrimoine en général, peuvent aussi faire une importante contribution instrumentale au développement durable dans ses différentes dimensions.

Grâce à une variété de biens et de services et en tant que réservoir de connaissances, un bien du patrimoine mondial bien protégé peut contribuer directement à réduire la pauvreté et les inégalités en fournissant des biens et services de base, tels que la sécurité et la santé, par le logement, l'accès à l'assainissement de l'air, l'eau, la nourriture et d'autres ressources importantes.

Préserver les ressources naturelles, y compris les sites exceptionnels contenant quelques-unes des plus riches combinaisons de la biodiversité terrestre et marine, est évidemment une contribution fondamentale à la durabilité de l’environnement. La plupart de ces sites, d'autre part, ont développé au fil du temps, grâce à l'adaptation mutuelle entre l'homme et l'environnement, et ainsi démontrer comment, plutôt qu’existant dans des domaines séparés et parallèles, des diversités biologiques et culturelles interagissent et affectent l’autre de façon complexe dans une sorte de processus de coévolution.

Très souvent, le patrimoine mondial est également un atout important pour le développement économique, en attirant des investissements et garantissant des emplois verts, localement basés, stables et décents, dont une partie seulement peut être liée au tourisme. Les activités liées à la gestion du patrimoine culturel et naturel, en effet, sont locales par définition (c'est à dire qu’elles ne peuvent pas être délocalisées) et vertes "dans leur conception", car elles incarnent un modèle intrinsèquement plus durable de l'utilisation des terres, de la consommation et de la production, développées au fil des siècles, si ce n’est des millénaires, issues d’une lente adaptation entre les communautés et leur environnement. Cela est sans doute vrai pour les zones naturelles protégées riches en biodiversité, mais aussi pour les paysages culturels et les villes historiques.

Le patrimoine mondial est également essentiel pour le bien-être spirituel des gens grâce à ses dimensions symboliques et esthétiques très puissantes. La reconnaissance et la conservation de la diversité du patrimoine culturel et naturel, un accès juste et le partage équitable des avantages découlant de leur utilisation, accroît le sentiment d'identité et d'appartenance, le respect mutuel de l’autre et renforce le sens de l’objectif et la capacité à maintenir un bien commun, qui contribue à la cohésion sociale d'une communauté ainsi qu’à la liberté individuelle et collective et à la liberté de choix et d’action. La capacité d'accéder, de profiter et d’entretenir un patrimoine est essentiel pour ce que le lauréat du prix Nobel Amartya Sen appelle la «capacité des individus à vivre et à être ce qu'ils choisissent", qui est une composante fondamentale du développement humain.

Un patrimoine bien entretenu est également très important dans la prévention des risques liés aux catastrophes naturelles et résultants des activités humaines. L'expérience a montré comment la dégradation des ressources naturelles, les zones rurales négligées, l'étalement urbain et les nouvelles constructions mal conçues, augmentent la vulnérabilité des communautés face aux risques de catastrophes, en particulier dans les pays les plus pauvres. En revanche, un lieu naturel ou historique bien préservé, qui est fondé sur la connaissance et les compétences traditionnelles, réduit considérablement les facteurs de risques de catastrophe, renforce la résilience des communautés et sauve des vies.

Par ailleurs, en temps de crise, l'accès et l’entretien du patrimoine peuvent aider les personnes vulnérables à recouvrer un sens de la continuité, leur dignité et leur autonomisation. Dans les situations de conflit et d’après conflit, en particulier, la reconnaissance et la conservation du patrimoine, fondées sur des valeurs et des intérêts communs, peuvent favoriser la reconnaissance mutuelle, la tolérance et le respect entre différentes communautés, ce qui est une condition préalable pour le développement pacifique de la société.

Tout ce qui précède concerne les potentielles contributions positives qu'une appropriée conservation et gestion du patrimoine mondial pourraient apporter au développement durable. 

Le développement durable au sein de la Convention du patrimoine mondial

Le texte de la Convention, adopté en 1972, ne fait aucune mention spécifique de l'expression «développement durable». Il a fait valoir, cependant, que la Convention du patrimoine mondial « porte en elle l'esprit et la promesse de la durabilité, ... dans son insistance pour que la culture et la nature forment un continuum fermé des ressources de la planète, la gestion intégrée de ce qui est essentiel au développement durable réussi à long terme et même à l'avenir de la vie sur Terre telle que nous la connaissons » (Richard Engelhardt).

Cette idée est consacrée en particulier aux articles 4 et 5 de la Convention, tout en reconnaissant que les États parties ont l'obligation « d'assurer l'identification, la protection, la conservation, la mise en valeur et la transmission aux générations futures (soulignement ajouté) du patrimoine culturel et naturel», ainsi que «d'adopter une politique générale visant à assigner une fonction au patrimoine culturel et naturel dans la vie collective et à intégrer la protection de ce patrimoine dans les programmes de planification générale ». Par ailleurs, dans ces articles, la sphère d'activité de la Convention semble aller au-delà des sites inclus dans sa liste des biens du patrimoine mondial, pour englober les politiques des patrimoines nationaux et des stratégies de développement plus larges.

La notion de durabilité est entrée dans les Directives Opérationnelles en 1994, en référence à «l’utilisation durable» des paysages culturels, introduite ensuite pour la première fois comme une nouvelle catégorie de biens patrimoniaux. Lors de sa 26ème session (Budapest, 2002), le Comité du patrimoine mondial a adopté ce que l’on appelle la «Déclaration de Budapest», qui a souligné la nécessité de «veiller à maintenir un juste équilibre entre la conservation, la durabilité et le développement, de façon à protéger les biens du patrimoine mondial grâce à des activités adaptées contribuant au développement social et économique et à la qualité de vie de nos communautés».

De plus en 2005, la notion de développement durable a été prise en compte dans la partie introductive des Orientations, qui note que «La protection et la conservation du patrimoine naturel et culturel constituent une importante contribution au développement durable» (paragraphe 6). Les Orientations reconnaissent en outre (paragraphe 119) que les biens du patrimoine mondial « peuvent accueillir différentes utilisations, présentes ou futures, qui soient écologiquement et culturellement durables».

Lors de sa 31ème session (Christchurch, 2007), le Comité du patrimoine mondial a décidé d'ajouter les «Communautés» aux quatre objectifs stratégiques existants pour « valoriser le rôle des communautés dans la mise en œuvre de la Convention du patrimoine Mondial» (décision 31 COM 13B).

Lors de sa 35ème session (Paris, 2011), le Comité du patrimoine mondial a fait un certain nombre d'ajouts aux Orientations qui font référence au développement durable, notamment aux paragraphes 112, 119, 132, ainsi que dans l'annexe 5, points 4.b et 5.e. Ces modifications visent d'une part à faire en sorte que toute utilisation des biens du patrimoine mondial soit durable par rapport à la nécessité de maintenir leur valeur universelle exceptionnelle et d'autre part à affirmer l'idée que les systèmes de gestion des biens du patrimoine mondial « devraient intégrer les principes de développement durable ». Par ailleurs, divers paragraphes des Orientations, appellent à une approche participative complète pour l'identification, la protection et la gestion des biens du patrimoine mondial (par exemple, les paragraphes 64, 111 et 123).

Le récent « Plan d'action stratégique pour la mise en œuvre de la Convention, 2012-2022 », adopté par la 18ème Assemblée générale (Paris, 2011), intègre également une préoccupation concernant le développement durable, notamment dans sa «Vision pour 2022 », qui appelle la Convention du patrimoine mondial à «contribuer au développement durable des communautés et des cultures du monde", ainsi que par son Objectif N°3 qui est ainsi libellé: «La protection et la conservation du patrimoine prennent en compte les besoins actuels et à venir environnementaux, sociétaux et économiques», qui doit être atteint notamment en « reliant la conservation aux communautés ».

Tous ces développements devraient être considérés dans le contexte plus large de l'initiative de l'UNESCO pour intégrer la culture dans l'agenda international du développement durable (voir: https://fr.unesco.org/themes/culture-developpement-durable). Dans ce contexte, les sites du patrimoine mondial pourraient offrir le terrain d'essai où des approches novatrices pourraient être pratiquées. 

La nécessité d'une politique

Malgré ces progrès, la contribution au développement durable n'est pas une politique explicite dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention, comme celle-ci continue à se concentrer principalement sur ​​la protection de la Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE), qui justifie l'inscription de biens sur la liste du patrimoine mondial.

Les procédures et les lignes directrices actuelles pour la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial, en effet, ne comprennent pas actuellement de recommandations, vérifications et contrôles spécifiques qui permettraient aux gouvernements d'exploiter pleinement le potentiel du patrimoine mondial pour le développement durable, d'une part, et de veiller à ce que leurs politiques et programmes de conservation et de gestion du patrimoine soient alignées sur les objectifs de développement durable plus larges, d'autre part.

Cela signifie que de nombreuses possibilités pourraient être omises dans la mise en œuvre de la Convention tout simplement parce que les responsables ne peuvent pas les envisager ou ne savent pas comment les traduire en bénéfices concrets pour le développement durable. A l’inverse, les procédures actuelles de la Convention n’offrent aucun moyen clair d'encourager la conservation et la gestion du patrimoine afin de mieux harmoniser ses activités avec des objectifs importants de développement durable, tels que le respect des droits de l'homme, répondants aux besoins de base des communautés locales ou de non-épuisement des ressources naturelles.

Toutes les idées et recommandations formulées dans le cadre du 40ème Anniversaire, n'ont en fait pas encore trouvé leur place dans les politiques de la Convention du patrimoine mondial, et donc ne sont pas devenues des pratiques courantes pour près de 1000 des biens du Patrimoine les plus remarquables de la planète et, encore plus important, dans les politiques nationales du patrimoine qui, dans de nombreux pays, sont inspirées par les normes établies par la Convention de 1972.

Pour toutes ces raisons, lors de sa 36ème session (Saint-Pétersbourg, 2012), le Comité du patrimoine mondial a considéré que l'intégration du développement durable dans les processus de la Convention devrait être encouragée par une politique spécifique.

Références

 

Décisions (4)
Show 38COM 5D
Show 36COM 5C
Show 35COM 5E
Show 34COM 5D