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Étude de cas : Sian Ka’an

Située sur la côte est de la péninsule du Yucatán, cette réserve de biosphère comprend des forêts tropicales, des mangroves et des marais, ainsi qu’une vaste étendue marine traversée par une barrière de corail. Elle abrite une flore remarquablement riche et une faune comprenant plus de  300 espèces d’oiseaux, ainsi qu’une grande partie des vertébrés terrestres caractéristiques de la région, qui cohabitent dans la diversité des milieux formés par son système hydrologique complexe.

Sensibiliser

Selon le gestionnaire du site du patrimoine mondial de Sian Ka’an, Francisco Ursua, l’une des principales retombées de la sensibilisation accrue qui accompagne l’inscription au patrimoine mondial a été la création de nouvelles organisations non gouvernementales locales (ONG) pour soutenir le site, comme par exemple Amigos de Sian Ka’an, Centro Ecologico Sian Ka’an, Sian Ka’an Artists et Sian Ka’an Foundation.

De son point de vue, le statut de patrimoine mondial a créé un élan pour la constitution d’ONG locales, conscientes que leurs efforts seraient mondialement reconnus et confiantes aussi que le site allait recevoir sur le long terme le soutien des gouvernements fédéral et local, ceux-ci s’étant engagés dans cette inscription internationale avec les responsabilités qui s’y rattachent.

« Le statut de patrimoine mondial a servi à positionner Sian Ka’an parmi les zones d’importance capitale du point de vue des efforts de conservation au niveau national. Cela s’est traduit en termes budgétaires, ainsi que par la participation à des programmes institutionnels, non seulement de la CONANP (la commission des zones protégées du gouvernement mexicain), mais aussi d’autres entités gouvernementales, avec par exemple des fonds du Ministère du tourisme et des services de l’environnement de la Commission des forêts. » Alfredo Arellano, ancien gestionnaire du site de Sian Ka’an

Rehausser la protection

Dans certains cas, l’inscription au patrimoine mondial peut être utilisée comme levier pour influer sur des décisions qui concernent le développement du site et sur la législation des aires protégées. Voici trois exemples qui montrent comment le label de patrimoine mondial a été utilisé dans le cas de Sian Ka’an.

Dans le premier exemple, les gestionnaires de Sian Ka’an ont utilisé le statut de patrimoine mondial pour encourager les ministres  du gouvernement à appliquer dans le Plan de développement du littoral des restrictions de densité pour la construction des biens privés, ce qui a été adopté par décret en 2002. Grâce notamment à la promotion des valeurs de patrimoine mondial, la réglementation pour le développement de Sian Ka’an est beaucoup plus stricte que pour d’autres aires situées à l’extérieur de la réserve.

Le statut de patrimoine mondial a également été mis à profit pour aider à bloquer d’autres projets préjudiciables à l’environnement. Par exemple, la proposition faite en 2001 de construire une nouvelle route traversant le centre de la réserve a été stoppée par Alfredo et ses collègues. De même, lorsqu’il a été proposé de construire une marina près de Sian Ka’an, les gestionnaires, soutenus par d’autres, ont de nouveau invoqué le statut de patrimoine mondial du site pour permettre de bloquer ce projet de développement.

« Les critères, ainsi que l’engagement pris par le Mexique avec l’UNESCO pour inclure Sian Ka’an sur la liste du patrimoine mondial ont été utilisés pour créer une opposition à des projets potentiellement néfastes, au moyen d’ateliers, de consultations directes avec les investisseurs et les organismes gouvernementaux, des médias et des forums universitaires. Par leur participation et leur capacité de mobilisation du grand public, nos ONG partenaires ont joué elles aussi un rôle très important, en particulier celles disposant d’un réseau international. De la sorte, et en s’appuyant sur des instruments juridiques, nous avons été à même de stopper de mauvaises idées avant qu’elles ne deviennent des projets, telles que des routes, des marinas, des installations de dragage, de vastes implantations hôtelières et complexes d’habitation. Le patrimoine mondial a aidé à définir des politiques axées sur la durabilité, souvent contraires aux attentes d’autres secteurs du gouvernement, d’entrepreneurs privés et de certains propriétaires privés de la réserve. » Francisco Ursua et Alfredo Arellano

L’exemple d’un garde, un pêcheur qui vit sur le site comme membre de la communauté, est une autre manifestation intéressante de l’engagement local. Ce garde notifie à Francesco toute tentative d’activité dégradante pour la zone. De plus, chacun des habitants du site remplit efficacement une fonction de surveillance ; dans la mesure où ils reconnaissent qu’ils sont les gardiens des ressources naturelles, leur sentiment de propriété est très fort et la protection qui en découle est elle aussi très forte.

Dans la partie nord de la baie de Sian Ka’an, les propriétaires locaux ont même réparti la zone d’élevage des homards sur le modèle des parcelles agricoles. La gestion de cette zone est très forte, car c’est elle qui leur fournit leur subsistance. Elle est en effet d’abord leur patrimoine et ensuite un patrimoine mondial. Comme on lui demandait de livrer une dernière réflexion sur ce que le statut de patrimoine mondial représentait pour Sian Ka’an, Francisco a donné la réponse suivante :

« Si une chose très grave devait arriver au site de Sian Ka’an et que les problèmes ne pouvaient être résolus au niveau national, la communauté internationale viendrait en aide au site. J’ai cette conviction absolue. » Francisco Ursua

Augmenter les financements

S’agissant des droits d’entrée, les gestionnaires se sont réunis récemment avec les législateurs pour instaurer des prix d’entrée différenciés. En 2004, la CONANP va faire passer par le Congrès des amendements à la loi, en vue d’instaurer des prix d’entrée plus élevés dans certaines zones, notamment celles couvertes par le label de patrimoine mondial.

Le Centre du patrimoine mondial et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), travaillant en coopération avec le gouvernement mexicain pour la gestion et la conservation, ont facilité l’apport de financements extérieurs. Voici quelques exemples de projets mis en œuvre par Sian Ka’an avec le soutien de l’UNESCO :

  • UNESCO/Programme des Nations Unies pour le développement (PNUE)/Rare/Fondation des Nations Unies : ‘Associer conservation de la biodiversité et tourisme durable dans les sites du patrimoine mondial (voir ci-dessous, section 5).
  • UNESCO/FEM – Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Small Grant Program – ‘Gestion par la communauté de la conservation des aires protégées’.
  • UNESCO – Centre du patrimoine mondial, The Nature Conservancy, la société Gillette et le FEM – projet de conservation des ressources en eau douce, des ressources marines et des ressources côtières à Sian Ka’an et à proximité.

Ce projet, mis en œuvre par Amigos de Sian Ka’an, vise à promouvoir la protection d’habitats côtiers essentiels et à assurer la viabilité du système d’eau douce de la région grâce à un certain nombre d’activités, parmi lesquelles la création d’un programme d’achat de terres pour la conservation.

« Le statut de patrimoine mondial a favorisé la mise en place du financement de projets de développement durable soutenus par le Centre du patrimoine mondial et d’autres agences des Nations Unies. Ces projets se sont avérés très utiles pour associer bien-être des populations et conservation du site. » Marco Laczano, directeur de Amigos de Sian Ka’an

Améliorer la gestion

Comme pour d’autres sites de cette étude, le statut de patrimoine mondial a contribué à mieux faire connaître les programmes et les pratiques de gestion de Sian Ka’an grâce à des forums, des rencontres, des ateliers et des formations soutenus par des organisations multilatérales comme l’UNESCO et le Centre du patrimoine mondial.

Sian Ka’an voit déjà les bénéfices de ce travail en réseau et de ces échanges d’idées. En effet, Alfredo a fait part de discussions qu’il a eues avec des gestionnaires de la région Afrique qui rencontrent les mêmes problèmes au quotidien.

« À une plus grande échelle, Sian Ka’an a joué un rôle moteur et a été utilisé comme modèle pour concevoir et mettre en place de nouvelles stratégies de développement durable et de gestion des aires protégées au niveau régional dans la péninsule du Yucatan, ainsi que dans d’autres aires protégées du Mexique. » Francisco Ursua

Tirer profit du tourisme

Pour tirer profit du nombre croissant des touristes, l’administration gestionnaire de Sian Ka’an travaille en conjonction avec le projet UNESCO-PNUE-Rare mentionné ci-dessus. Cette initiative importante consiste en un projet quadriennal qui a pour objectif d’associer conservation de la biodiversité et développement du tourisme durable dans six sites du patrimoine mondial. Cette action conjugue l’éducation à la conservation, la programmation, le développement commercial et les techniques marketing, afin de créer des processus pour un usage du tourisme qui soit propice à la protection d’habitats importants. Un élément essentiel de ce projet consiste à faire participer les tour-opérateurs à des activités propres au site, afin d’élaborer de meilleurs produits touristiques et des systèmes de gestion durable.

Grâce à ce projet, les avantages économiques générés par le développement du tourisme reviennent aux communautés locales. Les exemples de ces avantages sont manifestes dans la communauté, qui est parvenue à augmenter le revenu moyen par individu, à diversifier ses moyens de production et à faire participer à de nouvelles entreprises les femmes qui habitent dans le site. Les sites du patrimoine mondial concernés par cette étude, outre Sian Ka’an, sont : El Vizcaino, également au Mexique ; Rio Platano au Honduras ; Tikal au Guatemala ; Ujung Kulon et Komodo en Indonésie. Le gestionnaire d’Ujung Kulon a également participé à ce projet (voir l’étude de cas 6).

Sites du patrimoine mondial
Objectifs stratégiques
  • Conservation