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Priorat-Montsant-Siurana paysage agricole de la montagne méditerranéenne

Date of Submission: 07/02/2014
Criteria: (v)(vi)
Category: Cultural
Submitted by:
Ministry of Education, Culture and Sports of Spain
State, Province or Region:
Catalogne
Ref.: 5854
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Word File
Disclaimer

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Property names are listed in the language in which they have been submitted by the State Party

Description

Le paysage culturel Priorat-Montsant-Siurana est une petite région montagneuse de la Méditerranée Occidentale, d’une étendue de 51.562,40 Ha, située dans un vaste bassin versant au cœur de la Cordillère pré-littorale catalane, en contact avec la plaine côtière et la dépression continentale de l’Ebre, desquelles elle est séparée par des chaînes de montagnes. Cette situation géographique particulière d’arrière-pays méditerranéen, associée à sa grande diversité géomorphologique, confère au bien proposé un caractère exceptionnel que l’on peut qualifier de condensé des principaux paysages méditerranéens, très peu artificialisés. Le périmètre proposé comprend une représentation presque continue des derniers 400 millions d’années de l'histoire géologique, que le relief met en valeur dans le paysage : un sous-sol Paléozoïque dans la partie centrale du bassin, les reliefs du Mésozoïque sur la périphérie, la masse Cénozoïque de Montsant – La Llena, dans les montagnes du nord. L'importance de ce patrimoine se reflète dans le fait qu’il est en grande partie inclus dans six zones d'intérêt géologique. Les conditions physiques de l'environnement se traduisent par une grande variété de biotopes couvrant un large ensemble des systèmes naturels de la Méditerranée. Dans cet espace cohabitent des communautés végétales très différentes comme  les garrigues pré-steppiques, les bosquets d'ifs ou formations arbustives en coussins, ce qui permet l'existence d'une grande diversité de flore et de faune, une richesse d'espèces, certaines endémiques, dont beaucoup sont protégées. Cette mosaïque d'écosystèmes a été enrichie historiquement par l'introduction de l'agriculture, de distribution très hétérogène, qui a permis la survie d’espaces naturels dans un état de conservation remarquable. Actuellement, plus de la moitié du territoire est soumis à des figures de protection de l'environnement et du paysage.

Sa population n’atteint pas tout-à-fait 10.000 habitants, répartis en 26 communes, avec une densité de population de presque 20 hab./km2. Le pourcentage de population active du secteur agricole, 22%, représente quasiment dix fois plus que la moyenne de l’ensemble de la Catalogne.

Ce paysage culturel illustre de manière remarquable l’interaction entre l’Homme, la Nature et l’évolution du paysage et de la société agricole en Méditerranée, et ce depuis des milliers d’années. Les habitants de ces lieux se sont adaptés à la topographie compliquée du terrain et aux évolutions climatiques, ont transformé l’espace, ont organisé l’occupation du territoire en exploitant continuellement ses ressources tout au long de l’Histoire. Le résultat n’est autre qu’un paysage culturel exceptionnel qui synthétise et expose l’histoire de cette relation.

Au-delà de ce qui est visible et tangible, le paysage culturel Priorat-Montsant-Siurana, illustre à merveille le mariage entre les composantes matérielles et immatérielles qui constituent ici une seule réalité inséparable et singulière, alliant légendes et paysages, chemins et dévotions. En son socle demeure toujours présent le monde agricole méditerranéen, au cœur de cet amphithéâtre montagneux qui détermine autant le caractère physique du lieu comme la spiritualité et le corpus symbolique de ses habitants. Dépassant la dichotomie entre le matériel et l’immatériel, on peut affirmer que ce paysage représente un modèle d’intégration des patrimoines naturel, culturel et spirituel.

Justification of Outstanding Universal Value

Il y a plusieurs éléments qui confèrent une singularité et originalité au Priorat-Montsant-Siurana comme Paysage Culturel Agricole de la Montagne Méditerranéenne, mais c'est la somme de différentes valeurs et de ses attributs visibles, tangibles et intangibles, au-delà des «individualités», qui donne la force à l’ensemble et lui confère une valeur universelle. Dès les premières formes d’occupation du territoire avec des témoignages d'art rupestres (quelques-uns inscrits sur la Liste de Patrimoine Mondial) jusqu’à nous jours, en passant par les vestiges de peuplements liés à l’exploitation des mines d'argent et plomb dès le VIIIe siècle av. J.-C, et par les civilisations ibère, romaine et musulmane et le monde médiéval avec l'empreinte remarquable de la Chartreuse d'Escaladei, l'agriculture a toujours été à la base de la vie de ce territoire en déterminant ses moments d’échec et de réussite.

Le Priorat-Montsant-Siurana est un paysage qui intègre avec précision les limites géographiques, historiques, symboliques et identitaires de la population qui vit sur cette terre et qui la cultive. Cette mosaïque à la fois énormément riche et complexe – et extraordinairement précise – nous permet, en un peu plus de 500km2, de lire sur place l'histoire de plus de 13.000 ans d’occupation humaine. C'est aussi le témoin précieux de la mise en culture du territoire au cours de plus de trois mille ans, du modelé du paysage à travers l’activité paysanne et pastorale, et de la construction d’un paysage spirituel séculier intimement lié au travail agraire. Terre et Ciel unis et tracés par l’Homme dans le paysage et l’imaginaire collectif.

Plus qu’une mosaïque, le paysage du Priorat-Montsant-Siurana est un remarquable casse-tête géologique, géographique, climatique, agricole, anthropique, produit à l’échelle des siècles et qui nous arrive aujourd’hui comme un témoignage encyclopédique d’une qualité et d’un dynamisme singuliers. Cela permet de le considérer autant comme un témoin exceptionnel de l’histoire et l’évolution agraire des terres accidentées de la Méditerranée occidentale, comme un exemple éminent d’un futur possible, digne et durable pour l’agriculture à petite échelle dans un milieu naturel compliqué et peu propice et dans un contexte géopolitique et socio-économique qui favorise des modèles plus agro-industriels. En ce sens, le Priorat-Montsant-Siurana est  aussi bien un témoin  qu’un présage, non seulement pour son aire géoculturelle mais aussi pour le monde entier. Et le pari de ce paysage culturel, comme proposition d'avenir, repose sur la sage et précise combinaison entre tradition et innovation, sur le relais intergénérationnel et la valorisation du «métier» de paysan et de l'esprit coopératif. Tout ceci ordonnancé minutieusement dans ce paysage millénaire conservant unelisibilité (netteté) exceptionnelle et continuant de se construire, aujourd’hui comme hier, à des échelles temporaires et spatiales pleinement humaines.

En définitive, le paysage historique du Priorat-Montsant-Siurana illustre l’essence de la culture agricole de la montagne méditerranéenne.

Le paysage culturel du Priorat-Montsant-Siurana, paysage agricole de la montagne méditerranéenne, se présente pour être inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial, comme un paysage évolutif et vivant et selon les critères (v) et (vi).

Critère (v) : Le paysage culturel du Priorat-Montsant-Siurana illustre de manière exceptionnelle un paysage évolutif et vivant où l’on peut lire et suivre le devenir séculaire représentatif des stratégies d’occupation du territoire et de l’exploitation agraire dans l’espace géoculturel méditerranéen. Les témoignages de ses attributs mettent en évidence la symbiose parfaite et l’équilibre précis entre la terre, les pratiques agricoles et les hommes et femmes, entre les difficultés posées par la Nature et les solutions durables et efficaces imaginées par la société, entre les ressources et les nécessités.  La sagesse dans le choix des lieux les mieux adaptés pour les cultures et les villages démontre l’exquise habileté dans l’occupation et la gestion de la terre et le dialogue respectueux et permanent entre l’Homme et son milieu.

Critère (vi) : Le paysage culturel du Priorat-Montsant-Siurana est un exemple éminent de tradition mystique et de spiritualité séculière fortement liées aux cycles agricoles et qui témoignent d’une relation intime et émotionnelle entre le paysan et la terre. La tradition mystique survit encore aujourd’hui grâce à la présence d’ermites isolés et la spiritualité se manifeste par une riche tradition orale et par la pratique suivie de processions, pèlerinages, rencontres, invocations, prières chantées (rogations), musique et chant, qui trouvent leurs racines dans la relation entre les habitants et leur terre, les pratiques agricoles et le Ciel. D’autre part, les indices matériels de cette spiritualité sont nombreux, remarquables et variés, représentent des références fondamentales qui mouchètent le paysage et des symboles respectés et vénérés par toute la communauté. La montagne de Montsant, comme son nom l’indique, est la montagne sacrée, le Djebel al-Baraka de la civilisation hispano-musulmane. C’est l’endroit où les moines chartreux construisirent la Chartreuse d’Escaladei, la première de la péninsule Ibérique. Le paysage du Priorat-Montsant-Siurana est un exemple singulier d’intégration des patrimoines naturel, culturel et spirituel, qui conserve pleinement son rôle social dynamique dans la société actuelle.

Statements of authenticity and/or integrity

Le paysage culturel du Priorat-Montsant-Siurana s’expose comme un livre ouvert et complet. Ce livre explique le territoire hautement anthropisé qui permet de constater la lutte pour la subsistance sur une terre dure et aride où rien n’est offert et que seul l’effort et le savoir-faire des hommes et femmes rendent généreuse.

La sagesse de la gestion des ressources hydriques, sous forme de citernes creusées à même la roche, mines (canalisations d’eau souterraines), puits et canaux d’irrigation austères en sont des exemples. D’autres aspects sont les versants cultivés sur des pentes qui paraissent irréelles; les murs de pierre sèche fusionnent avec la roche ou sont gagnées sur les ravins, des terrasses minimales griffent les coteaux pour planter ne serait-ce qu’un olivier solitaire. Situés stratégiquement, les villages apparaissent dans le paysage perchés ou étirés le long d’une crête, protégés sur un coteau, sur le sommet d’un rocher ou dans une plaine au cœur de l’amphithéâtre de montagnes; les chemins traditionnels qui relient ces villages avec les champs, les endroits de célébration social, les ermitages...; Le tout possédant une qualité esthétique du quotidien, qui est sans aucun doute le résultat de l’effort et du travail ancestral sur une terre difficile et agreste qui a fini par générer des résultats profondément harmonieux, d’une grande intensité expressive et symbolique en même temps, à la fois durables et d’une importante efficacité.

Le temps est autre trait singulier de ce paysage. En effet, dans le paysage du Priorat-Montsant-Siurana, survit aussi une attitude réflexive, valorisée et sage. Sur cette terre, le paysage garde le langage sonore de la nature, des travaux des champs et des cloches qui, en marquant les quarts d’heure, avertissent de la proximité d’un village. Et dans ce village, dans chacun d’eux, l’agriculture, après une espèce d’hibernation séculaire s’est (re)convertie en un fait socialement remarquable. Le travail de la terre ici n’est pas un fait marginal, mais plutôt le symbole de l’excellence d’une communauté. Faire du vin, presser l’huile d’olive, travailler la terre, être agriculteur, est une activité reconnue et dont le prestige est rehaussé, tout en favorisant la cohabitation harmonieuse de gestes ancestraux et des techniques agricoles les plus avancées.

L’ensemble constitue un compendium essentiel et un exemple exceptionnel du chemin commun parcouru entre l’Homme et la Nature. Expression dramatique et à la fois éminente de génie et d’intelligence. Essence singulière du paysage méditerranéen, rarement aussi net et lisible par rapport à la confusion paysagère croissante de nombreux autres lieux. Ces qualités garantissent et en même temps certifient l’authenticité de ce paysage culturel et sa grande intégrité, vu qu’il se compose de tous les éléments pour comprendre son caractère, sa signification et son évolution. Intégrité qui, à son tour, est garantie par la législation paysagère qui, sous des figures juridiques diverses, protège presque l’ensemble du bien  et qui, depuis 2012, peut compter sur une Charte de Paysage (portant sur la presque totalité du bien proposé : la figure administrative de la «comarca» du Priorat, 95,1%) qui établit des objectifs de qualité paysagère basés sur ses valeurs et sa fonction sociale. La Charte, cadre de référence pour harmoniser les politiques publiques et les aménagements dans un système de gestion intégré et global, affirme :

« Sa gestion doit être orientée vers l’obtention d’améliorations sociales, culturelles et économiques au niveau local et «comarcal», vers la préservation ou l’augmentation de la qualité de vie et du cadre environnemental et spécialement vers le respect et l’équilibre permanents entre l’utilisation du territoire et la sauvegarde de son authenticité et de son intégrité. […] La mise en application des accords établis de manière volontaire pendant le processus de participation, médiation et concertation de la Charte de Paysage du Priorat au sujet de la reconnaissance des tendances et dynamiques territoriales et sectorielles qui affectent le paysage de la comarque et également des objectifs de qualité paysagère qui veulent être atteints, doit permettre d’appliquer i diffuser de nouvelles lignes d’intervention et de gestion du paysage basées sur la reconnaissance de son caractère debien d’intérêt collectif et doit faire son possible pour mettre en valeur les économies et le développement local à partir de processus endogènes, qui garantissent la durabilité sociale, économique et environnementale du modèle impulsé, la qualité de vie et la qualité des paysages du Priorat.»

Comparison with other similar properties

L’agriculture, comme valeur et composante de beaucoup de paysages, est un élément présent dans un grand nombre de paysages culturels inscrits sur la Liste du Patrimoine Mondial, dans ceux des listes indicatives de chaque État ou même dans ceux susceptibles d’être présentés pour être inscrits sur la Liste du Patrimoine Mondial.

C’est une caractéristique évidente, puisque le territoire et le paysage ont été en même temps le substrat et le produit principal de l’activité humaine: afin de se procurer l’alimentation pour survivre. C’est un fait clé en Méditerranée, où le processus de sédentarisation des premières communautés est un événement fondamental, non seulement dans l’Histoire de notre civilisation, mais aussi dans l’Histoire de toute l’Humanité.

Par conséquent, il est logique que comme rôle principal et comme valeur fondamentale, le fait agricole soit un élément récurrent de beaucoup de paysages culturels. Tout-de-même, il paraît curieux que seul une des paysages culturels inscrits sur la Liste du Patrimoine Mondial soit annoncé comme «paysage agricole». C’est le paysage agricole du sud de l’île d’Öland, Suède, inscrit en l’an 2000. Il est quand même certain que, sans que soit exprimé clairement le fait agricole dans la dénomination du bien, ont été inscrits des biens qui se basent fondamentalement sur cette activité, qui les a modelés et en même temps leur confère leur caractère paysager. Ce serait le cas du groupe de paysages viticoles comme Saint-Émilion (France, 1999), l’Alto Duro (Portugal, 2001) ou Tokaj (Hongrie, 2002); ou des paysages du café (Colombie, 2011), des paysages du tabac (Viñales, Cuba 1999), des paysages de rizières (Philippines, 1995) ou ceux de production de boissons distillées comme la téquila (Mexique, 2006).

Tous ces paysages agricoles sont basés sur des monocultures, caractéristique qui configure des paysages reconnus comme le résultat d’une spécialisation, comme l’exprime la candidature mexicaine du paysage de l’agave dans sa description  des «paysages d’agaves bleus modelés par la culture de cette plante», ou comme le dit la candidature de Tokaj «forme spécialisée d’exploitation», ou comme le certifie à son tour le dossier du paysage culturel du café de Colombie, qui «reflète une tradition centenaire de la culture du café». Ce sont les valeurs et attributs qui émanent directement de ces monocultures qui fondent ces candidatures respectives.

Certainement, ces paysages offrent les images esthétiques les plus frappantes et homogènes, quelquefois presque sculpturales, étant donné leur stricte spécialisation et uniformité. Peut-être que le paradigme de cette force esthétique et plastique peut être illustré par le paysage culturel des rizières en terrasse des cordillères de Philippines ou les terrasses de Hani en Chine, inscrits en 2013.

Ce sont ainsi des sites qui représentent un modèle de paysage agricole aux antipodes de ce que représente le paysage agricole de Priorat-Montsant-Siurana, éminent exemple de mosaïque méditerranéenne fruit d’une exploitation de polyculture-élevage, celle que F.Braudel définissait comme «une mosaïque de toutes les couleurs et mille choses à la fois». C’est-à-dire qu’ils représentent la configuration la plus éloignée que l’on puisse imaginer de la monoculture et du monochromatisme paysager. En effet, le paysage culturel du Priorat-Montsant-Siurana représente et explique la mosaïque agricole méditerranéenne, exemple exceptionnel de biodiversité, de combinaison de différentes cultures, d’utilisation sélective et spécifique de chaque pan de terre, en accord avec les conditions climatiques, orographiques, édaphiques, etc. De plus, aucun de ces paysages n’est capable de représenter ce que le Priorat-Montsant-Siurana veut ajouter à la Liste du Patrimoine Mondial: le paysage agricole des arrière-pays méditerranéens. Des terres accidentées qui donnent justement leur nom à cette singulière mer Méditerranée, la mer au milieu des terres.

L’actualisation des listes indicatives des États membres, réalisée durant la 36e session du Comité du Patrimoine Mondial (Saint-Pétersbourg, 24 juin – 6 juillet 2012), permet de confirmer la récurrence de paysages résultat de monocultures, comme par exemple les vignobles ou les paysages de rizières. Cependant, un paysage candidat se réfère à des modèles agricoles plus complexes comme par exemple le paysage culturel de Farms de Hälsingland, Hälsingland Countryside, en Suède, bien qu’il soit le résultat d’une latitude, une géographie, un climat, une économie et une société absolument différents du paysage qui nous occupe. Un autre paysage culturel qui a une présence de plus en plus remarquée dans les listes indicatives est celui des oasis de la zone du Maghreb et Mashreq. Ils représentent un modèle agricole méditerranéen, celui de la rive sud et des zones désertiques, certes exceptionnel mais évidemment incomparable avec notre paysage culturel. Les deux se complètent pour expliquer l’exception agricole méditerranéenne et en aucun cas ne s’excluent, mais ont plutôt besoin l’un de l’autre.

Si l’on se centre sur notre contexte géoculturel, certains paysages culturels de l’aire méditerranéenne inscrits sur la Liste du Patrimoine Mondial présentent une importante composante agricole. La Méditerranée et son aire d’influence y ont sûrement beaucoup à voir. Par exemple la Vallée de Madriu-Perafita-Claror (Andorre, 2004); Cinque Terre, 1997; Costa Amalfitana, 1997; Parc National du Cilento et Vallée du Diano, 1998 ou la Vallée del Orcia, 2004 (tous ceux-ci en Italie); la Plaine de Stari Graad (Croatie, 2008); Causses et Cévennes (France, 2011); la Vallée du Haut-Rhin Moyen (Allemagne, 2002); Fërto-Neusiedlersee (Autriche-Hongrie, 2001) ou Hallstatt-Dachstein (Autriche, 1997); Wachau (Autriche, 2000); Lavaux (Suisse, 2007).

Dans cet espace à caractère méditerranéen ou de son influence plus ou moins évidente, nous rencontrons des biens comme par exemple la Vallée de Madriu-Perafita-Claror et les Causses et Cévennes, qui partagent avec notre paysage le fait méditerranéen sans être des paysages côtiers, c’est-à-dire des paysages de l’arrière-pays ou hinterland et qui partagent des attributs comme la pierre sèche ou les cultures en terrasse; par contre, ils ont une composante pastorale déterminante dans leur caractère, définition et signification. Dans le premier cas, à cause de la spécificité de la haute-montagne pyrénéenne qui le détermine. Et dans le second cas,  dû à son emplacement sur les grandes routes de transhumance continentales et méditerranéennes et aux influences climatiques intérieures. Quant aux candidatures centro-européennes - de Suisse, Autriche, Hongrie et Allemagne -, elles présentent certaines ressemblances intéressantes avec le paysage culturel du Priorat-Montsant-Siurana, comme par exemple l’existence de cultures en terrasses, de la pierre sèche et la présence de la vigne. Elles partagent aussi des traits historiques et culturels de par la civilisation romaine ou les ordres monastiques. Par contre, toutes possèdent d’autres composantes déterminantes dans la définition de leur paysage culturel respectif, qui peuvent être le caractère alpin, les éléments scénographiques et esthétiques liés au monde de la haute-montagne, les eaux fluviales ou grandes surfaces lacustres ou bien le climat. Il est évident qu’elles ne peuvent être représentatives du paysage agricole méditerranéen, ni géographiquement ni culturellement – malgré quelques influences historiques, comme nous l’avons signalé -, et par conséquent ne peuvent représenter le paysage agricole que signifie le Priorat-Montsant-Siurana, ni le fait qu’elles ne couvrent en aucun cas toute la nouveauté et singularité que le Priorat-Montsant-Siurana peut apporter à la Liste du Patrimoine Mondial.

D’autres paysages pleinement méditerranéens ont été inscrits en prenant en compte l’agriculture comme une valeur plus ou moins importante de la candidature. Néanmoins il faut souligner qu’aucun d’eux n’a la vocation ni la prétention de se présenter comme exemple de mosaïque agricole méditerranéenne, ni comme paysage agraire, ce à quoi veut justement parvenir le paysage du Priorat-Montsant-Siurana, mais plutôt que chacun d’eux se base sur un aspect ou une culture déterminée ou une composante historique du fait agricole. Ce dernier aspect est très bien illustré par la Plaine de Stari Graad en Croatie : bien qu’elle coïncide avec le Priorat-Montsant-Siurana sur deux cultures fondamentales, la vigne et l’olivier, et bien qu’elle possède aussi des ouvrages en pierre sèche, la Plaine de Stari Graad base son inscription sur le fait d’être un témoin cadastral, sur un territoire minuscule (1.377 ha), d’une forme très spécifique de colonisation et d’aménagement du territoire par les Grecs du VIe siècle av. J.-C., connu comme la « chora » et qui nous arrive avec une grande qualité de lecture et de compréhension vingt-quatre siècles plus tard. De plus, elle se différencie du Priorat-Montsant-Siurana par deux traits fondamentaux, son insularité et le fait qu’il s’agisse d’une plaine. Son échelle, comme nous l’avons souligné, en serait un autre aspect différenciateur.

Dans les paysages italiens, dans le cas de la Costa Amalfitana ou de Cinque Terre il est évident que le trait maritime est dans les deux cas fondamental et déterminant de son caractère, sa signification, son évolution historique, culturelle et commerciale (n’oublions pas qu’une grande partie de ces vallées et des villages qui constituent ces paysages furent surtout accessibles par la mer jusqu’à relativement récemment). Et ceci est un fait différentiel de premier ordre, au-delà des similitudes avec les cultures en terrasses (vigne, oliviers, vergers ou potagers) ou aussi des ressemblances typologiques entre les habitats et de leur dialogue avec le territoire, fait partagé avec d’autres paysages méditerranéens. Ainsi, le paysage culturel agraire du Priorat-Montsant-Siurana continue d’être l’exemple singulier et exceptionnel de la Méditerranée sans mer, cultivé par les hommes et femmes que Cicéron qualifiait de homines maxima mediterranei (les plus méditerranéens des hommes).

Dans le cas de la Vallée d’Orcia, sa volonté explicite de presque concevoir un paysage agricole esthétique dans le cadre de la Renaissance italienne, conforme un cas spécifique et singulier dotée de connotations externes que le rendent incomparable avec un paysage agraire fruit de l’évolution quotidienne et séculaire intrinsèques. Le Parc National du Cilento et Vallée du Diano, qui partagent avec le Priorat-Montsant-Siurana les cultures d’olivier et le patrimoine de pierre sèche, divergent par la présence de biens monumentaux comme par exemple Paestum ou la Chartreuse de Padula, qui lui confèrent un caractère plus complexe ; de plus, la candidature elle-même présente son paysage comme une voie de communication culturelle, commerciale et politique entre l’Adriatique et la mer Tyrrhénienne dans la Méditerranée centrale. Son leitmotiv n’est donc pas l’agriculture, comme ne l’est pas non plus présenter, expliquer et inscrire un paysage agricole continental méditerranéen.

Si nous centrons l'analyse sur le contexte espagnol, quatre exemples peuvent également être utilisés dans l'analyse comparative. Deux sontinscrits au Patrimoine Mondial - la Palmeraie d'Elche (inscrite en 2000) et la Serra de Tramuntana (2011)-, tandis que les deux autres sont sur la liste indicative de l’État - le paysage culturel transfrontalier de la côté méditerranéenne des Pyrénées (France-Espagne, 2006) et Plasencia-Monfragüe-Trujillo paysage méditerranéen (2012). Ces deux dernières candidatures ont été retirées par l'Espagne après avoir reçu un avis défavorable à l'inscription de la part des organismes consultatifs de l'UNESCO (ICOMOS, UICN). Ils restent sur la liste indicative de l'Espagne.

La candidature du versant méditerranéen des Pyrénées repose sur le pilier fondamental de l'axe de communication historique transpyrénéen, ajouté à l’importance de son patrimoine naturel en particulier marin. Il est évident que dans ce paysage il y a plusieurs points de ressemblance avec la candidature du Priorat-Montsant-Siurana, comme le vignoble de Banyuls, où l’on trouve terrasses, murs en pierres sèches et la présence de schiste, mais aussi sur le versant sud, qui présente de cultures de vignes et d'oliviers aussi en terrasses. Pourtant, son importance liée à la mer, le poids  argumentaire de l'axe transpyrénéen de communication historique et le manque de signification agricole dans le fondement de la candidature, diffèrent significativement du caractère et de l'importance du paysage culturel agricole du Priorat-Montsant-Siurana.

Pour le cas de Plasencia-Monfragüe-Trujillo, il est clair que cette candidature possède un paysage unique en Méditerranée, la Dehesa (pâturage). C'est un paysage homogène associé à deux centres historiques et monumentaux et à de grands axes de la transhumance entre le nord et le sud de l'Espagne (Mesta). Ces caractéristiques le distinguent clairement du paysage agricole du Priorat-Montsant-Siurana et, en tout cas, ne couvrent pas ce qu’il peut apporter à la Liste du Patrimoine Mondial.

Quant à la Palmeraie d'Elche, elle peut seulement être considérée, malgré  les activités agricoles qu’elle présente, comme un paysage unique et distinct de tous ceux  qui viennent d’être examinés, car il s'agit d'un paysage de l'Afrique du Nord transféré sur la côte Est de la péninsule Ibérique. La force de la candidature et de son inscription est basée sur son caractère historique, culturel et unique dans la région méditerranéenne.

En 2011, l'UNESCO a inscrit le paysage culturel de la Serra de Tramuntana, à Majorque. Comme dans le cas de la Plaine de Stari Graad, il s'agit d'un paysage insulaire. Comme dans tous les paysages méditerranéens ou d'influence méditerranéenne, nous pouvons y trouver des similitudes avec le paysage culturel du Priorat-Montsant-Siurana: certaines cultures (oliviers, vigne) ou les terrasses et les murs de pierre sèche. Il est également évident que, par les origines culturelles et historiques communes, les paysages culturels de la Serra de Tramuntana et du Priorat-Montsant-Siurana, partagent des connaissances, des techniques, des traditions et même des noms de lieux. Pourtant, au-delà de la différence entre le caractère insulaire et continental, et la vitalité et la valeur fondamentale du fait agricole du Priorat-Montsant-Siurana, ce paysage incarne un exemple encore non représenté sur la Liste du Patrimoine Mondial : un paysage culturel où l'agriculture est à la fois un témoin séculaire ininterrompu entre les hommes et les femmes, la Terre et le Ciel, et à la fois un exemple exceptionnel d'un avenir agricole viable et durable pour les territoires de la Méditerranée intérieure et, par extension, pour l'ensemble des régions du monde avec une agriculture à petite échelle dans une nature adverse.