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Sya, centre historique de Bobo-Dioulasso

Date of Submission: 24/01/2012
Criteria: (iii)(iv)
Category: Cultural
Submitted by:
Ministère de la Culture et du Tourisme
State, Province or Region:
Région des Hauts-Bassins, Province du Houet
Coordinates: N11 10 64 W04 17 71
Ref.: 5658
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Word File
Disclaimer

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Property names are listed in the language in which they have been submitted by the State Party

Description

Le village de Sya ou Dioulassoba est le noyau originel de la ville de Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, située au Sud-Ouest du pays, à 365 kilomètres de Ouagadougou. Sya est situé au cœur de la ville de Bobo-Dioulasso, dans l’arrondissement de Konsa, à l’intérieur de la fourche formée par le marigot Houet à l’Est et le Sanyo à l’Ouest. Sya occupe une superficie de quinze (15) hectares, incluant la place publique Wara-Wara, contigüe aux habitations.

Sya est composé de trois villages, Kibidoué et Tiguisso qui se disputent l’origine de Sya ainsi que le village bobo-dioula. Ces trois villages ont donné naissance à dix huit (18) foyers, dont quatre (04) à Konsa, six (06) à Tiguisso et huit (08) à Kibidoué. Ces villages ont chacune une maison mère qui est celle du fondateur ou encore l’aîné du lignage.

Essentiellement construit en matériaux locaux (murs en bauge, toiture-terrasse en argamasse soutenue par des poteaux et poutres de bois), le village de Sya formait au départ un amas de constructions enchevêtrées, permettant de faire le tour du village par le toit des constructions. De nos jours, on assiste à des transformations extérieures de certaines constructions, à travers l’introduction de nouveaux matériaux tels que les parpaings de ciment, les pierres taillées et les tôles ondulées.

Malgré tout, Sya a conservé ses us et coutumes. Les bâtiments sont vivants du patrimoine immatériel qu’ils renferment. Témoin de la mémoire collective du village, Sya est le symbole d’une cohésion sociale réussie. On y retrouve la grande Mosquée de Dioulassoba construite en 1892, la chapelle de Sya construite pendant la colonisation et plusieurs lieux de culte de la religion traditionnelle bobo dont les marigots Houet et Sanyo d’où on retrouve les silures sacrés symboles, actuels de la ville de Bobo-Dioulasso.

Justification of Outstanding Universal Value

L’histoire de la fondation de Bobo-Bioulasso est très controversée; la tradition orale rapporte plusieurs versions imprécises et des origines variant entre le Xe et les XVe siècles.

Mais, il est probable que sa fondation remonte plus tôt, aux environs du VIeou du VIIe siècle de notre ère, par une ethnie autochtone constituée sur place, et qui aurait d’abord habitée dans des grottes, notamment dans les falaises qui longent la ville de Bobo-Dioulasso (direction Nord-Est, Sud-Ouest).

Deux systèmes traditionnels du pouvoir cohabitent à Sya : celui lié au lignage à Kibidoué et Tiguisso et celui lié au pouvoir centralisé (chef de canton) chez les Bobodioula qui a été introduit par la colonisation.

Critère (iii): on peut affirmer que Sya  apporte un témoignage exceptionnel sur la tradition culturelle madarє. Le territoire madarє est situé en Afrique occidentale et s’étend au Burkina Faso et à la République du Mali, sur un territoire rectangulaire de 140km du Nord au Sud, et 90km d’Est en Ouest. Cet espace géographique compte environ cent soixante onze (171) villages et il faut remarquer que les populations étrangères y sont plus importantes que les autochtones. Au cœur de la capitale économique du Burkina, le village de Sya est non seulement le témoignage originel de cette grande ville, mais aussi le témoignage de résistances et convictions culturelles, toujours ardentes aujourd’hui.

Critère (vi): Sya  est directement associé à des événements (…) des traditions vivantes, des idées, des croyances (…) ayant une signification universelle exceptionnelle. Sya n’est certainement pas le plus ancien village madarє, mais il faut reconnaître que toute la ville de Bobo-Dioulasso s’est bâtie autour de ce noyau. Par ailleurs, la particularité de Sya réside dans le fait qu’il abrite trois villages ; deux ethnies autochtones, Bobo-dioula et Bobo-mandarє, trois grandes religions (traditionnelle-culte du Do-, chrétienne et musulmane) qui cohabitent pacifiquement, dans le respect mutuel de leurs cultures et traditions respectives. Un exemple exceptionnel du dialogue des cultures.

Statements of authenticity and/or integrity

On note un fort sentiment d’attachement de la communauté autour des valeurs historiques et culturelles des trois maisons mères et des dix huit (18) premières maisons de lignage. Tous les attributs de la famille, du culte et de la tradition bobo y sont conservés. De même, toutes les activités rituelles ou socioculturelles se focalisent autour de ces vestiges patrimoniaux, associés aux patrimoines naturel (silures sacrées, arbres sacrés) et infrastructurel (places publiques, itinéraires des masques) qui les côtoient.

Les maisons mères abritent aussi les hypogées qui conservent les sépultures des ancêtres et aînés du lignage. Aux maisons mères, sont associés des espaces sacrés (Kuru, Wuro) et des lieux de sacrifices.

Les ensembles architecturaux bobo sont multiples. On en dénombre au sein de la ville de Bobo-Dioulasso (Kuinima), dans les environs de la ville (Koumi), dans la province du Houet, et plus au Nord encore. Force est de constater que dans la plupart de ces quartiers et villages anciens, le patrimoine immatériel (culte du Do, rites, coutumes et cérémonies diverses) est assez bien conservé même si le patrimoine immobilier, l’habitat en l’occurrence, est dégradé ou en partie dénaturé.

A titre comparatif, le village bobo de Koumi situé à 15 km de Sya, semble plus authentique en terme de conservation de l’habitat. Mais le village de Sya est non seulement le noyau originel de la deuxième ville du Burkina Faso (Bobo-Dioulasso), mais aussi le centre de convergence des communautés bobo et au-delà une ville carrefour entre le sahel et la côte. Sya pose les mêmes problématiques que celles des espaces habités ou patrimoine vivant. Tout comme à Djénné, Tombouctou, la population résidente constitue à la fois une force en tant qu’animatrice de la vie sociale et de la culture locale, mais aussi une faiblesse, en tant que source de dégradation, de transformation et de pollution des vestiges patrimoniaux.

Néanmoins, le savoir-faire authentique transmis au cours des travaux collectifs de ravalement de façade ou de reconstruction de partie d’ouvrage, constitue une valeur à perpétuer à travers la conservation périodique des bâtiments patrimoniaux de Sya.

Sya est marqué par une densification du tissu bâti. Depuis le réaménagement des berges du Houet, on constate une extension du noyau ancien jusqu’à la limite des berges aménagées. D’autres types d’aménagements intègrent le noyau. Il s’agit de l’implantation de puits perdus destinés à collecter les eaux usées des ménages, d’un Molo Ta Pâ où la réception officielle du chef de Canton. Une école primaire occupe de nos jours la place Wara-Wara. Avec les récentes perturbations climatiques, une consolidation des aménagements anciens se traduit par l’utilisation des matériaux nouveaux tels que les moellons de latérite, les parpaings de ciment ainsi que les toitures en tôle. Un effort est observé pour la reconstruction et la conservation des maisons mères et premières maisons de lignage, par des matériaux authentiques de l’architecture bobo.

Un effort important reste à déployer en ce qui concerne l’assainissement du site. Sya est caractérisé par la présence de ses nombreux tas d’immondices déversés dans les marigots Houet et le Sanyo. On constate aussi l’encombrement des ouvrages de drainage existants. Mais la pente naturelle du site empêche la stagnation des eaux pluviales et annihile les risques d’inondation.

Sya conserve ses attributs de village avec ses pratiques rituelles (funérailles, fêtes commémoratives des traditions bobo...). Si les mutations climatiques, la pression urbaine contraignent les habitants à adapter leurs modes de vie, il reste remarquable que Sya a conservé son originalité culturelle.

Sya reste un village autonome, au cœur de la ville de Bobo. Il est sous la gestion territoriale de l’Arrondissement de Konsa, mais la gestion effective de Sya demeure encore coutumière. A travers les mutations introduites par l’administration coloniale, les populations de Sya reconnaissent l’autorité du chef suprême des Bobo mandarє ou chef de canton mais aussi de l’ordre lignager à travers l’aîné du lignage.

En tant que curiosité touristique, des guides proposent leur service aux touristes pour la visite du village. Une partie des revenus devraient être collectée pour l’entretien du site, mais cette bonne pratique n’est pas toujours observée.

Comparison with other similar properties

A titre comparatif, le village bobo de Koumi situé à 15 km de Sya, semble plus authentique en terme de conservation de l’habitat. Mais le village de Sya est non seulement le noyau originel de la deuxième ville du Burkina Faso (Bobo-Dioulasso), mais aussi le centre de convergence des communautés bobo et au-delà une ville carrefour entre le sahel et la côte. Sya pose les mêmes problématiques que celles des espaces habités ou patrimoine vivant. Tout comme à Djénné, Tombouctou, la population résidente constitue à la fois une force en tant qu’animatrice de la vie sociale et de la culture locale, mais aussi une faiblesse, en tant que source de dégradation, de transformation et de pollution des vestiges patrimoniaux.

Néanmoins, le savoir-faire authentique transmis au cours des travaux collectifs de ravalement de façade ou de reconstruction de partie d’ouvrage, constitue une valeur à perpétuer à travers la conservation périodique des bâtiments patrimoniaux de Sya.