Palais Stoclet
Property names are listed in the language in which they have been submitted by the State Party.
Belgium (Europe and North America)
Date of Submission: 31/12/1998
Criteria:
(i)(ii)
Category:
Cultural
Submission prepared by:
Service des Monuments et Sites de la Région de Bruxelles-Capitale
State, Province or Region:
Région de Bruxelles-Capitale, Commune de Woluwe-Saint-Pierre
Ref.: 1207
Description
Le palais Stoclet est un hôtel particulier érigé de 1905 à 1911 par l'architecte autrichien Joseph Hoffmann (1870-1956). Ce monument s'impose comme un chef-d'œuvre de la Sécession viennoise. Son architecte était l'un des principaux chefs de file du mouvement. De par sa conception et son programme le palais Stoclet est un parfait exemple d'intégration de tous les arts, mettant en pratique les principes du "Gesammtverk" qu'Hoffmann cherchait à mettre en valeur tant au travers de sa propre production que par le biais de son enseignement et par la création des Wiener Werkstàtte qu'il fonde en 1903. Pour la construction de cette spacieuse demeure, l'architecte put travailler avec beaucoup de liberté et bénéficia de grands moyens. La personnalité du commanditaire et de son épouse apporte d'ailleurs de précieux éclaircissements sur la présence de cette œuvre singulière sur le territoire bruxellois. Adolphe Stoclet (1871 - 1949), brillant ingénieur, fut un temps chargé de la réorganisation de la voie de chemin de ferVienne-Aspen avant de revenir s'établir en Belgique pour prendre la direction de la Société Générale de Belgique. Lorsqu'il résidait à Vienne au début du siècle, en compagnie de son épouse Suzanne Stevens, fille du critique d'art Arthur Stevens, il avait pu y apprécier les œuvres de la Sécession. Tous deux étaient férus d'art et collectionneurs avertis et c'est très naturellement qu'ils s'adressèrent à Hoffmann pour ériger leur résidence en y appliquant les principes d'intégration de tous les Arts.
Le vocabulaire d'Hoffmann s'articule autour de l'utilisation de parallélépipèdes, de carrés, symboles de l'équilibre, de lignes parallèles, de volumes planes biens définis aux arêtes tranchées, traduisant une recherche de pureté. La polychromie joue aussi un rôle important. Elle se veut éclatante tranchée et se caractérise notamment par le contraste entre le blanc et le noir, les tons vifs et sombres. Au travers de son interprétation, la stylisation naturaliste si caractéristique du style Art nouveau mène à l'abstraction et à la géométrisation, il génère une œuvre tout à fait originale marquée toutefois par le courant symboliste et idéaliste. Le même langage se retrouve tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'édifice, et dans les jardins. On y perçoit l'exaltation des formes simples, mêlée d'une élégance maniérée.
Les murs extérieurs de la demeure sont traités en plans. Leurs arêtes sont marquées par une bordure de bronze qui détoure les volumes et assure la cohérence entre l'architecture et la décoration. Alors que l'architecture Art nouveau qui se développe au même moment s'évertue à montrer les éléments structurants des constructions et les transforment en ornements, celle d'Hoffmann est aux antipodes de cette tendance. Tous les éléments constructifs y sont soigneusement cachés, tandis que les plaques de parements donnent à la construction un caractère presque immatériel et intemporel.
L'implantation de l'édifice sur l'avenue de Tervueren n'est toutefois pas anodine et n'a pas pour objectif de passer inaperçu. En effet, l'avenue de Tervueren, qui venait d'être tracée à la requête du roi Léopold II afin de relier, à l'occasion de l'exposition universelle de 1897, le Palais de Tervueren, abritant la section coloniale, à la capitale, était alors particulièrement prisée par la haute bourgeoisie. Celle-ci y érigeait avec un goût ostentatoire évident de vastes hôtels de maître. Dès sa construction, l'hôtel des Stoclet reçut l'appellation de "Palais" tant sa richesse était grande. Celui-ci est implanté le long de l'avenue, légèrement en retrait de l'alignement, et simplement séparé de l'espace public par une grille. Le monument se compose de deux parties agencées en forme de L. Le corps principal forme un parallélépipède rectangle couvert d'une toiture en bâtière. Ce volume comporte trois niveaux, le dernier étant partiellement sous les combles. Il est marqué à l'angle nord-ouest par une tour qui s'échelonne en cascade et qui, en façade, est vitrée sur toute sa hauteur pour éclairer une cage d`escalier. Le corps secondaire du palais s'appuie contre le volume cubique de la tour. Il ne comporte qu'un niveau et est couvert d'une toiture-terrasse pourvue d'une galerie. Ce volume est réservé au service. Il abrite un garage, les pièces réservées au personnel, la cuisine et les remises. Les murs de briques du Palais sont totalement recouverts d'un parement de plaques de marbre blanc. Le soubassement est en petit granit. La façade principale à 60 m de long. L'entrée, légèrement désaxée vers la droite, est précédée d'une galerie couverte qui rejoint la rue. Cette galerie est surmontée d une sculpture représentant Minerve, due au sculpteur Powolny. Le point d'orgue de la façade est incontestablement le volume de la tour, couronnée par une œuvre monumentale en bronze attribuée, comme un autre bas relief de la tour, à l'artiste viennois Frauz Metzner. Cette sculpture représente quatre figures d'homme, chacun tourné vers un point cardinal, groupées autour d'un dôme de feuilles de lauriers et de roses symbolisant la Sécession. Dans l'axe de l'élévation, un oriel semi-circulaire de deux niveaux rompt le plan de la façade. Il est couvert d'une coupole et parachève le hall. Les fenêtres sont presque exclusivement rectangulaires ou carrées, certaines à arc cintré. Toutes les baies sont divisées avec des châssis à petits-bois caractéristiques et se trouvent dans le plan de la façade, ce qui leur donne un aspect très graphique, lequel est également accentué par les bordures foncées qui encadrent les baies et par les appliques de bronze qui délimitent les volumes. La façade arrière orientée au Sud est très largement tournée vers le jardin. Elle adopte les lignes maîtresses de l'élévation, mais sa partie axiale se caractérise par deux avancées en éperon, réunies en leur centre par un porche qui forme une terrasse à l'étage supérieur. Ici encore le jeu d'interpénétration des volumes est l'élément prédominant de la composition. L'agencement du jardin s'harmonise avec l'ensemble et lui est complémentaire. Les massifs de verdures et les haies sont taillés selon des concepts architecturaux et adoptent également une composition géométrique. Dans l'axe du bâtiment se développe une terrasse à pavement de mosaïques et un bassin de pierre bleue où s'élève une fontaine. Cet espace est encadré par une double pergola en marbre norvégien formant une roseraie. L'intérieur de l'immeuble, plus que l'extérieur, témoigne d'une richesse ornementale exceptionnelle si intimement liée à l'architecture qu'elle fait corps avec elle. Cette décoration étonne encore par sa modernité, la richesse de ses matériaux et Ia qualité de sa mise en œuvre. Les murs sont entièrement recouverts de marbre ou de lambris décorés, les revêtements de sols sont d'une grande qualité et fort ornementés, tranchant radicalement avec la sobriété des plafonds cimentés, sans moulure, et peints en blanc. Les parquets sont marquetés de bois d'essences rares, les carrelages en marbre sont animés de motifs géométriques aux couleurs tranchées. Les appliques, les luminaires et l'ensemble du mobilier ont été conçus par les Wiener Werkstatte. La partie gauche de la demeure est réservée à la vie mondaine et à l'habitation. A gauche de la porte, une petite anti-chambre, aux murs de marbre vert antique, s'ouvre sur un hall monumental en marbre blanc de Paonazzo (Italie). Ce hall traverse l'édifice de part en part et constitue l'épine dorsale autour de laquelle les pièces se distribuent. Il se caractérise par la présence de piliers de marbre jaune montant sur deux niveaux qui accentuent la verticalité de la pièce. A l'étage une galerie quadrangulaire donne accès aux appartements privés. Vers la façade avant, une avancée semi-circulaire est occupée en son centre par une fontaine sculptée par Georges Mime. A l'opposé, vers le jardin, le hall s'ouvre sur une belle terrasse couverte de mosaïques. Parmi les salles les plus remarquables, il convient de retenir la petite salle à manger couverte de lambris de bois laqué. ornés de motifs de rosiers stylisés de teinte jaune, noire et blanche, et la grande salle à manger, dont un côté s'ouvre par deux baies sur le jardin. La décoration de cette salle aux murs de marbre blanc a été confiée à Gustav Klimt qui y a placé des panneaux de mosaïques à motifs stylisé de rosiers et d'arbres qui illustrent l'accomplissement et l'attente. Faisant le pendant avec la salle à manger et donnant également sur le jardin se trouve un bureau-bibliothèque. A partir du hall, quelques marches donnent accès à la salle de musique aux murs de marbre noir veiné de jaune de Portovenere. Le parquet de cette salle est marqueté de teck et de corail. Le fond de la pièce, constitué par un plateau scénique semi-circulaire, est équipé d'un orgue. Vers la gauche, une galerie domine les spectateurs. De l'autre côté, elle est éclairée par quatre fenêtres rectangulaires. A côté de cette salle se trouve un petit salon octogonal garni de vitrines de palissandre. L'œuvre d'Hoffmann est réellement une œuvre d'anticipation qui annonce les formes qui seront utilisées un quart de siècle plus tard et dans les années 50.



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